> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (10) Arnaud Bourven

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (10) Arnaud Bourven

Par |2018-10-18T05:09:48+00:00 6 avril 2014|Catégories : Blog|

 

La poé­sie d'Arnaud Bourven appar­tient à la terre. Et c'est en cette appar­te­nance que ses poèmes sont faits de mots de terre, de mots de tourbe, ryth­més par une gram­maire interne. Cette terre est tis­sée des pay­sages exté­rieurs, ceux qui offrent leurs beau­tés et leur secrets à qui se rend atten­tif à leur ensei­gne­ment. Ce sont les forêts, dont nous lirons ici une tra­ver­sée hau­te­ment séman­tique, les plages et les éten­dues agri­coles qui sont l'essentiel du pay­sage fran­çais. A par­tir de ces pré­sences s'étendant à la vue de cha­cun, la poé­sie d'Arnaud Bourven va déployer des cor­res­pon­dances avec un pay­sage inté­rieur trou­vant son souffle et sa res­pi­ra­tion dans les pro­fon­deurs de la psy­ché du poète. Le sur­gis­se­ment du dehors est relié, par son entre­lacs de rhi­zomes, au monde sou­ter­rain. Comme par une opé­ra­tion alchi­mique, le poète va trans­muer ces zones natu­relles, leurs sor­ti­lèges et leur silence, en une magie du dedans, tra­dui­sant les grands échos que les mou­ve­ments psy­chiques dont ils sont por­teurs construisent comme monde inté­rieur.
Bien qu'il affirme, dans son ensemble Marnage : "Mon monde/​Ne lance aucun appel", son atten­tion por­tée à la pos­si­bi­li­té du poème, puis­sante parce qu'habillée de dis­cré­tion et de mesure, lui fait dire, quelques vers plus loin : "Laisser un espace/​Voies d'eaux/Rendre habitable/​Le poème".

La parole de Bourven est concise. Elle est pré­cise. Il use du mot juste, et retire de l'essentiel à dire tous les mots inutiles. Reste-t-il quelque chose au bout de cette contrainte ? L'indispensable. La forme de ces poèmes tient par­fois du haï­ku : "Vrombissement du frelon/​La branche/​Longtemps/​Se balance/​Déjà loin/L'oiseau". Dans leur splen­deur séman­tique et leur éco­no­mie de souffle, elles portent peut-être l'héritage incons­cient de Celan. Ainsi ce poème, issu de la troi­sième par­tie de Marnage, inti­tu­lé Vivier : "Toute l'amertume/S'y engouffre/​Goulet grouillant/​Salines/​A reprendre souffle".

Dans notre époque de schi­zo­phré­nie, de zap­ping, de clics, d'antidépresseurs, d'overbookisme et de trois mille à l'heure, lire la poé­sie d'Arnaud Bourven per­met un recen­tre­ment. Son poème relève de la contem­pla­tion, et la richesse de son ima­gi­naire, au plus juste de l'image à sai­sir, à fixer et à livrer au monde, lui est un pré­cieux com­pa­gnon. Il devient le nôtre, à mesure que nous le lisons.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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