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Eugenio de Signoribus

Par | 2018-05-27T07:22:23+00:00 11 janvier 2016|Catégories : Blog|

Eugenio De Signoribus est né dans les Marches en 1947.

Oeuvre :
Case per­dute (1976-1985), post­face de Giovanni Giudici, Ascoli Piceno, Marka, 1986
Altre edu­ca­zio­ni (1980-1989), Milan, Crocetti, 1991
Istmi e chiuse (1989-1995), Venise, Marsilio, 1996
Principio del gior­no (1990-1999), Milan, Garzanti, 2000
    tra­duc­tion fran­çaise de Thierry Gillybœuf, Au com­men­ce­ment du jour, pré­face de Martin Rueff, Éditions de la Nerthe, 2011
Memoria del chiu­so mon­do, Macerata, Quodlibet, 2002
Ronda dei conver­si (1999-2004), Milan, Garzanti, 2005
    tra­duc­tion fran­çaise de Martin Rueff, Ronde des convers, pré­face d'Yves Bonnefoy, Lagrasse, Verdier, 2007
Poesie (1976 – 2007), Milan, Garzanti, 2008
Nessun luo­go è ele­men­tare, Éditions Alberto Tallone, 2010
Trinità dell'esodo (2005-2010), Milan, Garzanti, 2011
 

Eugenio De Signoribus

Par | 2018-05-27T07:22:23+00:00 3 septembre 2013|Catégories : Critiques|

O Toi, habi­tant du vil­lage mon­dial, je m'adresse à toi à la romaine, par le tu citoyen, toi dont les épaules sup­portent la charge de l'impuissance, de l'à quoi bon et du renon­ce­ment déla­vé à la tein­ture des fêtes mon­diales, des ren­dez-vous spec­ta­cu­laires et du com­merce diver­tis­sant. Tes épaules sont les épaules du monde. Tes yeux satu­rés par l'hypnose des évè­ne­ments san­glants sur les­quels tu ne peux rien, tes yeux sont les yeux de la terre. Ton cœur trans­gé­nique est le cœur des peuples de l'après-monde. Celui des trans­hu­mains. Mais ta langue, citoyen, ta langue, que peut-elle ? Ta langue a-t-elle encore la force de chan­ter d'autres chants que ceux du désastre low-cost ?

Un grand poète est là. Sa langue est haute. Sa vision claire. Il se nomme Eugenio De Signoribus. Il est ita­lien. L'Italie des Marches. Invitée dans un col­loque uni­ver­si­taire consa­cré à la poé­sie fran­çaise, j'ai conver­sé avec l'un des émi­nents pro­fes­seurs dont la com­mu­ni­ca­tion m'avait vive­ment par­lée. A l'évocation du chef d'œuvre de Signoribus publié en France, Ronde des convers, j'ai lu l'interrogation sur le visage de mon inter­lo­cu­teur. Il ne connais­sait pas. La poé­sie ? Une matière d'étude uni­ver­si­taire. Mais pas un actif du vivant. Réclusion fatale au soin de l'être, au soin de l'homme. Contradiction ter­rible consis­tant à, lit­té­ra­le­ment, don­ner des leçons à par­tir des œuvres du pas­sé, et évi­ter le pré­sent capi­tal, l'intérêt pour ce qui se joue ici, main­te­nant, pour l'espèce humaine.

Cette condi­tion dans laquelle on tient le poème en France est l'état en réa­li­té dans lequel on tient la langue, le propre de notre pos­sible le plus mani­feste, le plus sub­til aus­si, le plus fra­gile sans doute, le plus com­plexe, le plus digne d'attention.

Eugenio De Signoribus est vivant. Il est là, près de nous, dans les Marches. Héritier des plus grands. De Celan. D'Hölderlin. De Dante trans­po­sé à la condi­tion his­to­rique de la langue qui est la notre aujourd'hui.

Ronde des convers est un livre rare. Composée de 7 par­ties, entre 1999 et 2004, c'est à dire au moment du pas­sage au troi­sième mil­lé­naire, dans ce creu­set du bas­cu­le­ment sym­bo­lique de l'ère humaine après Jésus-Christ, cette ronde "offre les images et les paroles des convers" comme le dit Martin Rueff, tra­duc­teur et auteur d’une post­face de l'ouvrage, avant d'ajouter "ce à quoi le convers est appe­lé à se conver­tir c'est à la pure­té de la vie nue, à l'exposition même de sa nudi­té. La "ronde" désigne l'ensemble des humains pris dans leur voyage. (…) La ronde offre alors l'image de la com­mu­nau­té décen­trée, vouée aux terres "déman­te­lées" ; elle indique, sans toni­truance, une poli­tique à venir : un lien choi­si, déli­bé­ré, mains ten­dues et mains jointes".

