> Dans la poigne du vent, de F.X Maigre

Dans la poigne du vent, de F.X Maigre

Par |2018-08-21T04:55:59+00:00 16 juillet 2013|Catégories : Critiques|

Le pre­mier livre de poé­sie du jeune poète François-Xavier Maigre a paru aux édi­tions Bruno Doucey. La tes­si­ture est déjà pro­fonde, le sens du rythme pro­met­teur. Le livre s'ouvre comme la Genèse. "Au commencement/l'anthologie du monde/​restait à écrire". Cette genèse, si elle fait dis­crè­te­ment tin­ter l'écho des ori­gines, se confond plus per­son­nel­le­ment avec l'enfance du poète. Sa poigne et son vent marient tour à tour les poches rim­bal­diennes, cre­vées aux soleils de la conscience, et l'épopée élé­men­taire de Saint John Perse.

Le voyage du poète est dédié "à tout ce qui chan­celle". Son regard fixé sur "d'éblouissants confins" qu'un "nous" mys­té­rieux s'ingénie à pro­fa­ner, comme autant de pro­messes futures gâchées sous la rage du monde. Mais le retour amont vers les sources de l'enfance, s'il ne se fait pas sans nos­tal­gie, n'entend pas aban­don­ner le plus pré­cieux des sésames, "cet ins­tinct de lumière/​qui rode en silence/​dans les che­naux de ma mémoire". Cependant, le poète n'est pas dupe, il sait les dan­gers de la nos­tal­gie et n'hésitera pas à en rompre le charme car l'urgence de la situa­tion com­mande "d'habiter le sur­sis", ce sur­sis qui, plus que jamais, est notre condi­tion humaine.

L'enfance du poète rap­pelle ain­si l'enfance du monde, ce temps où rien n'était encore fer­mé, ce temps où les ruines ne pou­vaient être que l'accomplissement vieilli des rêves de fon­da­tion. Ces ruines sont les traces, les preuves. Elles contiennent tou­jours l'énergie qui les fit naitre œuvres. "Dès lors/​je n'ai fait qu'éveiller/la beau­té sourde des empreintes".

Ces empreintes conduisent en amont. Elles sont aus­si les pas errants du poète dans une ultra moder­ni­té comme dépe­naillée. Gares, villes aux néons d'un infra­monde sont le lieu où la voix du poète prend sa place pour dire d'autres pro­fon­deurs. Les points d'appui sont cré­pus­cules, ves­tiges, friches, errants défrai­chis pour dire un brin d'amour aux lèvres "je t'espère".

Ce beau livre de poèmes inau­gure de dis­crète manière le voyage inté­rieur du poète dans la réa­li­té d'un monde cré­pus­cu­laire, la joie cap­tive au ventre. Conçu en trois temps, sur le rythme de la marche et celui du cœur, Maigre d'abord Creuse à paume nues l'espace du dedans fait peut-être de terre, mais lar­ge­ment de vent. Ce vent qui, par delà son invi­si­bi­li­té de néant, s'affirme en tant que souffle, en tant qu'esprit libre. Au bout de cette gale­rie évi­dée le poète s'abouche avec L'enfance des pay­sages vou­tée de la séré­ni­té des pré­mices. Mais cette enfance aurait peu de sens si elle avait pour seule voca­tion le regard en arrière. Aussi le tiers temps du volume poé­tique entend-t-il se ris­quer de l'avant, et nos pas sans mémoire sont cer­tai­ne­ment moins la déplo­ra­tion du peu de trans­mis­sion entre les frères humains que la néces­si­té d'inventer un autre che­min délié des défauts du pas­sé et des attentes déçues.

Nous sommes, avec Maigre, dans la poigne du vent, comme au nœud tran­ché de l'esprit

mm

Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

X