Il y a, en Finistère, dans l'église de la com­mune de Tréflévénez, une fresque. Cette fresque du Chemin de Croix est l'oeuvre du peintre rou­main Valentin Scarlatescu. Elle a été réa­li­sée en 2005.  La plume dis­crète du poète bre­ton Jean-Pierre Boulic est entrée en réson­nance avec ce Chemin de Croix, che­min d'un autre temps pour notre monde "inas­sou­vi, han­té par les images foi­son­nantes de ses tri­bu­la­tions." Boulic contemple La Fresque inté­rieure et s'en res­sort comme recueilli, les vers de ses poèmes venus se dépo­ser sur ses lèvres qu'il remue dou­ce­ment pour ani­mer sa confi­dence à un siècle désappointé.
Ce sont les édi­tions mini­hi Levenez qui publient ce tra­vail de témoin. Les sta­tions de La Fresque pho­to­gra­phiées par Albert Pennec, pho­to­graphe d'art à Landivisiau, en vis à vis des poèmes de Boulic en fran­çais et en breton.
Les scènes repré­sen­tées par le peintre sont sai­sis­santes. Elles figurent bien évi­dem­ment le cal­vaire endu­ré par le Christ aux der­niers moments de sa vie ter­restre et chaque vision du peintre est habi­tée par une créa­ture mons­trueuse mi hydre mi dra­gon, repré­sen­ta­tion peu com­mune du mal dans l'iconographie du genre. La Fresque est dépouillée, presque déla­vée et les paroles de Boulic, en regard, mur­murent la souf­france, la vio­lence et la com­pas­sion dans cette mise à mort.

 

Malgré la violence
De la foule cruelle
Et des hommes armés
Une femme s'avance
Cape en pleine clarté

Sur cette terre humaine
S'il s'agit de souffrance
Toujours les femmes savent
De leur bon­té qui sauve
Engendrer la tendresse

Bravant les regards fous
Une femme s'avance
Et passe un linge blanc
Sur la face engluée
De cra­chats et d'épines

Des brin­dilles de sang
Glissent en auréole
Dans le linge immortel.

 

Ces mots de peu, cette thé­ma­tique à rebrousse-poil d'un occi­dent athéiste inter­roge sur les rai­sons – s'il y en a – pou­vant mettre en mou­ve­ment un peintre dans une telle repré­sen­ta­tion, et un poète qui en capte l'écho. Cela fait signe, tout simplement.
Sertie au coeur de ce livre aux dimen­sions car­rées, La Fresque et son poème se laissent intro­duire et conclure par un tra­vail éton­nant de Jean-Pierre Boulic.
Ajoutant des images à ce qui en soi est image, à savoir le poème, le poète nous donne à voir en ouver­ture un ensemble inti­tu­lé Sable et terre, et comme en envoi Une his­toire d'espérance, poèmes accom­pa­gnés de cli­chés de l'auteur lui-même. Une barque enva­sée frap­pée d'une lumière irréelle, un che­min de terre lon­geant la mer d'Iroise, des genets, des cieux ennua­gés de roux, une mouette esseu­lée dans un ciel assom­bri, une algue christomorphe.
Et les poèmes, comme illus­trant ces cli­chés, ou l'inverse.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu'en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l'absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, "Nox", aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : "Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole", édi­tions de l'Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : "Le Corps du Monde", édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : "La nuit phoe­nix", Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : " Alphabétique d'aujourd'hui" édi­tions L'Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poésie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.