Les convers, ce sont les hommes, les femmes, les enfants de ce temps, nous autres errants, pro­ve­nants, dans un monde ayant tant décen­tré l'humain de sa mesure à regard d'homme. Notre ronde pour­rait être celle tour­née vers le visage de la langue nue, c'est à la dire de la conscience onto­lo­gique sans illu­sion insane, sans renon­ce­ment à la confron­ta­tion avec la vio­lence contre les peuples, avec la détresse. La ronde est ce mou­ve­ment vers le nu de la langue après les désastres suc­ces­sifs qui décousent l'intérieur de l'humanité. Le nu de la langue, c'est à dire l'essence de la conscience conti­nuant son voyage à tra­vers la grande aven­ture de l'homme.

EUGENIO DE SIGNORIBUS

Par | 2018-05-27T07:22:23+00:00 1 septembre 2013|Catégories : Blog|

"Week-end" est une sec­tion du recueil "Case per­dute" ("Maisons per­dues") qui parai­tra pro­chai­ne­ment, en 2014, aux édi­tions de la Feugraie, avec la tra­duc­tion d'André Ughetto. Deux autres sec­tions du même recueil ont été publiées par la revue "Fario" en 2011.

EUGENIO DE SIGNORIBUS

Par | 2018-05-27T07:22:23+00:00 25 août 2013|Catégories : Blog|

 

Cher Eugenio De Signoribus, cet entre­tien est un hon­neur pour Recours au Poème tant nous vous savons davan­tage enclin à lais­ser par­ler vos livres plu­tôt que vous-même.Votre parole appa­rait en France en 2007, avec la tra­duc­tion par Martin Rueff de votre livre Ronde des convers, paru aux édi­tions Verdier. 
A quoi la Ronde des convers est-elle une invi­ta­tion à se conver­tir ?

La Ronde des convers ne veut pas être une invi­ta­tion à se conver­tir au sens reli­gieux du terme. Elle est plu­tôt la néces­saire annonce d’une conver­sion inté­rieure, tout humaine. Les convers sont ceux qui « conver­tissent », à l’intérieur d’eux-mêmes, le « non » de notre époque médiocre en un « oui » à l’espérance : on peut, on doit encore témoi­gner soit de la tra­hi­son de la civi­li­sa­tion, soit de la spi­rale du bien, où qu’on la trouve.

 

 

Dans la pré­face de ce livre, Yves Bonnefoy dit per­ce­voir des échanges entre votre poé­sie et celle de Dante. Pourriez-vous éclai­rez ces échanges ?

Ce que j’entends par livre de poé­sie, c’est un par­cours cohé­rent depuis une situa­tion de départ (psy­cho­lo­gique, émo­tion­nelle, intel­lec­tuelle) jusqu’à un point d’arrivée – qui est une situa­tion pro­vi­soire au delà de laquelle je ne peux avan­cer…. Donc un par­cours dans la recherche de véri­té, qui s’enfonce dans son propre mal comme dans celui  col­lec­tif, qui tâche de le tra­ver­ser, qui cherche à remon­ter… Pour rendre compte de ce pas­sage, la langue poé­tique doit recou­rir à toutes les pos­si­bi­li­tés : au niveau du lexique ancien et culti­vé, au par­ler popu­laire et domes­tique, au « vul­gaire » contem­po­rain jusque dans ses néo­lo­gismes (lorsque la langue tra­di­tion­nelle ne paraît pas capable d’exprimer le per­çu  de manière adé­quate). Dans cette « construc­tion » du livre, on peut voir, sur son fond ori­gi­naire, la leçon dan­tesque. 

 

 

Le poète d'aujourd'hui doit-il aus­si être un témoin des "lais­sés-pour-compte" et de la dila­ta­tion de la misère ?

Le poète est le témoin de sa propre conscience. Il ne peut inven­ter ce qu’il n’a ou ne sent pas, puisque sa parole serait fausse, pri­vée de fia­bi­li­té. Et la conscience est sans le savoir comme un papier absor­bant. Ce qu’elle a enre­gis­tré revient en sur­face plus tard, par­fois long­temps après : rien n’assure que cela devienne poé­sie, ou quelque chose de sem­blable. Plus sou­vent il arrive que la tache demeure sem­blable à une bles­sure impos­sible à cica­tri­ser.

