> Saraswati, revue de poésie, d’art et de réflexion, n°13

Saraswati, revue de poésie, d’art et de réflexion, n°13

Par | 2018-05-20T15:42:06+00:00 7 septembre 2014|Catégories : Revue des revues|

 

Le tra­vail mené par Silvaine Arabo est de pas­sion et de don de soi. Il est tota­le­ment voué au Poème, à tra­vers tout ce que ce mot contient de capa­ci­té construc­tive. Par le Poème, Silvaine Arabo, ancienne direc­trice de feu les édi­tions de l'Atlantique, qui édi­tèrent par exemple Michel Host ou les tra­duc­tions de Claude Mourthé, entend la pein­ture, la sculp­ture, les poèmes, mais aus­si les ani­maux et tout ce que la vie contient de pal­pi­ta­tion et de sacré.

La revue Saraswati, fort bel objet, vient de faire paraître, sous la direc­tion de la poé­tesse Silvaine Arabo, son trei­zième numé­ro. Nombre sym­bo­lique, s'articulant autour du thème – hasard objec­tif ? – des portes et des seuils.

Ce beau n° ras­semble 36 auteurs, et nous aurons plai­sir à lire Michel Butor, Michel Cosem, Georges Cathalo, Jean-Claude Albert Coiffard, Bernard Grasset, Anne Julien, Claude Mourthé ou Luis Mizon.

Après un édi­to­rial enjoué signé Arabo, nous entrons dans ce trei­zième arcane par le pas­sion­nant texte de Christian Monginot, médi­tant sur la notion de porte et de seuil à tra­vers l'oeuvre de Dante. Un texte qui rend plus intel­li­gent.

Puis, la porte des poèmes s'ouvre, et c'est avec un grand conten­te­ment que nous lisons la voix d'Eliane Biedermann :

 

 

Le poète péle­rin
pour­suit son voyage aux ori­gines
dans la trans­pa­rence des jours

Le miroir des feuilles
lui ren­voie une image
où l'amertume se défait
devant l'or et la soie de l'automne

Au seuil d'une église d'enfance
une musique d'orgue
allume dans le soir
une nuée d'étoiles
qui berce les défunts

 

 

ou celle de Georges Friedenkraft, ramas­sée en haï­kis :

 

 

La nuit ser­pen­tine
lou­voie dans l'encre des songes
entre chien et loup

*

S'endort en héron,
se coule en un lit de plumes,
se réveille femme

 

ou celle, inter­ro­ga­tive en son his­toire de coeur, d'Anne Julien :

 

 

quelqu'un qui marche et tré­buche
des pièces et des cou­loirs
portes rideaux ten­tures flap flap
une main qui écarte les lanières en plas­tique et colo­rées
un pois­son mori­bond
des langues alter­na­tives
un embryon-cadavre
une biche
des froides tapis­se­ries des cavernes et des sombres
toc toc toc
le coeur est-il ouvert ?

 

 

Un entre­tien spé­cial occupe le centre de la revue, celui don­né par le peintre Josef Ciesla, assor­ti de belles repro­duc­tions pleine page de ses toiles et sculp­tures. Un par­cours, une essence, une vie, ayant péné­tré le grand seuil.

A ces images de cou­leurs répondent les superbes sculp­tures de Sylviane Bernardini, inter­ro­geant l'essence du fémi­nin, Porte par excel­lence, accom­pa­gnées des poèmes de Laurent Bayart.

Il y a aus­si place pour les beaux des­sins de Claudine Goux, essai­mant sa parole silen­cieuse entre les images de mots des poètes, telles celles pro­po­sées par Hélène Vidal :

 

La terre baisse pavillon pour lais­ser entrer
dans Etretat
la mer
ses ver­tiges
ses verts
l'intangible sillage
entra­vé dans la gorge
La liber­té se pend au bout     du bout       des vents.

 

 

Vous avez pris votre temps, chère Silvaine Arabo, ain­si que vous le dites dans votre édi­to­rial, pour orches­trer ce trei­zième n°.
La len­teur pos­sède la ver­tu de l'excellence, lorsqu'elle est orien­tée par une vision.
Que la même vision qui pré­si­da à l'existence de ce beau numé­ro com­mande aux tra­vaux à venir.

 

http://​mir​ra​.pages​per​so​-orange​.fr

mm

Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

X