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JEAN-FRANÇOIS MATHÉ

Par | 2018-06-21T01:04:38+00:00 28 février 2015|Catégories : Rencontres|

Bonjour Jean-François Mathé. Merci d'accepter cet entre­tien pour Recours au Poème. J'aimerais débu­ter cette conver­sa­tion en évo­quant Claude Michel Cluny, qui vient mal­heu­reu­se­ment de nous quit­ter. Dans Le Monde du 16 jan­vier 2015, Josyane Savigneau lui rend hom­mage par ces mots : "Claude Michel Cluny voyait en la poé­sie "un pou­voir d'appel, de résis­tance, de véri­té", tout en déplo­rant qu'il n'y ait "peut-être pas de pays au monde où la poé­sie soit plus refu­sée que la France".

Vous qui étiez ami avec Claude Michel Cluny, par­ta­gez-vous le même constat dis­tin­guant si désa­van­ta­geu­se­ment la France ?

A prio­ri, on ne peut que don­ner rai­son à Claude Michel Cluny : le grand voya­geur qu’il était n’a d’évidence émis cette opi­nion qu’en conclu­sion des com­pa­rai­sons qu’il a pu faire entre le sort de la poé­sie en France et celui qu’on lui réserve ailleurs. Et d’autres que lui ont sou­li­gné la « popu­la­ri­té » de la poé­sie par exemple au Canada, en Amérique latine, en Europe cen­trale et de l’est, dans nombre de pays latins… Pour aller dans son sens, je peux au moins consta­ter le peu de visi­bi­li­té de la poé­sie aus­si bien dans les médias (presses audio­vi­suelle et papier confon­dues) que dans les biblio­thèques et les librai­ries où, si elle n’est pas com­plè­te­ment absente, la poé­sie est en retrait, en recoins, très rare­ment mêlée sur les tables à la lit­té­ra­ture géné­rale et essen­tiel­le­ment roma­nesque. On peut ajou­ter l’abandon de col­lec­tions de ce genre lit­té­raire par de nom­breux « grands » édi­teurs. Ces faits sont suf­fi­sam­ment connus pour qu’on ne s’y attarde pas trop. Mais les causes sont-elles à cher­cher dans un sys­tème éco­no­mique de plus en plus orien­té vers la ren­ta­bi­li­té immé­diate, ou – plus grave – dans l’absence de demande der­rière laquelle se retranchent qua­si sys­té­ma­ti­que­ment les ins­ti­tu­tions citées ci-des­sus ?

C’est sur ce point que je nuan­ce­rais l’avis de Claude Michel Cluny et serais moins pes­si­miste que lui. Il m’a tou­jours sem­blé que si le « public » n’allait pas vers la poé­sie, une mino­ri­té quan­ti­ta­ti­ve­ment et sur­tout qua­li­ta­ti­ve­ment non négli­geable accep­tait fort bien que la poé­sie vienne à elle, et s’en réjouisse. Pour prendre un exemple concret et per­son­nel, le pro­fes­seur de Lettres en lycée que j’ai été s’est bien gar­dé de can­ton­ner la poé­sie dans son rôle de sup­port favo­ri du com­men­taire de texte. J’ai tou­jours sui­vi le conseil d’Yves Bonnefoy qui disait en sub­stance qu’il fal­lait pré­fé­rer la « mons­tra­tion » à la « démons­tra­tion ». Aussi, pen­dant des années, ai-je appor­té en classe des recueils, des revues de poé­sie ancienne et contem­po­raine en deman­dant aux élèves de les feuille­ter et d’y choi­sir des poèmes qu’ils reco­pie­raient en une sorte d’anthologie. Les seules contraintes : bien enca­drer chaque poème des réfé­rences qui leur per­met­traient d’en retrou­ver l’auteur, le titre du recueil, l’époque de paru­tion et d’en envi­sa­ger une mise en voix. Ne jus­ti­fiaient leur choix que ceux qui le dési­raient et je me bor­nais à cir­cu­ler dans la classe pour lire par-des­sus leur épaule les poèmes qu’ils reco­piaient. Je n’ai jamais essuyé de refus, au contraire les élèves m’ont sou­vent deman­dé le renou­vel­le­ment de l’expérience pour qu’ils puissent s’échanger des recueils et conseiller à d’autres des poèmes. J’ai tou­jours pu consta­ter que ces jeunes gens appa­rem­ment indif­fé­rents à la poé­sie médi­taient leur choix, avaient bon goût et res­sen­taient, même en l’exprimant mal­adroi­te­ment, la néces­si­té de cette écri­ture tou­chante, trou­blante.

