Lana Manveli — une poète géorgienne entre deux langues

Par |2026-05-06T11:54:54+02:00 6 mai 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Lana Manveli|

Lana Man­veli est née en 1971 à Télavi, ville du Kakhétie, la grande région viti­cole de l’est de la Géorgie, berceau de la cul­ture géorgi­en­ne. Poète, écrivaine et tra­duc­trice, elle incar­ne une généra­tion née à la fin de l’ère sovié­tique, qui a gran­di dans l’ef­fon­drement de l’URSS et con­stru­it son œuvre dans la Géorgie indépendante. 

Elle a pub­lié un recueil de poèmes inti­t­ulé Sur ce chemin je ne me suis pas per­due en Géorgie (2004), ain­si qu’un recueil de poèmes et tra­duc­tions, L’empreinte de mon âme (2009). Son œuvre ne se lim­ite pas à la poésie : elle a égale­ment écrit des nou­velles à saveur turque (Fig­ures turques, 2006) et un essai sur l’his­toire du ciné­ma turc, témoignant d’une curiosité qui débor­de les fron­tières du Caucase. 

Les poèmes présen­tés ici don­nent à voir l’essen­tiel de sa voix : une économie de moyens, une douceur de sur­face qui n’in­ter­dit pas la pro­fondeur de la blessure. Man­veli écrit depuis l’in­time sans jamais le réduire au con­fes­sion­nel. La langue géorgi­en­ne, avec son alpha­bet mil­lé­naire et sa musi­cal­ité par­ti­c­ulière, est ici le tis­su même de l’é­mo­tion — ce que toute tra­duc­tion ne peut que ten­ter de préserver.

 

შენი მონატრება

გაზაფხულდება და ალბათ დავიჯერებ,
რომ გზად გაფენილი ყვავილთა ხალიჩა
ჩემია, მსუბუქად ავყვები ნიავ-ქარს,
შენი მონატრებაც ღიმილად დამირჩა.

შორიდან მოსული ტკბილი სურნელების

ჩემს წილს ავიტაცებ, ვეცეკვო უნდა დროს,
პეპლებად აშლილი გრძნობის მელოდია
უკრავს და ამჯერად უშენოდ გამათბობს…

Le manque de toi

Le print­emps vien­dra, et peut-être croirai-je
que le tapis de fleurs éten­du sur le chemin
est à moi. Je suiv­rai douce­ment la brise,
et le manque de toi restera comme un sourire.

Je cueillerai ma part des doux par­fums venus de loin,
je danserai avec le temps,
la mélodie des sen­ti­ments déployés en papillons
jouera — et cette fois me réchauf­fera sans toi…

 

წერილი მამას

დღეს გოგოები მამებს სწერდნენ წერილებს, მამა!
მეც რომ მოგწერო, ამ ქვეყნიდან მანდეთ, შორეთში?

მა… მენატრები… მენანება… ჰო, მენანება
ეპიზოდები — არშემდგარი ჩვენი ცხოვრების!

როგორ მინდოდა, სულ ვნატრობდი მოდიდო ბავშვი,
იმედი მეგრძნო ნდობით სავსე ხელების ჯაჭვში.
ნატკენ გონებას, ჰო, რამდენჯერ უოცნებია,
ახალ წელს ერთხელ შევხვედროდით ბედნიერ სახლში.

სხვაც ბევრი რამე — ხუნდებოდნენ მერე დიდობას,
მეკარგებოდა ახდენის და ნატვრის ხალისი.
თვალგახელილი, სიბნელეში როგორ ვკვდებოდი,
თავის გაქრობის მცდელობები — შენ ხომ არ იცი?

სხვა არაფერი… რა მოგწერო ახლა ისეთი —
დავრჩი იმ გოგოდ, არ დასცალდა რომელსაც გაზრდა.
ვერ ვუმკლავდები ცხოვრებას და ადამიანებს,
რადგანაც სული უდღეურად ბავშვური დამრჩა.

Let­tre à mon père

Aujourd’hui, des filles écrivaient des let­tres à leurs pères, papa.
Et si je t’écrivais, moi aus­si, de ce monde jusqu’à toi, là-bas ?

Papa… tu me man­ques… et je regrette, oui je regrette
les épisodes de notre vie qui n’ont jamais eu lieu.

Comme je l’aurais voulu… j’espérais tant grandir enfant,
sen­tir l’espoir dans la chaîne de mains pleines de confiance.
Com­bi­en de fois mon esprit blessé en a rêvé :
que nous nous retrou­vions un Nou­v­el An dans une mai­son heureuse.

