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Au coeur de la Roya

Par |2018-09-18T17:41:03+00:00 19 janvier 2013|Catégories : Critiques|

C'est au sein d'un couvent fran­cis­cain déser­té, situé dans l'ancien com­té de Nice, que Françoise Siri a com­po­sé un opus de quelques poèmes don­nant vie, grâce aux édi­tions Henry, Au cœur de la Roya. Courts poèmes contem­pla­tifs accor­dés à l'esprit du lieu et au chiffre du pay­sage, poèmes gra­vés comme dans la roche ita­lienne qui sou­lève le relief ascé­tique.

L'Eglise et le cloître sont gais comme des enfants
Partout des mains
Des mains offertes des mains ouvertes
Sculptées en chêne et en noyer
Peintes sur les fresques déla­vées
Qui reçoivent les stig­mates de François
 

Et notre peau au creux des mains four­mille
Devant ces stig­mates que l'on voit
Et ceux qu'on ne voit pas
Dans l'anonymat des villes
 

Une parole qui, sous la dis­ci­pline de l'observation quiète, inter­roge le silence d'où sur­git la conju­ra­tion de l'absence :

Puits, source de vie en terre sainte,
Ici, sous ta cou­pole de lauzes,
Absorbes-tu tous nos erre­ments ?
 

Parole dou­ce­ment inter­ro­ga­tive des per­cep­tions inté­rieures, celle reliées à notre his­toire d'âmes euro­péennes où les images anciennes nous parlent, mémoire indé­lé­bile enre­gis­trée par notre sang :

Le visage du Christ sur­nage
Dans les lam­beaux des fresques
 

Les visages se déchirent
Sous les ger­çures de pierre

La pein­ture déla­vée creuse
Le miroir éta­mé
 

Sous nos regards de pierre
Qui ne trans­percent plus

Discrète poé­sie qui coud un rap­port entre les pay­sages obser­vés et notre état d'individus modernes. "Nous sommes sem­blables aux lam­beaux de fresque/​En l'absence de la main qui ras­semble".

Et cette main qui ras­semble et tisse les pans troués de la trame du monde, n'est-ce pas, ici, le poème ? 

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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