Par ailleurs, de nom­breux poètes, lors de lec­tures publiques, sont frap­pés par la qua­li­té d’attention de leur audi­toire et par la qua­li­té et la pro­fon­deur inat­ten­due de cer­taines dis­cus­sions qui s’ensuivent. Implacable comme il pou­vait l’être, Claude Michel Cluny ferait remar­quer que ces publics sont bien maigres et que l’écoute ponc­tuelle de poèmes ne se pro­longe pas obli­ga­toi­re­ment en une pas­sion durable pour la lec­ture per­son­nelle de la poé­sie. Et il main­tien­drait sa posi­tion. Mais je ne dirais pas comme lui que la poé­sie en France est « refu­sée ». Elle est moins refu­sée qu’ignorée, ce qui laisse à ceux qui agissent pour elle (édi­teurs, revuistes et poètes) des ouver­tures vers sa mise en rap­port avec les gens, fussent-ils fran­çais ! 

 

 

Et quant à la dimen­sion "d'appel, de résis­tance, de véri­té", par­ta­gez-vous ces mots du poète Cluny ?

De ces trois mots qui déclinent « le pou­voir de la poé­sie », c’est le pre­mier qui résonne le plus en moi : oui, la poé­sie est un appel, non pas venu de quelque puis­sance supé­rieure que ce soit, mais d’abord du désir même de la poé­sie : le besoin d’écrire ou de lire un poème est le pre­mier signe d’une invi­ta­tion à sor­tir de nous-mêmes, de ce que le temps ordi­naire, l’habitude, les indif­fé­rences ont rétré­ci, étri­qué, voi­lé en nous. Et nous res­sen­tons dans le désir de la poé­sie le désir de nous agran­dir en intel­li­gence et sen­si­bi­li­té, le désir de don­ner à notre rap­port au monde sa vraie nature en nous com­pre­nant autre­ment et en com­pre­nant aus­si le monde autre­ment par l’accès à ses dimen­sions cachées (ce que René Rougerie appe­lait les « Réalités secrètes » et dont il fit le titre de la revue qu’il ani­ma avec Marcel Béalu dans les années 1950/​60). Cet appel n’est pas un appel de prise de pou­voir sur le monde, mais d’inscription en lui et en ses pro­fon­deurs mys­té­rieuses, devi­nées, ren­dues presque acces­sibles par le pou­voir des mots, des images. C’est un appel à mieux ren­con­trer l’âme de la nature, de l’humanité, à les inter­ro­ger, ou à les remer­cier d’être là pour don­ner sens à notre exis­tence.

Et c’est peut-être à ce stade que nous sommes dans la véri­té de la vie, encore incom­plète, encore à explo­rer quand, sous des formes par­fois dif­fé­rentes, inat­ten­dues, la poé­sie appel­le­ra de nou­veau.

Quant au mot « résis­tance » il s’associe pour moi tout natu­rel­le­ment au mot poé­sie, et cela découle de ce que j’ai écrit pré­cé­dem­ment : à par­tir du moment où l’on estime que le poème exprime les états les plus com­plexes de l’intériorité humaine, se le fixe comme but, il est un acte (peut-être modeste, mais mieux vaut être modeste que n’être rien) de résis­tance contre tous les sys­tèmes poli­tiques, idéo­lo­giques, éco­no­miques… qui veulent abais­ser et sim­pli­fier l’homme pour l’instrumentaliser. Les emblé­ma­tiques 33 son­nets com­po­sés au secret de Jean Cassou, com­po­sés de tête durant sa déten­tion en pri­son au début de la guerre pour faits de résis­tance, sont la preuve que l’appel de la poé­sie main­tient la digni­té et l’espérance.

Pour syn­thé­ti­ser un peu cette réponse, j’aimerais citer ces quelques vers de Maria Luisa Spaziani, récem­ment dis­pa­rue :

 

Cette nuit la bron­chite me trans­forme
en chêne ployant sous la neige […]
J’ai un jour connu un gar­çon, beau­coup
plus malade que moi.
Il res­pi­rait à grand-peine, il était
dans son lit un voi­lier ensa­blé,
mais en haut sa pen­sée chan­tait comme un loriot
à la cime de l’orme fou­droyé.[…]

(Extrait de « Chemin de croix », in Jardin d’été Palais d’hiver, Mercure de France 1994)

 

 

Vous avez écrit 16 livres de poé­sie, publiés qua­si exclu­si­ve­ment par les édi­tions Rougerie, entre 1971 et 2015. Comment voyez-vous votre propre par­cours en poé­sie, et que vous a appris le poème ?

Oui, 16 livres, et même 17 au moment où j’écris avec la paru­tion aux édi­tions Les Carnets du Dessert de Lune d’un petit recueil de poé­sie-jeu­nesse inti­tu­lé Grains de fables de mon sablier. Une fidé­li­té à la même mai­son d’édition qui s’explique par le fait qu’il y a belle lurette que les rela­tions d’auteur à édi­teur se sont trans­for­mées en rela­tions d’ami à ami(s) avec René et Olivier d’abord, avec Olivier seul désor­mais.

