> Onzième n° de la revue THAUMA

Onzième n° de la revue THAUMA

Par |2018-08-16T14:17:15+00:00 19 octobre 2014|Catégories : Revue des revues|

 

"La revue est née en 2005. Le pro­jet ini­tial est d'ouvrir un che­min où la poé­sie retrou­ve­rait son lien pro­fond à la phi­lo­so­phie, dans la même exi­gence d'écoute, d'attention à l'appel du lan­gage qui parle le pre­mier. Plus l'on s'approche de la poé­sie, plus le dire est libre et phi­lo­so­phique : plus ouvert à l'imprévu, plus prêt à l'accepter. Plus pure­ment aus­si il livre ce qu'il dit au juge­ment de l'attention tou­jours plus assi­due à l'écouter. C'est pour­quoi la revue s'appelle Thauma : ce mot vient du grec thau­mad­zein qui signi­fie "s'étonner" ; or si toute phi­lo­so­phie com­mence par l'étonnement, par le ques­tion­ne­ment, c'est parce qu'elle met la pen­sée en éveil : elle ouvre le che­min d'une recherche vivante et per­met de pen­ser l'existence de l'homme à par­tir de l'habitation et l'être de la poé­sie comme un bâtir. Habiter le monde en poète c'est habi­ter sur cette terre. Mais poé­sie et phi­lo­so­phie ne se ren­contrent dans "le même" que lorsqu'elles demeurent dans la dif­fé­rence de leur être et aus­si long­temps qu'elles y demeurent. On ne peut dire "le même" (qui ne recouvre ni l'égal, ni l'uniformité vide du pur iden­tique) que lorsque la dif­fé­rence est pen­sée.
La revue fait paraître deux numé­ros par an."

Ces mots sont ceux qu'Isabelle Raviolo nous a confiés, fon­da­trice et ani­ma­trice de l'importante revue Thauma. Bientôt 10 ans d'une aven­ture de très haut niveau, où la clair­voyance quant aux besoins de ce monde se marient avec l'exigence de la pen­sée et la beau­té du dire poé­tique.

Cette 11ème livrai­son de la revue porte pour titre Couleurs, Lumière, deux mots, deux notions ouvrant à des médi­ta­tions ver­ti­gi­neuses, des médi­ta­tions de fond. Ici, l'on pro­pose de pen­ser, on pro­pose de réflé­chir, non pas sur, mais la parole, en allant à sa ren­contre dans ses aspects déter­mi­nants, ouverts et riches. Réfléchir la parole, c'est mar­cher vers elle, y prê­ter atten­tion et pro­po­ser le ser­vice de sa vie pour for­mu­ler, et com­po­ser ce qu'elle semble attendre du genre humain.

Ceci ne se fait pas dans le tumulte du fes­tif actuel, ni dans la tachy­car­die impo­sée par notre époque en manque de temps. Ceci se fait dans l'absolu de son exis­tence, par la pra­tique fidèle de l'étonnement d'être en vie et de conju­rer les affres de la condi­tion par le miracle de la joie.

Voici donc une atti­tude pro­po­sée par la revue Thauma en rup­ture dis­crète, mais com­plète, avec les sol­li­ci­ta­tions super­fi­cielles de notre époque.

Ce qui sur­prend lorsqu'on ouvre ce onzième volume de la revue, c'est d'entrer direc­te­ment dans le vif du sujet. Pas d'éditorial, pas de mots expli­ca­tifs : des invi­tés (et les­quels : Pierre Dhainaut, Pascal Boulanger, Gabriel Althen, Gérard Bocholier, Jean-Pierre Lemaire, Judith Chavanne, Reiner Kunze, Jean-Yves Masson, Michel Cazenave, Jean-Marc Sourdillon, pour n'en citer que quelques-uns) fai­sant par­ta­ger la quin­tes­sence de leurs com­po­si­tion sur le sujet pro­po­sé. Nous ne sommes pas là pour récom­pen­ser des nomi­nés, pour dérou­ler le tapis rouge ou mon­ter quelques marches de pres­tige, cela indui­rait des pré­sen­ta­tions, un dis­cours etc… Non. Le texte, brut de décof­frage. La pen­sée est urgente. La beau­té est urgente. Thauma, avec calme et serei­ne­ment, pose son pavé de revue comme un éten­dard pour les regards per­dus.

Chacun des textes don­né par les phi­lo­sophes et poètes peut don­ner lieu à un intense moment de féli­ci­té et de contem­pla­tion. Les mots sont pesés, la pen­sée pui­sée à l'essentiel et les images des splen­deurs offertes à la médi­ta­tion.

Il y a bien un moment, dans nos jour­nées de fous où la chro­no­pha­gie fait œuvre de pro­jet civi­li­sa­tion­nel, où nous pou­vons nous asseoir dans un fau­teuil, choi­sir un poème, un article, et le charme opé­ra­tif rentre en nous. Et nous voi­ci lavés.

Tel est l'un des pou­voirs de la revue Thauma.

Que choi­sir d'évoquer, pour clore cette petite pré­sen­ta­tion, et mettre en appé­tit, que choi­sir dans cette étin­ce­lante revue où chaque par­ti­ci­pant a don­né son meilleur ? Que choi­sir, sans paraître dimi­nuer ceux dont on ne par­le­ra pas et qui, tous, le méri­te­raient ?

Isabelle Raviolo – qu'elle nous par­donne – en tant que mai­tresse d'œuvre de ce tra­vail capi­tal :

 

à Gabrielle

 

Je n'ai pas prié le ciel
pour une robe cou­leur soleil –
Mais j'ai écrit
Au clair de lune
Mon ami,
Puisses-tu me prê­ter
L'aiguille pour coudre
une robe cou­leur du temps
avec des fleurs et des rubans –
Quelque chose dans le vent
S'est envo­lé pour­tant
Avec les plumes
Et les volants –
Et je me suis retrou­vée
Nue –
Comme un âne

 

 

Revue Thauma
28, rue Beaubourg
75003 Paris
ysacoromines@​yahoo.​fr

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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