> Le bleu de Max Alhau

Le bleu de Max Alhau

Par |2018-08-18T22:43:34+00:00 30 juin 2012|Catégories : Critiques|

Aujourd'hui, face aux signes de bou­le­ver­se­ments de civi­li­sa­tion, pour ne pas dire de décons­truc­tion de l'être occi­den­ta­li­sé, la langue de Max Alhau en son der­nier recueil Du bleu dans la mémoire peut nous venir en aide. Il n'est qu'à lire les évè­ne­ments du monde avec en palimp­seste ce livre de poèmes pour appré­cier ce qui se joue à tous les niveaux de la parole humaine. Une course à l'abîme, d'un côté. De l'autre le sou­ci de pré­pa­rer d'ores et déjà un relè­ve­ment.

Du bleu dans la mémoire est un beau recueil de poèmes com­po­sé de quatre par­ties. La pre­mière, éton­nam­ment, s'appelle "Pays" et l'on appré­cie­ra ce que le poète, dans cette notion, y charge d'épaisseur. Quatre par­ties, comme un hom­mage aux quatre coins du monde, mais un monde à la fron­tière du concret et de l'abstrait, du concept et de l'imaginaire, du com­plexe et des simples.

La parole d'Alhau, rehaus­sée par les encres d'Hélène Baumel, est un poème prêt à fran­chir le revers de l'être et, ain­si se retour­nant sur ses pas avec un vent de nos­tal­gie, pousse son souffle vers la rosée d'une aube abo­lis­sant le temps, et le noir de toute vie pas­sée. La nos­tal­gie douce semble attendre, dans la viva­ci­té de la mémoire où scin­tille le bleu, l'instant qui la déli­vre­ra. Le pays de la parole, de l'être, donc, est celui du souffle emplis­sant de séré­ni­té la vie inté­rieure.
 

Il te suf­fit d'avancer
vers une clai­rière
encore à défri­cher
pour espé­rer y faire halte
et dépor­ter le mal­heur.

 

Il s'agit ici d'espérer sans attendre, secret pour conti­nuer de che­mi­ner, le regard avi­vé par une source claire. La qua­trième par­tie du livre est nom­mé La voya­geuse. Est-elle l'âme, la poé­sie, l'inconscience, la conscience ou la femme ? Tout cela sans doute, et peut-être l'éternel fémi­nin s'aventurant
 

de l'autre côté du fleuve
dans ces près où jamais
la nuit ne prend ses quar­tiers.

 

En ces moments caco­pho­niques, la parole de Max Alhau, et la cou­leur de la mémoire qu'il nous rend, sont une chance. Il sait, sage, se pos­ter là "où l'aube ouvre la voie". Notre monde aurait bien besoin d'une voie pra­ti­cable, indi­quée par de vrais adultes. Celle d'Alhau est d'espérance. Celle qui sait diluer dis­crè­te­ment la nos­tal­gie sans se dépar­tir tout à fait de l'inquiétude quant au revers de l'existence.

Le che­min est appe­lé par une cou­leur au delà du noir, au delà du gris, et ce bleu offi­ciant en guide met en mou­ve­ment pour le dépas­se­ment du mal­heur. Et de l'autre côté du mal­heur, poètes, construi­sons la joie.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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