Il m’est assez dif­fi­cile de défi­nir un « par­cours en poé­sie » n’étant pas sûr d’avoir par­cou­ru autre chose que ma vie avec la poé­sie mêlée à elle en une sorte de jour­nal d’états d’être suc­ces­sifs qui se prêtent mal à une vision syn­thé­tique.

Pour ne pas fuir la ques­tion, je dirais que mes pre­miers poèmes étaient un peu « des chiens fous » qui devaient encore à l’esprit d’adolescence et à l’influence du Surréalisme : l’écriture n’y crai­gnait pas l’emportement, voire l’imprécation et un abus du « stu­pé­fiant image ». Il y avait de tout cela dans le pre­mier recueil que René Rougerie a publié et il en est res­té (de moins en moins) dans plu­sieurs des livres sui­vants. Mais à côté de ces poèmes agi­tés, la pré­sence de poèmes disons plus calmes, à l’écriture plus posée avait été remar­quée par mon édi­teur et il me les indi­qua en sug­gé­rant que, si je conti­nuais d’écrire, c’est en eux qu’il fal­lait que je puise ce qui devien­drait peut-être ma voix. J’ai rete­nu ce conseil avi­sé et, pro­gres­si­ve­ment je suis allé vers des tona­li­tés plus sourdes et vers ce que cer­tains com­men­ta­teurs appellent « ma voix basse ». Donc une évo­lu­tion s’est faite vers plus de sim­pli­ci­té (sans renier mon goût pour l’image), plus de natu­rel (j’ai beau­coup lu Léautaud) et plus de creu­se­ment de l’intériorité. L’influence du Surréalisme s’est estom­pée, peu à peu rem­pla­cée par celle de Supervielle, Guillevic, Schehadé, Jaccottet ou Cluny, et aus­si celle de poètes étran­gers tels que Ungaretti, Ritsos, Paz, De Andrade ou Skacel.

Depuis l’âge de 30 ans, je ne me suis plus dépar­ti de ce choix d’une sim­pli­ci­té d’écriture qui vise, (qui tente l’accès à) la pro­fon­deur. De plus les thèmes qui ont peu à peu enva­hi mes poèmes (l’inquiétude, le sou­ci de l’interrogation du sens de la vie, la conscience de la fra­gi­li­té, l’œuvre du temps, etc.) ont comme néces­si­té le main­tien d’une écri­ture assez trans­pa­rente pour les faire affleu­rer, les sug­gé­rer plus que les impo­ser. Du coup, je suis entré en dis­cré­tion ce qui m’assimile, pour beau­coup de mes lec­teurs, aux Classiques : puisque cet entre­tien a com­men­cé sous la pro­tec­tion de Cluny, voi­ci une de ses expres­sions, dans la der­nière lettre que j’ai reçue de lui, à pro­pos des poèmes de La vie atteinte : « Votre poé­sie m’a tou­jours rete­nu, et les pages de La vie atteinte, dans leur clar­té, à peine tou­chée d’ombre, car votre pudeur clas­sique est sans faille, lui ajoutent l’imperceptible fré­mis­se­ment du temps qui s’éloigne… »  Voilà le point où j’en suis : une poé­sie « claire », à deux doigts du silence et qui se donne la liber­té d’être écrite dans des formes dif­fé­rentes : vers libre (sur­tout),  prose (aban­don­née dans les deux der­niers livres), vers rimés. Pour ter­mi­ner ce regard sur un « par­cours », je tiens à pré­ci­ser qu’en écri­vant mes poèmes j’ai tou­jours eu le sou­ci de leur ora­li­sa­tion, de leur mise en voix. D’où mon goût pour une cer­taine flui­di­té voire une cer­taine musi­ca­li­té.

Quant à ce que le poème a pu m’apprendre ou m’apporter avec ce qu’il garde tou­jours d’énigmatique même pour celui qui l’a écrit, je n’oserai dire un sup­plé­ment de vie, même s’il m’arrive de le pen­ser. Il a au moins don­né à ma vision de la vie des cou­leurs insoup­çon­nées, pas tou­jours vives ni gaies et une autre façon de tra­ver­ser le temps qui m’est impar­ti, en le dila­tant dans la médi­ta­tion et dans des émo­tions créées et non offertes ou impo­sées.

 

Rentrons main­te­nant, après ces vues géné­rales, dans le cœur de vos poèmes. Vous ouvrez votre recueil Le ciel pas­sant par un poème sublime et poly­sé­mique :

 

 

le ciel pas­sant
nous lui avons confié
le vol mal­adroit de la mémoire
ses ailes à retrem­per
dans des bleus d'autrefois

et la tête vide
en atten­dant que tout revienne
nous avons accep­té
les pierres du che­min
et la dou­leur d'un pre­mier pas
à côté du sou­lier

mar­cheurs dan­seurs
ava­leurs des sabres du souffle
nous avan­çons pour ouvrir
le temps ter­rible qui nous tient

 

 

Ce "temps ter­rible", je le vois plu­tôt comme le temps d'aujourd'hui plu­tôt que celui de la condi­tion humaine. Le poète aurait la voca­tion pres­ti­di­gi­ta­trice – "ava­leurs des sabres du souffle" – par la magie du Verbe, de conju­rer réel­le­ment la fer­me­ture de ce "temps ter­rible" ?

