> Jean Maison, “Araire”

Jean Maison, “Araire”

Par |2018-11-18T21:56:08+00:00 21 juin 2012|Catégories : Critiques|

Avec Araire, Jean Maison nous offre l'une de ses plus belles et de ses plus impor­tantes paroles poé­tiques. Parole pour­sui­vant l'exploration en même temps que la fon­da­tion d'une demeure dont les deux pré­cé­dents recueils, Consolamentum et Terrasses stoïques, furent publiés chez feux les édi­tions Farrago/​Léo Scheer. L'excellent Rougerie, édi­teur d'une pléiade d'éminents poètes contem­po­rains doit être ici remer­cié pour son tra­vail aux marges d'un monde lit­té­raire tenu par les exi­gences d'une ren­ta­bi­li­té ter­ro­ri­sante. Ainsi, 400 exem­plaires d'Araire ont été tirés, 400 objets livre, 400 per­sonnes seule­ment gagnées par la chance d'en pos­sé­der un exem­plaire dans sa biblio­thèque, à l'heure de la lit­té­ra­ture de masse. Un miracle.

Araire, mot étran­ger à l'économie du lan­gage contem­po­rain, qua­li­fie un ins­tru­ment de labour, un outil fruste à dimen­sion de main d'homme et de licol bovin ser­vant à sca­ri­fier la terre pour l'y pré­pa­rer à l'accueil des semailles. La demeure poé­tique de Jean Maison char­rie donc la terre qui est le propre de l'homme, la terre du Verbe, terre natale et nour­ri­cière qui demande soins, atten­tion, jachère, culture en vue des pos­sibles récoltes. Et chez Jean Maison, il ne peut y avoir récolte sans effort, sans amour, sans une pro­fonde connais­sance des rythmes internes et sou­ter­rains de cette terre en dehors de laquelle il n'est nulle nour­ri­ture pos­sible, au risque de mou­rir de faim.

Araire, c'est ain­si un cycle de sai­sons lan­cées à la vie, une terre d'encre, un sen­tier de nuit ou l'instrument qui sca­ri­fie le Verbe est seul gui­dé par l'espérance tel­lu­rique des sources appe­lées à sourdre pour étan­cher la soif. La soif d'être au monde quand l'insensé contem­po­rain délie l'homme et la vie, délie le verbe et le cœur de nos exis­tences.

Cette parole, faite de la plus extrême atten­tion aux para­doxes sémi­naux d'une vie inté­rieure en volon­té, non pas de pleine conscience d'elle-même, mais de res­pi­ra­tion sereine, char­rie dans le sillage creu­sé par son araire des cor­res­pon­dances entre la langue et la terre, entre racines ter­reuses et bulbes éty­mo­lo­giques, tout sim­ple­ment car il en est ain­si de l'être de l'homme. La parole de Jean Maison contient le suc des fer­ments sou­ter­rains per­met­tant à la voix de per­cer la cara­pace des champs noc­turnes afin de s'élever, ver­ti­cale défiant la pesan­teur, vers la lumière ou elle devient chant.

Pas de confu­sion : Maison est le conti­nua­teur de Char, de Grosjean, de Reverdy. Il a connu les deux pre­miers,  qui étaient ses amis intimes. Il est, par sa poé­sie, un acteur fon­da­men­tal de notre époque. Il dit et disant, il recentre l'homme sur son essence ori­gi­nelle, maté­rielle et spi­ri­tuelle. La poé­sie, à ce degré de vir­tuo­si­té, devient un sésame pour nos vies noc­turnes, y fai­sant appa­raître, étin­ce­lant, l'or silen­cieux de nos constel­la­tions.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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