Le titre lui-même, méticuleusement choisi, semble contredire la portée de son sens tant rien, dans ces pensées recueillies comme au petit matin à la feuille perlée du vivre, ne semble être le résultat du fortuit orchestré par le non-sens.
Titre énigmatique, nous invitant à déceler dans ces poèmes « ce qui vient après » selon l’étymologie du terme « postérité », autrement dit : descendance du hasard, héritier du hasard, lignée du hasard mais avec cette notion d’entrée dans l’Histoire, de survivre à l’oubli.
La dimension philosophique s’entend, mais rythmée par ces poèmes de circonstance, offerts au poète comme le fruit du hasard quotidien. La postérité du hasard, est-ce autre chose que de trouver du sens à ce que chacun vit, l’expérience du poète, ici faite parole, donnée en partage métaphysique ? Nous entendons aussi une certaine résonance ironique.
Sept parties composent ce livre, et le sept sans doute réfère-t-il au chiffre de l’homme accompli, ou en volonté de l’être. Entrons alors dans l’énergie de cette poésie ontologiquement lignagère.

Jean Maison, Postérité du hasard, éditions de Corlevour, mars 2025, 96 pages, 15 euros.
Le poème liminaire nous met sur la voie :
« Notre destination est un mystère. Que dire de ce chemin d’intimité spirituelle où chacun gagne sa mémoire comme il peut avec son corps ou à son corps défendant. Les erreurs gouvernent avec plus ou moins de tyrannie la régression ou l’avancée des hommes ».
Jean Maison nous installe sur le chemin, où sont distillés à l’oreille attentive les mots sésames discrètement placés : « gagne sa mémoire ». Au lecteur de faire sa part pour entendre ce qui est proposé, comme un savoir. Le spirituel, ici revendiqué en tant qu’affaire cachée, privée, secrète, engage l’espèce humaine « depuis cette nuit du poème où il convient de tenir parole ».
L’obscurité de la pensée poétique de Maison demande au lecteur de se laisser guider par les lueurs scintillantes au cœur du chant, lueurs baignant d’une lumière élégante, toute de douceur, ce qui doit demeurer dans la pénombre :
Le tragique dans l’homme n’a pas de résonance, à l’impitoyable instant de la perdition, il balbutie un alphabet aléatoire dans le sourd réceptacle de la malchance. Pourtant, proche de la parole primitive, dès les sentiers secrets de l’esprit, se découvre à travers les arbres la vaste providence du jour.
Une poétique tournée vers l’instant à vivre, pleinement vécu grâce au retour par le langage, élevé à la fréquence du chant :
Je n’ai pas marché en vain. Mon cœur souriait à la cloche du baptême, le soir sonnait la brisure des menthes (…) Le rosier ancien frappe à ma fenêtre, et c’est Marie qui te donne raison contre l’impudence et l’étroitesse d’un cœur humain.
Et c’est parfois la révolte de l’esprit contre le monde tel qu’il ne va pas, avec sa criaillerie sociale, que digère cette poésie ne pouvant se satisfaire de la dimension triviale de la vie comme fin de toute chose :
Dans le fourbi du monde crèvent les paravents. Liberté broyée avec les mules blanches, tigres martyrisés dans des cages, cirque de l’outrage, récoltes de gueules en rage, porcherie des yeux sanguinaires.
Prose à laquelle répond l’insoumission spirituelle :
Je n’ai jamais pu être domestiqué, il survit en moi une clarté provisoire.
Car Jean Maison, par cette parole verticale, affirme une voix dissidente à l’obligation du consentement à laquelle il se refuse d’adhérer parce qu’elle se fonde sur un leurre :
On put croire un instant à la nouveauté ! » écrit-il sur le mur de la modernité dépassée.