Pour moi, ce « temps ter­rible », au moment où j’ai écrit ce poème et aujourd’hui encore où vous me le don­nez à relire, est celui de la condi­tion humaine. Avec le moins de mots pos­sible, ce poème m’apparaît rétros­pec­ti­ve­ment comme une sorte de nar­ra­tion méta­pho­rique de l’entrée dans le vieillis­se­ment, le bleu du ciel ren­voyant à la jeu­nesse que l’on quitte tout en essayant de res­ter en rap­port avec elle par la mémoire, et le « pre­mier pas /​ à côté du sou­lier » marque le début de l’épreuve du vieillis­se­ment (che­min pier­reux s’il en est !). Mais l’avancée dans cette nou­velle période de la vie est loin d’être un consen­te­ment, un renon­ce­ment à la beau­té de la vie, ce dont témoigne le mot « dan­seurs » : il y a, dans l’ultime che­mi­ne­ment, de la fête et de la lutte, au moins de la révolte : « nous avan­çons pour ouvrir /​ le temps ter­rible qui nous tient ». Quant aux « ava­leurs des sabres du souffle » ils sont moins des magi­ciens (qu’ils vou­draient bien être) que des êtres en souf­france comme le sug­gère le mot « sabres » qui inflé­chit le souffle vers des conno­ta­tions dou­lou­reuses. Et quant à ouvrir le temps, en des­ser­rer l’étau, je ne peux que ren­voyer à la fin de ma réponse pré­cé­dente : on ne le fait incom­plè­te­ment et pro­vi­soi­re­ment que par la poé­sie en le dila­tant dans la médi­ta­tion et dans des émo­tions créées.

Mais comme vous le dites, Gwen, le poème est poly­sé­mique et voir ce « temps ter­rible » comme celui d’aujourd’hui n’est pas un contre­sens. Je dirais même que votre lec­ture confère à l’adjectif « ter­rible » encore plus de force : si le temps nous pousse natu­rel­le­ment sur un che­min pier­reux, l’époque actuelle par son déni de la pro­fon­deur de l’être humain en rend les pierres encore plus cou­pantes, bles­santes. Mais dans ce poème-ci, il n’y a aucune pers­pec­tive de conju­ra­tion par la magie du verbe. Il faut attendre le recueil La vie atteinte pour trou­ver des poèmes moins pes­si­mistes qui redonnent saveur, ouver­ture et force à la vie. Où « de l’autre côté du poème […] » on retrouve « l’immensité […] dans ces yeux qui s’ouvrent /​ et me mettent au monde /​ mal­gré ma vie déjà vécue. »

 

 

 

Nous sommes là au cœur du mys­tère de la com­po­si­tion du poème. Des inten­tions vous ont conduites, "avec le moins de mots pos­sibles", peut-être par sou­ci d'épure, peut-être par volon­té de ne pas fer­mer l'interprétation du poème, peut-être par esprit de mesure. La lec­ture que j'en fais s'écarte de vos inten­tions pre­mières, car le temps passe, la charge des mots se modi­fie, et mon œil pos­sède sa propre his­toire. Le poète peut-il alors se récla­mer d'une inter­pré­ta­tion, lui qui est, visi­ble­ment, un outil au ser­vice du poème, incons­cient de la por­tée séman­tique défi­ni­tive de ce qu'il a com­po­sé ? Autrement dit, le poète pour­rait revê­tir le man­teau de « la conju­ra­tion par la magie du verbe », sans même le vou­loir ?

