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Jean-Luc Wauthier

Par | 2018-02-25T08:23:34+00:00 3 octobre 2012|Catégories : Blog|

Jean-Luc Wauthier, né à Charleroi en 1950, est reve­nu, en 2008, vivre au pays du Père, l'Entre-Sambre-et-Meuse de Wallonie (Belgique). Président de la Maison inter­na­tio­nale de la Poésie-A Haulot de Bruxelles et Rédacteur en chef du Journal des Poètes, il a publié quelque vingt-cinq livres.

Jean-Luc Wauthier

Par | 2018-02-25T08:23:35+00:00 2 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Quel beau titre choi­si par Jean-Luc Wauthier pour ras­sem­bler ses poèmes récents. Le silence ini­tial pré­side à la poé­sie et c'est ce man­teau là que le poète pro­pose de poser sur les épaules d'un monde où le bruit, le froid et la soli­tude règnent en lieu et place de la liber­té.
Le tis­su de ce man­teau est d'une bure cha­toyante, tra­mé d'un fil inter­ro­geant l'essentiel : la vie, le mys­tère de l'autre à l'intérieur de soi, le poème.

Et toi, tu cours à
tra­vers le temps
et tu dis­perses tes ori­peaux
sur le grand man­teau de la nuit
la pous­sière d'une étoile
les pas d'une biche
enfin venue boire
un ins­tant
à la source de toi-même.

Qu'une biche aujourd'hui puisse venir boire à la source de soi-même, voi­là qui réac­tive les images les plus inté­rieures de l'humain, celles lais­sées comme des empreintes arché­ty­pales par une nuit des temps dont nous ne pour­rons faire l'économie d'une revi­si­ta­tion.
Le poème est le lieu d'élection du Vivant libre. En lui se joue la contre-image, celle pui­sant son intel­li­gi­bi­li­té à la source de la vie elle-même, et tra­vaillant, dans le sub­til des êtres et des choses, à se super­po­ser à la stan­dar­di­sa­tion mor­ti­fère des images du mass-éco­no­mique.
Dès lors, le poème peut tout et tout est consi­dé­rable dans le cours de sa trame. Aucune désué­tude n'y est condam­nable par prin­cipe. Aucun ana­chro­nisme, puisqu'en son cœur est abo­li tout temps linéaire.

Masqué der­rière un mur de flammes
Le poème nous regarde et nous juge.
Pas tou­jours à la hau­teur, l'auteur
tente d'apprivoiser le pré­da­teur
qui le sauve et le tue. Mais
le poème loin de la laisse et de la niche
arpente en son absence
le grand ter­ri­toire des désastres
et nous force à regar­der le feu dans les yeux.

Nous reve­nons à jamais consu­més
jurant de ne plus nous lais­ser prendre
mais tel poème qui rit ven­dre­di
deux jours plus tard avec nous pleu­re­ra
nous étouf­fant sous le ter­rible poids des cendres.

Voilà ce qu'est le poème, un être, un être en nous, comme un pré­da­teur, comme un grand fauve sau­vage à l'affut dans le pay­sage inté­rieur dévas­té, à la recherche de quelque vivre, de quelque fon­taine de jou­vence, un être qui voit quand plus rien ne nous pro­tège et peut venir à notre secours, notre ultime recours.

Ah, que je repose enfin dans l'enfance
Qui jamais ne cesse de dic­ter le poème
d'ouvrir notre corps malade
aux allées de lumière
à l'ordre des ténèbres épon­gées par la nuit
Ah qu'enfin je
te retrouve, poé­sie, petite fille aux allu­mettes
aux doigts gelés.

Et que flambe enfin toute la mai­son.

Nous le voyons, Jean-Luc Wauthier hisse la parole, dis­crè­te­ment, hors de la mort dans laquelle le siècle la tient, et le rôle du poème est bel et bien d'opérer la mise à mort de tout ce qui nous empêche d'être vivant, de conqué­rir la sou­ve­rai­ne­té pour laquelle nous sommes ici, main­te­nant, celle nous per­met­tant de ris­quer notre liber­té contre le confort et la sécu­ri­té fai­sant de la socié­té une com­mu­nau­té de morts-vivants.

Le beau Manteau de silence du poète Wauthier est l'armure nue que la per­sonne humaine peut choi­sir de revê­tir. Pour la liber­té. Ou la mort.

mm

Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.