> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (6) Pascal Boulanger

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (6) Pascal Boulanger

Par | 2018-02-20T10:57:09+00:00 8 février 2014|Catégories : Blog|

 

Pascal Boulanger naît dans la ban­lieue rouge, en 1957. Sous l'influence du com­mu­nisme ambiant, il fré­quente, tout jeune homme, la pen­sée mar­xiste et ses conti­nua­teurs. Assoiffé par le ques­tion­ne­ment intel­lec­tuel, lit­té­raire, poli­tique, phi­lo­so­phique, c'est dans les livres qu'il trouve réponse à ses ques­tions. Cette confron­ta­tion à la pen­sée de l'autre, à la pen­sée des autres, va lui ouvrir son propre che­min, qu'il faut alors très jus­te­ment appe­ler che­min ini­tia­tique. Cela le mène­ra à res­sen­tir, grâce à la confron­ta­tion avec les grands écrits spi­ri­tuels, le besoin d'une conver­sion. Il devient donc catho­lique en 1978.
 
Son oeuvre poé­tique s'en trouve ain­si impré­gnée dès la publi­ca­tion, en 1991 de son pre­mier ouvrage, Septembre, déjà. De livre en livre – Martingale, Le Bel aujourd'hui, Tacite, Le corps cer­tain, L'émotion l'émeute, Les jon­gleurs, Fusées et pape­roles, Le lierre la foudre, Au com­men­ce­ment des dou­leurs, la foi de Pascal Boulanger va agir sur la parole, non pas en tant que ravi de la crèche, mais en tant que recen­tre­ment de l'homme actuel sur les fon­da­tions qui furent à l'origine de son émer­gence euro­péenne. Le poème n'est pas un motif déco­ra­tif, et la foi n'est en rien selon lui un art Saint-Sulpicien. Le poète est ancré dans la réa­li­té et peut agir sur cette réa­li­té par sa par­ti­ci­pa­tion au tra­vail du Verbe.

Aussi y aurait-il contre­sens à consi­dé­rer la poé­sie de Pascal Boulanger comme étant celle d'un poète chré­tien. Il est poète, oui, et catho­lique, mais son oeuvre n'a rien à voir avec celle d'un Claudel, d'un Péguy ou d'un La Tour du Pin que l'on a l'habitude de réduire à cette case confes­sion­nelle. Le chris­tia­nisme de Pascal Boulanger, parce qu'il est d'essence poé­tique lui-même, se déploie dans son oeuvre en tant que ferment poé­tique propre à nour­rir et à enri­chir sa parole.

Cette parole, à l'enracinement de haute mémoire, inter­roge l'homme contem­po­rain avec ses écueils, sa sau­va­ge­rie et son nihi­lisme. Marqué par la poé­sie de Marcelin Pleynet, nour­ri par le tra­vail de Tel Quel, c'est essen­tiel­le­ment la pen­sée pion­nière de René Girard, avec sa théo­rie du bouc émis­saire, qu'il pro­longe par ses vers et sa prose. Pascal Boulanger s'enfonce dans l'être d'aujourd'hui, dresse devant ses yeux un miroir sans conces­sion, et c'est sans conces­sion envers lui-même, ne cou­rant aucune recon­nais­sance, qu'il s'acquitte de sa mis­sion de dire sa véri­té au monde actuel. Approfondissant, quelles qu'en soit les consé­quences et les exclu­sions qui le menacent, sa démarche de véri­té, il creuse ain­si sa vision his­to­riale et pro­pose une autre parole, à par­tir de laquelle il va fal­loir comp­ter.

Marchant sur le fil ver­ti­cal ten­du entre les ombres de la terre et les ciels d'azur, sa nuit, solaire, fait de sa voix un poète des pro­fon­deurs.

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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