Cher Gwen, j’apprécie que votre ques­tion com­mence par la for­mule fon­da­men­tale « mys­tère de la com­po­si­tion du poème ». Elle est fon­da­men­tale dans la mesure où il y a bien mys­tère dans l’élaboration d’un poème et ce mys­tère per­siste même dans le poème ache­vé. Et heu­reu­se­ment. Non pas que ce mys­tère doive com­plè­te­ment fer­mer le texte à la moindre chance de com­pré­hen­sion par l’intelligence et la sen­si­bi­li­té, mais il est la trace de la liber­té, de la poly­sé­mie impré­vue que portent les mots quand nous les écri­vons. Sans cette part irré­duc­tible d’énigme, de poly­sé­mie du sens, le poème ne serait que l’illustration rhé­to­rique, didac­tique d’une pen­sée pré­mé­di­tée. Si ce que je dis de ce poème, dans la réponse pré­cé­dente, paraît auto­ri­taire, tran­ché, je le regrette, car rien de tel n’a pré­si­dé à son écri­ture : c’est le poème lui-même qui m’a embar­qué sans rames dans son esquif, après que je lui eus don­né ses pre­miers mots, eux-mêmes plus sur­gis que pré­pa­rés. Qu’une inten­tion ait pré­si­dé à l’écriture de ce poème (ici mon obses­sion du temps qui passe, en écho au titre du recueil : Le ciel pas­sant) c’est incon­tes­table. Mais la suite, comme tou­jours, m’a en grande par­tie échap­pé : j’ai ren­con­tré des mots, des rap­pro­che­ments qui se sont invi­tés dans le dérou­le­ment du thème. Et ce que l’ensemble a don­né, une fois le poème ache­vé, m’a comme d’habitude sur­pris moi-même. L’inconscient avait joué son rôle avec ses lois propres. Je me retrou­vais face à un « objet » qui ne tra­his­sait pas le thème ini­tial mais l’avait par­cou­ru en moi et hors de moi. Alors, vous avez rai­son de dire que le poète est le plus sou­vent « incons­cient de la tota­li­té séman­tique de ce qu’il a com­po­sé. » Un poème sug­gère, pro­pose mais n’impose rien. Dès lors, le poète n’a pas à don­ner « une inter­pré­ta­tion stricte. » Dans un texte inti­tu­lé Poésie par­lote, Jacques Réda répon­dait ain­si à un orga­ni­sa­teur de confé­rences qui l’invitait à éclai­rer sa poé­sie : « Puisque vous insis­tez, à défaut d’un de ces coups de phare dont vous deman­dez aux poètes d’aller scru­ter les pro­fon­deurs de leur créa­tion, le plus simple pour moi serait de vous envoyer main­te­nant et sans autre com­men­taire quelques poèmes. Car je suis d’un tem­pé­ra­ment un peu obs­cu­ran­tiste, c’est-à-dire méfiant devant les pré­ten­tions à éclai­rer ce qui me paraît lumi­neux. » En accord avec Réda, je dirais que c’est para­doxa­le­ment par l’aspect sur­pre­nant qu’a pris le poème au cours de son écri­ture, qu’il paraît, in fine, lumi­neux. Mais explique-t-on ce type de lumière et doit-on refu­ser aux lec­teurs d’en être éclai­rés dif­fé­rem­ment ? Evidemment non. D’ailleurs, vous dites fort jus­te­ment que « (votre) œil pos­sède sa propre his­toire. » Alors pour­rais-je, sans même le vou­loir, conju­rer ce temps ter­rible « par la magie du verbe » ? A cette ques­tion je répon­drai par une autre : « Pourquoi pas ? » Je crois à la magie, ou plu­tôt pour moi à la force du verbe et sur­tout à la véri­té que le verbe poé­tique pro­page et qui peut s’immiscer dans le tis­su de men­songes de la parole actuel­le­ment appa­rem­ment domi­nante pour le trouer, le brû­ler à petit feu. Peut-être n’est-ce pas le poème qui nous occupe qui le fait à lui seul, mais l’ensemble de ceux que j’écris, sur­tout quand ils font bloc avec les autres paroles magiques, fortes et vraies d’autres poètes comme celles réunies dans L’Anthologie de la poé­sie des pro­fon­deurs que vous avez consti­tuée avec Matthieu Baumier.

 

En 2007 parait aux édi­tions Rougerie une antho­lo­gie de vos poèmes, Chemin qui me suit, pré­cé­dé de Poèmes choi­sis, 1987-2007. Vous y faites, en intro­duc­tion, le point sur ce choix de poèmes, comme un homme fait le point sur sa vie. Nous pou­vons y lire, par exemple, ce superbe poème :

 

 

un jour tu regar­de­ras
se replier dans ta main
cette feuille
que tu pre­nais pour ma main
elle aura eu prin­temps été automne
mais jamais l'arbre
où tenir plus fort qu'à toi

 

Les poèmes marquent-ils la cadence, comme car­diaque ou métro­no­mique, ou comme des amers, semés dans la navi­ga­tion de votre exis­tence ?

A ce jour, je dis­tin­gue­rais deux périodes dans ma vie : la pre­mière, la plus longue, disons des années 1980 aux années 2000, où je pour­rais dire que le poème ryth­mait ma vie avec régu­la­ri­té. Les périodes de tra­vail et celles de vacance(s) consacrée(s) à la poé­sie alter­naient har­mo­nieu­se­ment. Je savais que dans le silence des périodes de non écri­ture se pré­pa­raient les poèmes qui, en effet, arri­vaient en leur temps, comme des trains à l’heure. Les moments d’écriture du poème étaient à la fois une mise à jour de ce qui avait d’abord, pen­dant quelques mois, seule­ment bal­bu­tié inté­rieu­re­ment et une relance de la vie, comme une marche reprise après avoir bu à une source. Et je sor­tais de la période d’écriture comme ren­for­cé et si j’ose dire « éclai­ré » sur mon rap­port au monde. Puis vers 2000, ce rythme bien caden­cé s’est rom­pu et je suis res­té plu­sieurs années sans écrire de poèmes et même sans en lire beau­coup (et pour dire vrai sans en souf­frir).