À la première partie, en prose, succèdent des séries de poèmes brefs, denses, d’abord rassemblés sous le titre Epsilon. C’est là encore une poétique du modeste, du presque rien recelant l’espace d’une respiration possible :
Ni ton ombre
Ni ta lumière
Qui es-tu
Notons l’absence de point d’interrogation conférant à ce vers une dimension sémantique d’attention subtile. L’œil du poète, aimanté par tout ce qui lui est donné de voir, occasions d’enseignement destiné :
De ce qui fut le reflet initial
Subsiste la charpente sacrée de l’ignorance
La coquille Saint-Jacques la pomme de pin
En conservent le point d’origine
Le poème monte alors, s’arrachant à la pesanteur horizontale de la prose pourtant aérienne, pour brûler dans l’air ses vers :
Quelle joie d’être en si bonne compagnie
Sous l’orage des senteurs
Vers le souffle de juin
Joie faite foi, foi faite certitude dans la fidélité au verbe-chair :
Mais pour quel jour
Ne pas se disperser
Chercher en soi
L’ardente évidence du mot
Tout est lecture
L’alphabet du monde est sous nos yeux
Dans le courant du ciel
À mots couverts, Maison nous dit que la légende est à portée de regard, étymologiquement « ce qui doit être lu » à l’aune du souffle féerique pour recouvrer l’élan vital de l’aventure humaine.
La dernière partie du livre, donnant son titre au livre entier, est dédié à Xavier Bordes, dans la complicité de l’herboriste avec le poète des « Achillées » de La Pierre amour, en un clin d’œil au Yi King. Signe de reconnaissance d’un poète à un autre, le remerciant pour la beauté de sa voix, à laquelle il répond par un autre octave :
Le trébuchet évalue
La trace rudérale des feux
Fait advenir le nombre et sa parole
Son verbe salvifique
L’aurore tempérante
Vers la Cap de Bonne-Espérance
Tout est dit. Reste à chacun à « témoigner à bonne fin ».
Présentation de l’auteur
- Jean Maison, Postérité du hasard - 6 mai 2026
- ZÉNO BIANU : Rencontre avec Gwen Garnier Duguy - 7 juillet 2024
- L’honneur des poètes - 5 juillet 2021
- Revue des revues - 4 juillet 2021
- Marc ALYN, Le temps est un faucon qui plonge - 5 mai 2018
- Xavier Bordes : la conjuration du mensonge - 1 mars 2018
- Entretien avec Nohad Salameh - 1 mars 2018
- Rencontre avec Richard Millet - 8 novembre 2017
- RENCONTRE AVEC BERTRAND LACARELLE - 2 septembre 2017
- Jean-Louis VALLAS - 31 mars 2017
- Elie-Charles Flamand, La vigilance domine les hauteurs - 28 juillet 2016
- Elie-Charles Flamand - 21 juillet 2016
- Munesu Mabika De Cugnac : Un monde plus fort que le reste - 31 mai 2016
- ZÉNO BIANU - 29 mars 2016
- JAMES SACRÉ - 27 février 2016
- Avec Claire BARRÉ pour son roman ” Phrères” - 8 février 2016
- La collection poésie/Gallimard fête ses 50 ans : rencontre avec André VELTER - 3 janvier 2016
- André Velter/Ernest Pignon-Ernest, Pour l’amour de l’amour - 21 novembre 2015
- Conversation avec Xavier BORDES - 8 septembre 2015
- THAUMA, n°12, La Terre - 14 juillet 2015
- Jean Maison, Presque l’oubli - 5 juillet 2015
- Paul Pugnaud, Sur les routes du vent - 10 mai 2015
- JEAN-FRANÇOIS MATHÉ - 28 février 2015
- Juan Gelman, Vers le sud - 20 février 2015
- CHRISTOPHE DAUPHIN - 1 février 2015
- Claude Michel Cluny - 11 janvier 2015
- MARC DUGARDIN - 13 décembre 2014
- A‑M Lemnaru, Arcanes - 6 décembre 2014
- Maram al-Masri, L’amour au temps de l’insurrection et de la guerre - 30 novembre 2014
- Revue Les Hommes sans Epaules, n°38 - 1 novembre 2014
- Onzième n° de la revue THAUMA - 19 octobre 2014
- François Angot, A l’étale - 13 octobre 2014
- Si loin le rivage,d’Eva-Maria Berg - 14 septembre 2014
- Sur deux livres récents de Jigmé Thrinlé Gyatso - 7 septembre 2014
