Chronique du veilleur (20) – Jacques Robinet, Feux nomades

Par |2018-01-07T11:25:04+01:00 16 novembre 2015|Catégories : Essais & Chroniques, Jacques Robinet|Mots-clés : |

 Jacques Robi­net, parisien, né en 1937, est psy­ch­an­a­lyste et a com­mencé à pub­li­er à par­tir de 2000 des livres illus­trés par les encres de son ami Renaud Alli­rand. Vient de paraître aux édi­tions La Tête à l’envers : Feux nomades, dont la voix, entre mur­mure et silence bien sou­vent, retient immé­di­ate­ment le lecteur.

Jacques Robi­net écrit une poésie d’interrogations patientes : sur le passé, le deuil et les absences, sur le présent du lan­gage poé­tique, sur la dernière étape du par­cours de son exis­tence qu’il lui reste à accom­plir. Il lui suf­fit de laiss­er entr­er toutes ces forces d’ombre qui se pressent aux lisières ou sur le seuil :

La vie frap­pait aux portes de ta clôture
Pourquoi n’ouvrais-tu pas ?

Tu pen­sais : demain je sortirai
je décou­vri­rai le chemin des rivières
je par­lerai au vent aux hommes aux oiseaux

Demain n’existe pas
pour qui dia­logue avec les ombres

Jacques Robinet, Feux nomades, Editions La Tête à l’envers, 16 euros

Jacques Robi­net, Feux nomades, Encres de Renaud Alli­rand, Édi­tions La Tête à l’envers, 16 euros

Mais il y a « ce qui échappe aux mots », ce « tour­ment d’abeilles jamais comblées / par le pil­lage des fleurs ». Le poète écarte la ten­ta­tion du renon­ce­ment, du mutisme, du dés­espoir. Il ne cesse de ten­dre vers ce qui, dans l’invisible, lui apportera la réponse :

Pas­sages d’eau de vent de feu
Com­ment par­venir au lieu secret
où tout se livre où tout se perd ?

C’est avec une foi et une espérance un peu voilées ou hési­tantes, qu’il avance sur le chemin, « sans autre savoir que cette attente / qui s’amplifie / du déclin de l’ombre ». Sa poésie répond sans ambages au désir pro­fond du cœur, elle fait con­fi­ance, mal­gré tout, à ce que l’homme sent en lui d’éternel :

Cha­cun tisse son ciel
avec quelques étoiles
Une poignée de graines
fleuris­sent un jardin

Nous prenons pour guides
ceux qui fil­trent la parole
au tamis du silence

qui nég­li­gent le feuillage
pour sur­pren­dre le vent

Jacques Robi­net a encore beau­coup de forts poèmes à écrire parce qu’il va con­tin­uer, on le pressent, jusqu’au bout, « de chimères en cer­ti­tudes / sans jamais renon­cer / à abor­der le rivage / d’une terre incon­nue. » Son engage­ment spir­ituel ne cesse de s’affirmer, l’écriture de ses poèmes en témoigne avec une belle évidence.

Chronique du veilleur

Retrou­vez l’ensem­ble de la Chronique du veilleur, com­mencée en 2012 par Gérard Bocholier

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos (2019) et Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant. A paraître en 2020, J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule).
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