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Jean-Pierre Boulic

Par |2018-08-15T19:14:39+00:00 2 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Il y a, en Finistère, dans l'église de la com­mune de Tréflévénez, une fresque. Cette fresque du Chemin de Croix est l'oeuvre du peintre rou­main Valentin Scarlatescu. Elle a été réa­li­sée en 2005.  La plume dis­crète du poète bre­ton Jean-Pierre Boulic est entrée en réson­nance avec ce Chemin de Croix, che­min d'un autre temps pour notre monde "inas­sou­vi, han­té par les images foi­son­nantes de ses tri­bu­la­tions." Boulic contemple La Fresque inté­rieure et s'en res­sort comme recueilli, les vers de ses poèmes venus se dépo­ser sur ses lèvres qu'il remue dou­ce­ment pour ani­mer sa confi­dence à un siècle désap­poin­té.
Ce sont les édi­tions mini­hi Levenez qui publient ce tra­vail de témoin. Les sta­tions de La Fresque pho­to­gra­phiées par Albert Pennec, pho­to­graphe d'art à Landivisiau, en vis à vis des poèmes de Boulic en fran­çais et en bre­ton.
Les scènes repré­sen­tées par le peintre sont sai­sis­santes. Elles figurent bien évi­dem­ment le cal­vaire endu­ré par le Christ aux der­niers moments de sa vie ter­restre et chaque vision du peintre est habi­tée par une créa­ture mons­trueuse mi hydre mi dra­gon, repré­sen­ta­tion peu com­mune du mal dans l'iconographie du genre. La Fresque est dépouillée, presque déla­vée et les paroles de Boulic, en regard, mur­murent la souf­france, la vio­lence et la com­pas­sion dans cette mise à mort.

 

Malgré la vio­lence
De la foule cruelle
Et des hommes armés
Une femme s'avance
Cape en pleine clar­té

Sur cette terre humaine
S'il s'agit de souf­france
Toujours les femmes savent
De leur bon­té qui sauve
Engendrer la ten­dresse

Bravant les regards fous
Une femme s'avance
Et passe un linge blanc
Sur la face engluée
De cra­chats et d'épines

Des brin­dilles de sang
Glissent en auréole
Dans le linge immor­tel.

 

Ces mots de peu, cette thé­ma­tique à rebrousse-poil d'un occi­dent athéiste inter­roge sur les rai­sons – s'il y en a – pou­vant mettre en mou­ve­ment un peintre dans une telle repré­sen­ta­tion, et un poète qui en capte l'écho. Cela fait signe, tout sim­ple­ment.
Sertie au coeur de ce livre aux dimen­sions car­rées, La Fresque et son poème se laissent intro­duire et conclure par un tra­vail éton­nant de Jean-Pierre Boulic.
Ajoutant des images à ce qui en soi est image, à savoir le poème, le poète nous donne à voir en ouver­ture un ensemble inti­tu­lé Sable et terre, et comme en envoi Une his­toire d'espérance, poèmes accom­pa­gnés de cli­chés de l'auteur lui-même. Une barque enva­sée frap­pée d'une lumière irréelle, un che­min de terre lon­geant la mer d'Iroise, des genets, des cieux ennua­gés de roux, une mouette esseu­lée dans un ciel assom­bri, une algue chris­to­morphe.
Et les poèmes, comme illus­trant ces cli­chés, ou l'inverse.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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