Quand le désir du poème a res­sur­gi (vers 2005 ?) j’en ai été sur­pris et heu­reux. Mais dès lors il n’y eut plus de cadence métro­no­mique, mais des à-coups, des sur­gis­se­ments impré­vi­sibles du besoin d’écrire. Intuitivement, je com­pris que j’écrivais dans la deuxième optique qui ter­mine votre ques­tion : c’est-à-dire pour lais­ser trace de moments d’existence sou­le­vés du temps ordi­naire par le poème. Connaître le pour­quoi de ces états de fait m’indiffère : que le poème passe par moi ou pas, avec régu­la­ri­té ou pas n’a jamais remis en ques­tion ma cer­ti­tude de la néces­si­té de la poé­sie. Cœur régu­lier ou aryth­mique, le poème a néan­moins ajou­té à ceux de mon cœur des bat­te­ments pré­cieux.

 

Le der­nier livre que vous avez publié, et dont nous avons ren­du compte dans Recours au Poème est La vie atteinte. Nous aurions pu, cha­cun d'entre nous, ne pas atteindre la vie. Mais par notre nais­sance, nous avons atteint ses rives. René Char, dans un vers célèbre de son poème Commune pré­sence, parle au jeune poète : "tu es pres­sé d'écrire/comme si tu étais en retard sur la vie". Et cette impres­sion, effec­ti­ve­ment, semble com­mune : être conscient que nous sommes en vie, mais souf­frir de ne pas être abso­lu­ment dans la vie, que la vie nous devance, que l'on n’arrive pas à la rat­tra­per ou à l'épouser, à faire un avec elle. Votre livre, par son titre, semble pro­po­ser un autre angle de vue.

Cependant, dans cette vie, puisqu'atteinte, à quoi sert donc le poème, dont vous cer­ti­fiez de la néces­si­té ?

La vie atteinte est un titre qui s’est impo­sé à moi par sa poly­sé­mie, poly­sé­mie sou­li­gnée dans l’épigraphe emprun­tée à un poème d’Anne Perrier : « Vivre est une royau­té fra­gile ».  Bien enten­du, comme vous le dites, on atteint déjà la vie en nais­sant. Mais pas la conscience de ce qu’est la vie. Cette conscience s’acquiert au fil du temps (et Cluny, pour en reve­nir à lui, consi­dé­rait même que la vraie nais­sance à la vie était l’adolescence). Les pre­mières conno­ta­tions de ce titre ren­voient donc à la conscience de la vie acquise à un âge où les décou­vertes, les ren­contres, les expé­riences, les épreuves… ont jeté sur elle quelques lumières. Pour moi, s’il y a une « royau­té » dans la vie d’un homme âgé, c’est celle qui nous fait maître d’un domaine redou­table : la luci­di­té. Cette luci­di­té qui selon la célèbre et superbe for­mule de René Char « est la bles­sure la plus rap­pro­chée du soleil. » Dès lors, le poème, dans cette accep­tion du titre, est l’outil idéal pour creu­ser cette luci­di­té, l’approfondir pour mieux l’éprouver et lui faire mettre en relief ce qu’elle révèle. Outil idéal dans la mesure où l’écriture poé­tique ajoute et mêle au regard conscient sur le monde et soi le droit de regard de l’inconscient qui construit aus­si notre rap­port à l’existence.

L’autre conno­ta­tion de ce titre, qui se retrouve dans l’adjectif « fra­gile » employé par Anne Perrier, ren­voie à une inter­pré­ta­tion « dou­lou­reuse » de mon  adjec­tif « atteinte ». Il s’agit alors des bles­sures de tout ordre qui marquent une vie et s’ajoutent les unes aux autres. Le poème est alors le récep­tacle de ces bles­sures : les mots vont vers elles et tentent de les res­ti­tuer au plus vif dans la vibra­tion, l’intensité de la langue poé­tique qui oblige le lan­gage usuel à aller au-delà de ses insuf­fi­santes capa­ci­tés à dire les véri­tés. La vie atteinte n’est pas la mise au repos, au silence, de la poé­sie. Au contraire, elle a besoin d’elle pour peser gains et pertes et leur pour­quoi. J’ajouterai même, qu’à ce moment de l’existence, le poème ajoute au titre que j’ai élu le point d’interrogation par lequel je ne l’ai pas ter­mi­né : une vie est-elle jamais atteinte ? C’est pour­quoi, cer­tai­ne­ment, la der­nière par­tir du livre s’intitule Avant la suite. Autrement dit, le poème demeure néces­saire, aus­si bien pour son­der ce qui nous a faits ce que nous sommes que pour révé­ler et abor­der les incer­ti­tudes et les émo­tions que nul bilan ne peut pré­tendre avoir englo­bées. La vie atteinte reste mys­té­rieuse dans son pas­sé que le poème, dans le même temps, recueille et inter­roge, et tout autant dans son pré­sent et son ave­nir. On pour­rait orien­ter en ce sens l’expression  « poé­sie inin­ter­rom­pue » d’Eluard et dire qu’on n’en a jamais fini avec le poème tant qu’on n’en a pas fini avec la vie par la mort bio­lo­gique.