Et bien d’autres choses encore… puis tout s’effaçait en grandissant,
je per­dais la joie des rêves et le goût des souhaits.
Les yeux ouverts, com­ment je mourais dans l’obscurité —
mes ten­ta­tives de dis­paraître… tu ne les as jamais sues.

Rien d’autre… que pour­rais-je t’écrire encore ?
Je suis restée cette fille qui n’a pas eu le temps de grandir.
Je n’arrive pas à faire face à la vie ni aux gens,
car mon âme est restée douloureuse­ment enfantine.

 

მიყვარხარ

მიყვარხარ! გული დაგიფინე სავალ გზებზე — შინა ხარ…
გეხები — ვერ ხვდები, შენ ჩემი სიცოცხლის ვინა ხარ…

რატომ გწყინს?..

მიყვარხარ! სითბოდ და სინათლედ შენთან ვარ…
თვალებს ნუ მარიდებ — ოცნების ფერი და ცისა ხარ…

მიყვარხარ! მიყვარხარ!

ხელი შემაშველე — უშენოდ მტვერი და მიწა ვარ…
შენს სახლთან ნაწვიმი შხაპუნა წვიმების სევდა ვარ…
ფიფქების ცვენაში ღიმილით გამთბარი ზეცა ვარ…

მიყვარხარ!

მომენდე, ძვირფასო — ამ ქვეყნად შენი მზერა ვარ…
მიჯნურთა ნამღერი ყველაზე ლამაზი ბგერა ხარ…

მიყვარხარ! უშენოდ უმზეოდ, უდღეოდ ვინა ვარ…

მიყვარხარ!

ღამის სიჩუმეშიც იდუმალ სიზმრების ფერად ხარ…
გეძახი — ტკივილით კოშმარებს ვნებდები, შენ არ ხარ…

მიყვარხარ!!!

 Je t’aime

Je t’aime ! J’ai éten­du mon cœur sur les routes — tu es mon refuge…
Je te touche — tu ne sais pas qui tu es dans ma vie…

Pourquoi cette tristesse ?…

Je t’aime ! Comme chaleur et comme lumière, je suis près de toi…
Ne détourne pas les yeux — tu es la couleur des rêves et du ciel…

Je t’aime ! Je t’aime !

Donne-moi la main — sans toi je ne suis que pous­sière et terre…
Je suis la mélan­col­ie des pluies tombées près de ta maison…
Je suis le ciel réchauf­fé par un sourire dans la chute des flocons…

Je t’aime !

Fais-moi con­fi­ance, mon cher — dans ce monde je suis ton regard…
Tu es la plus belle note chan­tée par les amoureux…

Je t’aime ! Sans toi, sans soleil, sans jours — que suis-je ?…

Je t’aime !

Même dans le silence de la nuit tu es la couleur des rêves mystérieux…
Je t’appelle — dans la douleur je me perds dans les cauchemars, et tu n’es pas là…

Je t’aime !

Présentation de l’auteur

Lana Manveli

Lana Man­veli est une écrivaine et poète géorgi­en­ne née en 1971. Elle est l’auteure de plusieurs livres de prose et de poésie. Son roman Où est le bon­heur ? a été pub­lié par la mai­son d’édition Merid­i­ani. Son écri­t­ure explore les thèmes de l’amour, de la mémoire et de l’expérience humaine. Elle vit actuelle­ment à Strasbourg.

 

Bibliographie 

Am gzas ar mivqavar Sakartveloshi (Ce chemin ne mène pas en Géorgie), poésie, 2004.
Aili­ni, nou­velles (vis­ages turcs), 2006.
His­toire du ciné­ma turc (1914–1988), essai, 2006.
Empreinte de mon âme, poésie et tra­duc­tions, 2009.

En 2013, elle pub­lie Rela­tions virtuelles, recueil de 38 réc­its. La même année, elle traduit en géorgien le roman du clas­sique turc Reşat Nuri Gün­tekin, Çalıkuşu  (L’Oiseau chanteur).

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Lana Manveli — une poète géorgienne entre deux langues

Lana Man­veli est née en 1971 à Télavi, ville du Kakhétie, la grande région viti­cole de l’est de la Géorgie, berceau de la cul­ture géorgi­en­ne. Poète, écrivaine et tra­duc­trice, elle incar­ne une génération […]

[print-me]

Sommaires

Aller en haut