- Saraswati, revue de poésie, d’art et de réflexion, n°13 - 7 septembre 2014
- JEAN MAISON 2ème partie - 28 août 2014
- Nunc n° 33 : sur Joë Bousquet - 25 août 2014
- PHILIPPE DELAVEAU - 13 juillet 2014
- Le prix Charles Vildrac 2014 remis à notre ami et collaborateur le poète Jean Maison pour son recueil Le boulier cosmique (éditions Ad Solem) Extraits - 16 juin 2014
- Rencontre avec Nohad Salameh - 13 juin 2014
- Jean-François Mathé, La vie atteinte - 8 juin 2014
- PASCAL BOULANGER - 18 mai 2014
- Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines - 21 avril 2014
- Paul Verlaine, Cellulairement - 7 avril 2014
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (10) Arnaud Bourven - 6 avril 2014
- La vie lointaine de Jean Maison - 30 mars 2014
- L’Heure présente, Yves Bonnefoy - 23 mars 2014
- MARC ALYN - 22 février 2014
- BERNARD MAZO — AOÛT 2010 - 12 février 2014
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (6) Pascal Boulanger - 8 février 2014
- Pierre Garnier - 1 février 2014
- Une nouvelle maison d’édition : Le Bateau Fantôme - 30 janvier 2014
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (5) Gérard Bocholier - 26 janvier 2014
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (4) : Alain Santacreu - 12 janvier 2014
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (3) : Jean-François Mathé - 30 décembre 2013
- JEAN-LUC MAXENCE - 29 décembre 2013
- Rencontre avec Gilles Baudry - 30 novembre 2013
- A L’Index, n°24 - 25 novembre 2013
- Jean-Pierre Lemaire - 1 novembre 2013
- Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (1) - 23 octobre 2013
- Le dernier mot cependant de Jean-Pierre Védrines - 16 octobre 2013
- Mille grues de papier, de Chantal Dupuy-Dunier - 9 octobre 2013
- Rencontre avec Balthus de Matthieu Gosztola - 29 septembre 2013
- Demeure le veilleur de Gilles Baudry - 25 septembre 2013
- EUGENIO DE SIGNORIBUS - 25 août 2013
- Dans la poigne du vent, de F.X Maigre - 16 juillet 2013
- L’extrême-occidentale de Ghérasim Luca - 8 juillet 2013
- Au commencement des douleurs, de Pascal Boulanger - 22 juin 2013
- Le 23e numéro de A l’Index - 20 mai 2013
- James Longenbach, Résistance à la poésie - 10 mai 2013
- Jean Grosjean, Une voix, un regard - 19 avril 2013
- Etienne Orsini, “Gravure sur braise” - 5 avril 2013
- Paroles à tous les vents, Boulic - 22 mars 2013
- Gérard Bocholier, ses deux derniers recueils - 15 mars 2013
- Jean-Pierre Lemaire, Faire place - 8 mars 2013
- Ariane Dreyfus, par Matthieu Gosztola - 2 mars 2013
- Marc Delouze, “14975 jours entre” - 24 février 2013
- Mangú : Le sens de l’épopée - 23 février 2013
- Les poèmes choisis de Paul Pugnaud - 9 février 2013
- Faites entrer l’Infini, n°54 - 2 février 2013
- Au coeur de la Roya - 19 janvier 2013
- Entretien avec Jean-Charles Vegliante - 24 novembre 2012
- Un regard sur Recours au Poème - 3 novembre 2012
- Pierrick de Chermont, “Portes de l’anonymat” - 7 octobre 2012
- Denis Emorine, “De toute éternité” - 6 octobre 2012
- Hommage à Sarane Alexandrian, Supérieur Inconnu n°30 - 6 août 2012
- POESIEDirecte n°19, le désir - 2 août 2012
- Marc Baron, Ma page blanche mon amour - 1 août 2012
- Bernard Grasset, Au temps du mystère… - 1 août 2012
- Totems aux yeux de rasoir - 19 juillet 2012
- Vers l’Autre - 5 juillet 2012
- Jean-Pierre Boulic - 2 juillet 2012
- Jean-Luc Wauthier - 2 juillet 2012
- Le bleu de Max Alhau - 30 juin 2012
- Jean Maison, Araire - 21 juin 2012
- Rencontre Jean MAISON [1ère partie] - 13 juin 2012
- Patrice de La Tour du Pin, le poète de la Joie - 18 mai 2012
- Rencontre avec Iris Cushing - 5 avril 2012















