Lana Manveli est née en 1971 à Télavi, ville du Kakhétie, la grande région viticole de l’est de la Géorgie, berceau de la culture géorgienne. Poète, écrivaine et traductrice, elle incarne une génération née à la fin de l’ère soviétique, qui a grandi dans l’effondrement de l’URSS et construit son œuvre dans la Géorgie indépendante.
Elle a publié un recueil de poèmes intitulé Sur ce chemin je ne me suis pas perdue en Géorgie (2004), ainsi qu’un recueil de poèmes et traductions, L’empreinte de mon âme (2009). Son œuvre ne se limite pas à la poésie : elle a également écrit des nouvelles à saveur turque (Figures turques, 2006) et un essai sur l’histoire du cinéma turc, témoignant d’une curiosité qui déborde les frontières du Caucase.
Les poèmes présentés ici donnent à voir l’essentiel de sa voix : une économie de moyens, une douceur de surface qui n’interdit pas la profondeur de la blessure. Manveli écrit depuis l’intime sans jamais le réduire au confessionnel. La langue géorgienne, avec son alphabet millénaire et sa musicalité particulière, est ici le tissu même de l’émotion — ce que toute traduction ne peut que tenter de préserver.
შენი მონატრება
გაზაფხულდება და ალბათ დავიჯერებ,
რომ გზად გაფენილი ყვავილთა ხალიჩა
ჩემია, მსუბუქად ავყვები ნიავ-ქარს,
შენი მონატრებაც ღიმილად დამირჩა.
შორიდან მოსული ტკბილი სურნელების
ჩემს წილს ავიტაცებ, ვეცეკვო უნდა დროს,
პეპლებად აშლილი გრძნობის მელოდია
უკრავს და ამჯერად უშენოდ გამათბობს…
Le manque de toi
Le printemps viendra, et peut-être croirai-je
que le tapis de fleurs étendu sur le chemin
est à moi. Je suivrai doucement la brise,
et le manque de toi restera comme un sourire.
Je cueillerai ma part des doux parfums venus de loin,
je danserai avec le temps,
la mélodie des sentiments déployés en papillons
jouera — et cette fois me réchauffera sans toi…
დღეს გოგოები მამებს სწერდნენ წერილებს, მამა!
მეც რომ მოგწერო, ამ ქვეყნიდან მანდეთ, შორეთში?
მა… მენატრები… მენანება… ჰო, მენანება
ეპიზოდები — არშემდგარი ჩვენი ცხოვრების!
როგორ მინდოდა, სულ ვნატრობდი მოდიდო ბავშვი,
იმედი მეგრძნო ნდობით სავსე ხელების ჯაჭვში.
ნატკენ გონებას, ჰო, რამდენჯერ უოცნებია,
ახალ წელს ერთხელ შევხვედროდით ბედნიერ სახლში.
სხვაც ბევრი რამე — ხუნდებოდნენ მერე დიდობას,
მეკარგებოდა ახდენის და ნატვრის ხალისი.
თვალგახელილი, სიბნელეში როგორ ვკვდებოდი,
თავის გაქრობის მცდელობები — შენ ხომ არ იცი?
სხვა არაფერი… რა მოგწერო ახლა ისეთი —
დავრჩი იმ გოგოდ, არ დასცალდა რომელსაც გაზრდა.
ვერ ვუმკლავდები ცხოვრებას და ადამიანებს,
რადგანაც სული უდღეურად ბავშვური დამრჩა.
Lettre à mon père
Aujourd’hui, des filles écrivaient des lettres à leurs pères, papa.
Et si je t’écrivais, moi aussi, de ce monde jusqu’à toi, là-bas ?
Papa… tu me manques… et je regrette, oui je regrette
les épisodes de notre vie qui n’ont jamais eu lieu.
Comme je l’aurais voulu… j’espérais tant grandir enfant,
sentir l’espoir dans la chaîne de mains pleines de confiance.
Combien de fois mon esprit blessé en a rêvé :
que nous nous retrouvions un Nouvel An dans une maison heureuse.
Et bien d’autres choses encore… puis tout s’effaçait en grandissant,
je perdais la joie des rêves et le goût des souhaits.
Les yeux ouverts, comment je mourais dans l’obscurité —
mes tentatives de disparaître… tu ne les as jamais sues.
Rien d’autre… que pourrais-je t’écrire encore ?
Je suis restée cette fille qui n’a pas eu le temps de grandir.
Je n’arrive pas à faire face à la vie ni aux gens,
car mon âme est restée douloureusement enfantine.
მიყვარხარ
მიყვარხარ! გული დაგიფინე სავალ გზებზე — შინა ხარ…
გეხები — ვერ ხვდები, შენ ჩემი სიცოცხლის ვინა ხარ…
რატომ გწყინს?..
მიყვარხარ! სითბოდ და სინათლედ შენთან ვარ…
თვალებს ნუ მარიდებ — ოცნების ფერი და ცისა ხარ…
მიყვარხარ! მიყვარხარ!
ხელი შემაშველე — უშენოდ მტვერი და მიწა ვარ…
შენს სახლთან ნაწვიმი შხაპუნა წვიმების სევდა ვარ…
ფიფქების ცვენაში ღიმილით გამთბარი ზეცა ვარ…
მიყვარხარ!
მომენდე, ძვირფასო — ამ ქვეყნად შენი მზერა ვარ…
მიჯნურთა ნამღერი ყველაზე ლამაზი ბგერა ხარ…
მიყვარხარ! უშენოდ უმზეოდ, უდღეოდ ვინა ვარ…
მიყვარხარ!
ღამის სიჩუმეშიც იდუმალ სიზმრების ფერად ხარ…
გეძახი — ტკივილით კოშმარებს ვნებდები, შენ არ ხარ…
მიყვარხარ!!!
Je t’aime ! J’ai étendu mon cœur sur les routes — tu es mon refuge…
Je te touche — tu ne sais pas qui tu es dans ma vie…
Pourquoi cette tristesse ?…
Je t’aime ! Comme chaleur et comme lumière, je suis près de toi…
Ne détourne pas les yeux — tu es la couleur des rêves et du ciel…
Je t’aime ! Je t’aime !
Donne-moi la main — sans toi je ne suis que poussière et terre…
Je suis la mélancolie des pluies tombées près de ta maison…
Je suis le ciel réchauffé par un sourire dans la chute des flocons…
Je t’aime !
Fais-moi confiance, mon cher — dans ce monde je suis ton regard…
Tu es la plus belle note chantée par les amoureux…
Je t’aime ! Sans toi, sans soleil, sans jours — que suis-je ?…
Je t’aime !
Même dans le silence de la nuit tu es la couleur des rêves mystérieux…
Je t’appelle — dans la douleur je me perds dans les cauchemars, et tu n’es pas là…
Je t’aime !















