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A L’Index, n°24

Par | 2018-05-26T21:42:08+00:00 25 novembre 2013|Catégories : Revue des revues|

La belle revue A L'Index, sous titrée espaces d'écrits, et emme­née par le poète Jean-Claude Tardif, nous livre sa vingt-qua­trième livrai­son. Après un mot d'accueil de Tardif rele­vant que la poé­sie se porte "moins mal qu'il n'y paraît", et évo­quant la vita­li­té de trois revues en ligne –Recours au Poème, Paysages d'Ecrits et La Gelée Rouge – comme l'image d'un phœ­nix que sait prendre la poé­sie pour conti­nuer à être , à être "devant nous" et "en avance sur le monde", la revue s'ouvre alors sur une alter­nance de poèmes et de nou­velles.

Les nou­velles sont signées Michel Baglin, Jean-Claude Tardif, Didier Le Nagard, Françoise Delahaye, Jean-Albert Guénégan et la pré­sence du vent de Roscoff, et Fabrice Marzuolo. Nous allons ici nous inté­res­ser exclu­si­ve­ment aux poèmes, non pas que la créa­tion de la nou­velle ne puisse conte­nir du poé­tique, mais enfin le lieu d'élection de la poé­sie étant le poème, et Recours au Poème s'y consa­crant exclu­si­ve­ment, nous lais­se­rons aux ama­teurs de ces his­toires courtes le plai­sir de les décou­vrir par eux-mêmes.

Ce vingt-qua­trième numé­ro d'A L'Index est riche, et plu­tôt que d'en faire une note exhaus­tive, nous sou­li­gne­rons arbi­trai­re­ment les poètes et les extraits qui nous ont davan­tage par­lé.

Tout d'abord le poète Jean-Claude Chenut qui, à tra­vers son beau poème Le jar­din aux rives des lèvres, égrène des vers épris de mys­tère :

 

 

C'est une griffe de rubis,
son orient est brû­lant
comme larme en mémoire.

 

Entame de poème, invite à lire cette parole liant l'écrit et le désir.

Autre registre avec Christian Leray, qui nous sert deux très beaux haï­kai. Nous en repro­dui­sons un :

 

 

Rose du matin
Au cœur de Brocéliande
Une fleur vient de prendre vie.
 

 

 

Jean-Pierre Chérès, avec i comme…, asso­cie la ver­ti­ca­li­té à Icare, en un poème lui-même ver­ti­cal de plu­sieurs pages :

 

Mettre sur la ver­ti­cale
le point
pour i
celui final
de l'infini
le i
du rire
des fins
le cri
lapis-lazu­li
l'ire
ultime
de la vie
poing dans l'azur
le ivre
sublime
de la cime
pied dans l'abîme
 

 

 

Changement de décor avec la parole de Hafsa Saifi, qui mur­mure presque serei­ne­ment :

 

Sur les rives du lac
La sil­houette d'une femme
Qui écoute
L'eau lui dire qui elle est
L'effrayant reflet
De ses lèvres
Couvertes d'orge

 

Nous ter­mi­ne­rons cette petite pré­sen­ta­tion en évo­quant le superbe poème final, signé Marc Le Gros, Sic Transit, un poème d'un équi­libre sub­til entre la séman­tique du dit et du non-dit, le raf­fi­ne­ment des images muées en méta­phores, la beau­té de la langue ten­tant de dire et disant réel­le­ment l'éphémère du pas­sage de la vie et la pré­sence du rien. En voi­ci le début :

 

 

Rien
 

Pas même l'os
Où fleu­ri­rait la lèpre,
Ni l'âme du feu en l'exil de
Ses cendres
 

Quelle urne jetée à la mer
Pourrait encore prendre le temps de
Mourir, quel
Abandon
 

Et quelle ivresse, sur­tout,
Nourrirait le soleil
 

 

Un numé­ro riche et l'on peut saluer l'esprit d'éclectisme de Jean-Claude Tardif qui per­met à ces voix dif­fé­rentes de trou­ver lieu d'ancrage en même temps que d'appareillage. Car la poé­sie, en cette moder­ni­té culti­vant la super­fi­cia­li­té comme un mythe divin, relève de la haute navi­ga­tion en même temps que de l'amer per­met­tant à nos fors inté­rieurs d'éviter les écueils noc­turnes et les nau­frages sans fonds.

A L'Index, n°24, sep­tembre 2013, 15 euros.

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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