C'est au sein d'un couvent fran­cis­cain déser­té, situé dans l'ancien com­té de Nice, que Françoise Siri a com­po­sé un opus de quelques poèmes don­nant vie, grâce aux édi­tions Henry, Au cœur de la Roya. Courts poèmes contem­pla­tifs accor­dés à l'esprit du lieu et au chiffre du pay­sage, poèmes gra­vés comme dans la roche ita­lienne qui sou­lève le relief ascétique.

L'Eglise et le cloître sont gais comme des enfants
Partout des mains
Des mains offertes des mains ouvertes
Sculptées en chêne et en noyer
Peintes sur les fresques délavées
Qui reçoivent les stig­mates de François
 

Et notre peau au creux des mains fourmille
Devant ces stig­mates que l'on voit
Et ceux qu'on ne voit pas
Dans l'anonymat des villes
 

Une parole qui, sous la dis­ci­pline de l'observation quiète, inter­roge le silence d'où sur­git la conju­ra­tion de l'absence :

Puits, source de vie en terre sainte,
Ici, sous ta cou­pole de lauzes,
Absorbes-tu tous nos errements ?
 

Parole dou­ce­ment inter­ro­ga­tive des per­cep­tions inté­rieures, celle reliées à notre his­toire d'âmes euro­péennes où les images anciennes nous parlent, mémoire indé­lé­bile enre­gis­trée par notre sang :

Le visage du Christ surnage
Dans les lam­beaux des fresques
 

Les visages se déchirent
Sous les ger­çures de pierre

La pein­ture déla­vée creuse
Le miroir étamé
 

Sous nos regards de pierre
Qui ne trans­percent plus

Discrète poé­sie qui coud un rap­port entre les pay­sages obser­vés et notre état d'individus modernes. "Nous sommes sem­blables aux lam­beaux de fresque/​En l'absence de la main qui ras­semble".

Et cette main qui ras­semble et tisse les pans troués de la trame du monde, n'est-ce pas, ici, le poème ? 

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu'en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l'absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, "Nox", aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : "Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole", édi­tions de l'Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : "Le Corps du Monde", édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : "La nuit phoe­nix", Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : " Alphabétique d'aujourd'hui" édi­tions L'Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poésie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.