 

 

Dans cette époque de grands bou­le­ver­se­ments, de grande muta­tion, où la poé­sie est tant igno­rée, voire reje­tée par l'essence du sys­tème capi­ta­liste, et semble faire si peu par­tie de la vie et des pré­oc­cu­pa­tions des indi­vi­dus, pen­sez-vous que la poé­sie puisse être béné­fique "aux citoyens", et de quelle façons ?

Question dif­fi­cile ! J’ai tou­jours pen­sé que la poé­sie s’adressait à l’homme dans son inti­mi­té, dans son indi­vi­dua­li­té, inti­mi­té et indi­vi­dua­li­té étant à mes yeux les meilleurs récep­tacles de ce « lan­gage dans le lan­gage », poly­sé­mique, ambi­gu qui ne peut che­mi­ner que dans des sen­si­bi­li­tés par­ti­cu­lières qui l’épouseront, cha­cune à sa manière. Cela sup­pose une soli­tude, voire un retrait en soi, alors que l’homme-citoyen, qu’il le veuille ou non est plu­tôt en avant, tour­né vers l’extérieur, sys­tèmes, évé­ne­ments col­lec­tifs et autres hommes en géné­ral. Alors à cet homme plus exté­rio­ri­sé, plus col­lec­tif qu’individuel, qu’est-ce que la poé­sie peut appor­ter, sur­tout de « béné­fique » ? Ce n’est pas une ques­tion que je me suis vrai­ment posée, mais je pense que la poé­sie peut au moins, dans sa vie sociale, ne pas lui faire oublier sa vie inté­rieure enri­chie par la médi­ta­tion, l’imaginaire, main­te­nir en lui cette indi­vi­dua­li­té venue des pro­fon­deurs et qui empêche les sys­tèmes agres­sifs de tous ordres de le lami­ner, le réduire à l’ectoplasme dont l’idéologie capi­ta­liste a grand besoin. L’esprit, la spi­ri­tua­li­té, la décou­verte émue de l’humanité comme de la nature, insuf­flés, entre autres, par la poé­sie ne sont pas choses faciles à for­ma­ter.

Et puis, si l’on met le mot citoyen au plu­riel, on peut alors son­ger à ces poé­sies à voix fortes qui s’adressent  à des peuples entiers pour leur res­ti­tuer leur Histoire, leurs valeurs, les inci­ter aux légi­times aspi­ra­tions et aux révoltes qui en résultent au nom de la liber­té, de la jus­tice, de la recon­nais­sance : Césaire ou Senghor ont fait beau­coup pour la « négri­tude » et donc pour cha­cun des citoyens qui la com­posent, de même Darwich en Palestine ou Amichaï en Israël. Il y eut de cela aus­si au XIXe siècle roman­tique avec la poé­sie de Hugo pour ne prendre qu’un exemple emblé­ma­tique, aus­si, plus récem­ment, dans la poé­sie de la Résistance. Est-ce qu’aujourd’hui dans le faux confort et la fausse faci­li­té (qui encou­ragent tant de pas­si­vi­té) on peut espé­rer le retour de ces voix fortes ? Il fau­drait qu’avant cette poé­sie revienne l’Histoire, mais il paraît que nous sommes dans la post-Histoire… Alors, à défaut de sou­lè­ve­ments, espé­rons qu’au moins la poé­sie telle que je l’évoquais au début de la réponse, pré­serve chez les « citoyens » une âme et une volon­té de résis­tance, une manière de vivre où cha­cun regar­de­rait l’autre en tenant compte de sa pro­fon­deur com­plexe, de sa digni­té, condi­tions pour que l’être prime sur l’avoir, le vrai sur le spec­ta­cu­laire, l’amour du monde sur son exploi­ta­tion mar­chande. Peut-être, pour détruire la débile post-Histoire avons-nous à inven­ter une nou­velle pré-Histoire où la citoyen­ne­té serait un art de vivre ensemble. Après tout, les uto­pies ne sont pas faites pour les chiens. Malheureusement les contre-uto­pies non plus…

 

 

Dernière ques­tion, cher Jean-François : y a-t-il un poème, ou des poèmes, qui sont pour vous des com­pa­gnons, des poèmes connus par coeur, et qui vous accom­pagnent et vous sou­tiennent dans les moments cru­ciaux de votre vie ?

