> François Angot, A l’étale

François Angot, A l’étale

Par | 2018-05-21T05:02:32+00:00 13 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Les édi­tions Al Manar publient le poème monu­men­tal de François Angot, A L'ETALE. 550 pages d'un poème ten­du, aéré, aérien, concen­tré, déployé, folia­cé. Le poète "ne cesse de dire son amour pour "elle". Par vagues, avec ampleur, selon les modu­la­tions d'une fugue, "elle" se déploie en sa venue, ses appa­ri­tions, ses pay­sages. Métamorphose de la fémi­ni­té en ses pos­sibles, "elle" n'est pas seule­ment "elle", mais, en son intime et secrète pré­sence, un champ de blé, un refrain, la ten­dresse de la lumière à son aurore, la ren­contre, en son invrai­sem­blable jus­tesse, d'une voix, d'un ciel, d'un signe", pré­cise Eugénie Paultre, auteur de la qua­trième de cou­ver­ture du livre nous pré­sen­tant le poème.

Ce poème, mal­gré son épais­seur, se lit, une pre­mière fois, en deux heures. Car le poète a lais­sé la voix dont il se fait le ser­vi­teur prendre place sur la page avec aisance. Aussi cette voix est-elle ample, prend-t-elle toute la place dont elle a besoin pour s'étirer entre les blancs, entre les silences dont elle est issue. Elle s'étire, en réa­li­té, depuis le silence dont elle sur­git, à force d'attention et de contem­pla­tion du poète.

Douze par­ties struc­turent ce chant que l'on énu­mère ain­si : Disparaissent, Comme, Immense, Toute, Un, Genoux, Elle, En, Toujours, Le, Tremblant, Sous.

Nous ne nous arrê­te­rons pas sur la dimen­sion sym­bo­lique, à la poly­sé­mie séman­tique, du nombre douze, tant il ras­semble de lignes de forces. Mais ces mots choi­sis par le poète François Angot pour nom­mer cha­cune de ces par­ties dit l'ambition qui fut la sienne lorsqu'il s'élança dans la com­po­si­tion de son chant. Une ambi­tion confi­nant au chant total, au chant dévoué, dédié, au don, un chant appe­lant à tra­vers la fémi­ni­té la réa­li­sa­tion de toute une vie, car les mots consti­tuant les titres des douze par­ties placent le poème d'Angot sous le zodiac de la pen­sée phi­lo­so­phique réa­li­sée par la vision méta­phy­sique.

Cette fémi­ni­té qu'invoque le poète est com­pa­rai­son, elle est totale, elle réunit l'un et le plu­sieurs, elle pal­pite d'éternité et elle se laisse per­ce­voir par-delà ses appa­rences illu­soires, se mou­vant entre les plis de l'Univers.

Chant d'amour pour la femme ? Certes. Pour la fémi­ni­té ? Absolument. Mais davan­tage poème rele­vant du genre cour­tois pour chan­ter la Dame, c'est à dire l'éternel fémi­nin, cet éter­nel qui est la grande quête de tout l'humain depuis la nuit des temps.

Angot était un che­va­lier. Un che­va­lier dans une époque sans châ­teau et sans roi, sans che­vaux et sans Graal. L'éternel fémi­nin, c'est la Dame incon­nue vivant en nous, c'est la poé­sie et la parole silen­cieuse enten­due dans le mur­mure des forêts inté­rieures, c'est l'érotisme des pay­sages du monde appe­lant la voca­tion de la beau­té ; l'éternel fémi­nin, ce sont les mys­tères invi­sibles fai­sant signe à la sur­face de nos vies pour atti­rer notre atten­tion sur sa pré­sence créa­trice.

 

"oh oui tu es en moi ma non humaine
c'est pour la vie"

 

Ainsi chante le poète qui, nom­mant son "elle" sa "non humaine" dit toute la quête qui est la sienne, qui fut la sienne, en cette époque de tran­si­tion entre le ving­tième siècle finis­sant et le troi­sième mil­lé­naire s'ouvrant. Cela aus­si, c'est un signe. Un signe du Poème dans un temps anti poé­tique. Comme pour nous dire que rien ne change et que, mal­gré le fait que tout se meut tout le temps par­tout, rien n'altère l'Etre en sa per­ma­nence.

A l'étale nom­ma-t-il son poème. Comme pour dire ce non mou­ve­ment de la mer, cet espace entre le flux et le reflux, se situant après la marée mon­tante, ou après la marée des­cen­dante. Un mou­ve­ment immo­bile en réa­li­té. Mouvement tout de même, car les vagues bercent tou­jours la plage, mais ne montent ni ne des­cendent. Une caresse du fémi­nin apai­sant le rivage, et l'ourlant de sa pré­sence ima­gi­nale. De sa pré­sence pro­créa­trice. Pour la plus grande joie sur la terre…

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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