> Ariane Dreyfus, par Matthieu Gosztola

Ariane Dreyfus, par Matthieu Gosztola

Par | 2018-02-20T20:13:56+00:00 2 mars 2013|Catégories : Critiques|

Matthieu Gosztola vient de consa­crer une étude à l’œuvre d’Ariane Dreyfus dans la superbe col­lec­tion Présence de la poé­sie lan­cée par les édi­tions des Vanneaux. Cette col­lec­tion, s’inspirant de la col­lec­tion Poètes d’aujourd’hui chez Seghers, fait connaître des poètes vivants, en deman­dant à un spé­cia­liste de pré­sen­ter l’œuvre avec un choix consé­quent de poèmes. Le tout assor­ti d’un cahier pho­tos cen­tral.

Après Marc Alyn pré­sen­té par André Ughetto, Max Alhau pré­sen­té par Pierre Dhainaut, Pierre Peuchmaurd par Laurent Albarracin pour ne citer que les der­niers parus, cette col­lec­tion excep­tion­nelle conti­nue de s’agrandir, per­met­tant à l’amateur et au pas­sion­né d’y voir clair dans l’aventure poé­tique de notre temps.

C’est à un tour de poé­sie autour d’Ariane Dreyfus que nous convie Matthieu Gosztola. Une pré­sen­ta­tion d’une cen­taine de pages nous prend la main pour entrer dans la poé­tique de Dreyfus, ana­lyses et cita­tions à l’appui. Gosztola nous fait péné­trer dans la tech­nique de Dreyfus, nous par­lant des consé­quences de l’enjambement, et donne ain­si à entendre un tra­vail pro­fond sur le rythme du poème, le rythme séman­tique du poème.

Des cita­tions d’Ariane Dreyfus nous entrainent éga­le­ment à com­prendre la dimen­sion dans laquelle elle situe en elle le poème : « Je sens en effet que quand j’écris « je suis bien là », alors que dans la vie réelle on n’offre que des bouts de soi, selon les situa­tions, les inter­lo­cu­teurs… Un poème peut tout prendre en compte de moi, même si bien sur il ne s’agit pas de tout dire à chaque fois (une œuvre ne trouve sa cohé­rence que par les incom­plé­tudes). »

Avouant ain­si son rap­port au réel par l’être vivant du poème, elle pour­suit : « Enfin, chaque poème me per­met de naître, de me remettre inlas­sa­ble­ment au monde. Ce qui m’arrivera – je le vis à chaque fois comme un récit – c’est d’en res­sor­tir vivante. J’y choi­sis mon mode d’apparition, j’y recons­truis ma per­sonne. »

La poé­sie, ce n’est pas pour rire. Et les poèmes d’Ariane Dreyfus, nous dit Gosztola, sont de dénon­cia­tion et de com­bat, gar­dant une dis­tan­cia­tion face à la vio­lence et face à la tris­tesse. La tris­tesse conte­nue dans les poèmes de Dreyfus est le point de départ vers un mou­ve­ment de joie pas­sant par le poème. « Toute créa­tion est un jeu, c’est-à-dire mise à dis­tance du réel pour ne pas constam­ment le subir, dans une minu­tie qui peut sem­bler folle à qui n’y entre pas. » On rejoint l’affirmation de René Char : « On ne s’adonne pas à la poé­sie. On aban­donne tout pour elle. » Cela concerne natu­rel­le­ment le poète, mais évi­dem­ment le lec­teur.

Une autre cita­tion du poète ? « J’essaye tou­jours que les pre­miers mots d’un poème pro­voquent le même effet de réac­tion tonique, de ver­tige plein d’espoir que pro­duit sur le spec­ta­teur quelqu’un qui com­mence à dan­ser, c’est-à-dire quelqu’un qui entre­prend de véri­fier ses forces de vie. Et de même qu’une danse n’est pas une suc­ces­sion de poses, le poème n’a de sens que par le souffle moral qu’il nous donne, et non pas une accu­mu­la­tion de belles trou­vailles. Le tout ensuite étant de ne pas perdre l’intensité de cet éblouis­se­ment pre­mier que j’appelle espoir, de vrai­ment s’en nour­rir : ne pas noyer les contours dans un flux indis­tinct, mais faire aus­si en sorte que chaque élé­ment en appelle un autre. »

Tristesse comme point de départ, souffle moral, bon­heur, joie, amour, pré­sence de l’être vivant qu’est le poème, voi­là ce que nous fait décou­vrir Gosztola en nous par­lant d’Ariane Dreyfus. La vie regar­dée dans les yeux, le noir inté­rieur appe­lé pour y mar­cher et y débus­quer la splen­deur de l’être, la vie contem­plée avec les yeux du phi­lo­sophe capable de la mettre à nue et de la subli­mer non pas par des sys­tèmes caducs, mais par des poèmes com­pa­gnons de route pour qui veut vivre plus.

 

 

L’INSECABLE

 

Un homme et pour­tant
Ni ton nom ni ton visage.

Un regard comme un fruit tou­ché.

Toute la res­sem­blance
Où seule­ment la pointe ?

 

D’ICI LA

J’ouvre tout.
Mais ce n’est rien auprès du visage qui se presse sous les mains vécues.
J’embrasse les os, les muscles, les nerfs.

 *

Il y a bien ce regard qu’on jette
Comme si la vie était à bouts

Les sou­rires sont les plus beaux.

 

 

Marylin Monroe

 

Chanter la gorge qui a faim,
Les épaules loin de la robe.
Tu plonges dehors
Ou tu pré­fères d’abord les embras­ser,
Les mots ?

Tandis que le sou­rire sur le visage brûle en secondes,
(Le ciné­ma souffle l’air)
La suite en quelques cris.

Roucouler pour moins d’angles.
La mai­son n’a pas tous ses murs,
Corps on fait quoi ?

Répéter les phrases de la chan­son
Pendant que la peau serait tou­jours du lait.
Un sexe au bord
Sinon l’enfant pour­rait res­ter.

mm

Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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