Des poèmes qui m’accompagnent, et me sou­tiennent dans dif­fé­rents moments de ma vie, il y en a d’innombrables. Il serait fas­ti­dieux et il me serait même impos­sible de tous les citer.

Ils sont de toutes époques, aus­si bien fran­çais qu’étrangers, mais je dois recon­naître qu’ils me reviennent sur­tout par bribes, par frag­ments : j’ai un peu per­du l’habitude d’en apprendre par cœur dans leur inté­gra­li­té, mais à chaque frag­ment qui me revient je pars en quête du livre où je retrouve le poème com­plet et je le relis, sou­vent à voix haute. Pourtant, cer­tains poèmes, tenaces, me sont res­tés inté­gra­le­ment en mémoire : en par­ti­cu­lier deux de François Villon qui est, avec quelques autres, au som­met de mes admi­ra­tions. L’un est la célèbre Epitaphe de Villon popu­la­ri­sée sous le titre « La bal­lade des pen­dus », l’autre, dans son Testament est le Rondeau qui com­mence par :

 

Mort, j’appelle de ta rigueur,
Qui m’a ma maî­tresse ravie…

 

Deux chefs-d’œuvre pui­sés au plus pro­fond du tour­ment humain, de l’épreuve de vivre et mou­rir.

Et dans le même registre, ce poème bref, daté de 1983, du poète alle­mand Rainer Kunze que je cite­rai in exten­so :

 

Meurs avant moi, juste un peu
avant

afin que ce ne soit pas toi
qui aies à reve­nir seule
sur le che­min de la mai­son

 

Je dois tout de même pré­ci­ser que je connais des poèmes par cœur, mais je ne les dis pas à haute voix… Je les chante en m’accompagnant à la gui­tare : les musiques qui les portent, qu’elles soient de Brassens, de Ferré, de Léonardi, de Ferrat et de bien d’autres, sont d’excellents sup­ports pour la mémoire. Là, je retrouve Aragon, Luc Bérimont, Hugo, Lamartine, Paul Fort, Ronsard, Rutebeuf ou Genet… Les poèmes chan­tés ne font pas concur­rence aux poèmes écrits et dits, ils les pro­longent en leur don­nant une autre cou­leur et sou­vent, une grande force de péné­tra­tion dans la sen­si­bi­li­té. Ils ont aus­si l’avantage de les rat­ta­cher aux racines popu­laires de la chan­son qui, pour moi, n’est nul­le­ment un art mineur.

Je rends grâce à la poé­sie, sous quelque forme que ce soit, d’avoir la force de nous han­ter.

 

 

Merci, cher Jean-François Mathé, de nous avoir accor­dés temps et parole.

mm

Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

Jean-François Mathé

Par | 2018-06-21T01:04:39+00:00 24 avril 2013|Catégories : Blog|

Jean-François Mathé est né en 1950 dans l’Indre. Après ses études supé­rieures à Poitiers, il est pro­fes­seur agré­gé de lettres modernes en lycée, jusqu’en 2010.

De 1972 à ce jour, il a publié 14 recueils et pla­quettes de poèmes aux édi­tions Rougerie, dont Contractions sup­plé­men­taires du cœur, 1987 (Prix Artaud), Corde raide fil de l’eau, 1991, Le Temps par moments, 1999 (épui­sé – Prix du Livre en Poitou-Charentes), Le Ciel pas­sant, 2002 (épui­sé – Prix Kowalski de la ville de Lyon), Chemin qui me suit pré­cé­dé de Poèmes choi­sis 1987-2007, 2011.

Des textes et des poèmes ont paru dans diverses revues (Poésie Présente, La N.R.F, Sud, Autre Sud, Poésie 92, 93, 98, 2002, Aujourd’hui Poème, Le Coin de Table, Poésie/​Vagabondages, Multiples, Lieux d’être, Jointure, Arpa, Friches, Voix d’Encre, etc.).

Certains de ses poèmes ont été tra­duits en alle­mand, anglais, tchèque, espa­gnol.

Entre 1970 et 1985, il a col­la­bo­ré en tant que des­si­na­teur humo­riste à dif­fé­rents pério­diques, dont Télérama, La Vie, Tribune Socialiste…

Membre du comi­té de la revue Friches, il y écrit des chro­niques sur l’actualité poé­tique et des dos­siers (Senghor, Cluny, Wellens, Pérol, Perrin).

Sur inter­net, on peut consul­ter Wikipédia, le site du Printemps des Poètes, celui de la Maison des Ecrivains et de la Littérature, un por­trait vidéo réa­li­sé par le col­lec­tif Les yeux d’Izo (You Tube, Daily motion)…

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