> Rencontre avec Balthus de Matthieu Gosztola

Rencontre avec Balthus de Matthieu Gosztola

Par |2018-09-20T00:48:34+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Matthieu Gosztola nous offre une Rencontre avec Balthus, poème d'un seul tenant paru dans les belles et simples édi­tions La Porte menées par Yves Perrine. Le livre est de petit for­mat. Il tient dans une poche. C'est une idée for­mi­dable car avec cette col­lec­tion, Yves Perrine invente le poème com­pa­gnon. A l'heure où l'on dit que la poé­sie ne se vend pas, pour quelques euros, vous voi­là por­tant un poème par devers vous.

Le poème de Gosztola com­mence le plus sim­ple­ment du monde : il visite une per­sonne à l'hôpital et apporte des brouillons de poèmes qu'il laisse à lire. Scène réelle ? Allégorie ? Qu'importe : dans le poème loge la gué­ri­son de l'homme. Or il se trouve que cet homme, dans cet hôpi­tal, est une femme. Le poète apporte sa robe d'enfance à la malade, celle bro­dée de pro­messes et d'avenir offert. Elle fai­sait dan­ser les sai­sons depuis sa robe d'été. C'est ain­si que le poème de Gosztola chante la femme en lui et ouvre une danse annuelle qui res­semble à une conver­sa­tion inté­rieure.

Le poème se pour­suit, et cette conver­sa­tion, faite de silence, de souf­france ren­trée, d'absence, se rend atten­tive aux signes du dehors, qui sont peut-être des inter­signes du dedans.

 

Un merle sau­tille sur la pelouse
J'ai tour­né la tête au bon moment
Pour entendre les quelques notes
De la mélo­die de son geste
Mais pas toi
 

L'attention aux gestes, la pré­ve­nance envers l'autre gran­dit cha­cun dans ce duo ne for­mant plus qu'un être, un être fait d'empathie, un être fait d'amour.

 

Puis je te brosse les che­veux
En fai­sant très atten­tion
Pour que tu n'aies jamais mal
Pendant que s'ouvre (pour nous conte­nir)
Silencieusement
Le poème

 

La patiente demande alors au poète de lui rame­ner ses livres sur Balthus et le concert des regards, des contem­pla­tions, unit ces êtres de fra­ter­ni­té.

Le poème fait alors affleu­rer des cita­tions du peintre qui se confondent au poème, lui-même étant l'émanation de l'ensemble fra­ter­nel qui tient alors lieu d'amour. "Je cherche à m'approprier la part d'ombre/D'un che­min dénué de tout".

Est-ce Balthus qui parle ? Est-ce Gosztola ? L'art lie, unit, marie.

 

Juste avant que Balthus ne meure
L'ensemble des êtres
Vivant dans ses tableaux vivants
S'est réuni à son che­vet
 

Et cha­cun a posé ces mots
Sur son front brû­lant
Pour atté­nuer la brû­lure de la perte
Devenant peu à peu elle-même
Par une lente méta­mor­phose
Du silence au silence
 

"La mort ne garde rien pour elle
 

Elle souffle les sou­rires des morts
Dans la bouche des enfants"
 

Au che­vet de la patiente, il y a la pein­ture de Balthus, il y a la pen­sée du poème, il y a la leçon du peintre enten­due par le poète :

 

Peindre pour
Faire tom­ber la vie dans la vie
 

Mais dans la vie ori­gi­nelle
Qui est fré­mis­se­ment
D'un presque silence
Contenant pour­tant tout l'espace
 

Rencontrer Balthus, c'est ren­con­trer le corps de la pein­ture, à l'instant où celui de la sœur mys­tique vacille. A l'heure du corps pré­sent demeu­re­ra les preuves du pas­sage : le poème, habi­té de gestes natu­rels, geste d'amour de tout renou­vel­le­ment du monde.

 

 

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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