 

 

Il y a, dans votre poé­sie, une dimen­sion poli­tique. La France, aujourd'hui, a relé­gué à des­sein le poème au rang d'une orne­men­ta­tion désuète. Comme pour mieux cacher, incons­ciem­ment, la puis­sance conju­gale qui la lie à la vie. Vous n'abandonnez aucune ligne de force du poème. Quelle espé­rance, ou quel "salut" semez-vous en lui ?

Une dimen­sion poli­tique existe. Non pas tel­le­ment au sens éty­mo­lo­gique d’appartenance à une polis et à l’idée qui la consti­tue qu’à celui d’une pul­sion éthique que ma citoyen­ne­té dirige vers le genre humain (dont la vision com­po­sée est une uto­pie). Je vis dans une petite loca­li­té fer­mée, avec un res­sen­tir illi­mi­té… Dans ma fré­quente soli­tude, je par­ti­cipe, j’absorbe, j’intériorise. Les figures poé­tiques qui cer­taines fois en découlent, se vou­draient sans lati­tudes, uni­ver­selles. Cependant, issues d’événements locaux, je cherche à tra­vailler les émo­tions et les images afin de les rendre exem­plaires, plus résis­tantes, dans le temps pré­sent et hors de lui. A ces textes je confie ma cri­tique poé­tique-poli­tique de toute déshu­ma­ni­sa­tion.

 

 

Vous dites, dans le poème qui clôt "Dans le pas­sage du mil­lé­naire" : "c'est pour la figu­ra­tion d'une idée que je veux être, pour tous les ins­tants qui pré­cèdent, et qui pour­raient être tour­nés vers le bien". Le temps pré­sent peine à dis­tin­guer le bien d'avec le mal : qu'entendez-vous par "tour­nés vers le bien" ?

Oui, je veux être pour la figu­ra­tion d’une idée, c’est- à -dire de l’utopie ci-des­sus indi­quée. L’utopie est lit­té­ra­le­ment le lieu qui n’est pas mais, en même temps, le lieu que l’on peut « voir » par la force de la vision, ou, plus modes­te­ment, par celle d’une pré-vision. Beaucoup, trop, se sont rési­gnés à consta­ter les actes et à les ana­ly­ser (même les plus dra­ma­tiques) une fois sur­ve­nus. (Et l’histoire n’enseigne rien). Les pré­voir peut au moins réduire le poten­tiel de l’erreur, l’apocalypse qui dépend des mains de l’homme.  L’instant d’avant peut nous sau­ver… Je consi­dère, par exemple, ces deux macro-thèmes : où nous condui­ra l’obscure ter­rible inas­sou­vis­sable finance concen­tra­tion­naire ? En face de cer­taines castes trans­na­tio­nales et de « para­dis ter­restres » rela­tifs for­ti­fiés comme des  bun­kers invi­sibles, que feront, dans quelques années, dix mil­liards d’êtres « vivants » sur une pla­nète déna­tu­rée et modi­fiée ?… Se tour­ner vers le bien pos­sible est peut-être encore pos­sible : si ce ne sau­rait être le bon­heur pour tous, on doit au moins pré­voir, pour le désa­mor­cer, le crois­sant mal­heur de la plu­part, en par­tant des plus humbles et des moins conscients (ani­maux com­pris).

 

 

LES PROVENANTS

 

des nœuds les plus encor­dés
depuis les niches des corps
les convers arrivent dans la cour

natu­rels ils vont tous à leur place
de sorte que, à les voir toutes occu­pées,
se forme un cercle de têtes intro­ver­ties

à l'intérieur il fait signe et pro­nonce,
un fil sub­til en noue l'existence
de conscience et de vaste pitié…

alen­tour on croi­rait, vif, un tor­rent…
mais l'air est net et vide,
hors du cercle le néant visible

 

 

Pourriez-vous nous par­ler de ce poème, fon­da­men­tal pour notre temps, et que nous voyons comme un amer silen­cieux aiman­tant à lui les pré­sences recueillies vers un che­min d'avenir ?

« Les pro­ve­nants » sont des figures tou­jours pré­sentes, de toutes les époques. Ce sont les pèle­rins, ce sont les réfu­giés, ceux qui vont et ceux qui fuient ; et ils se ren­contrent aus­si avec les séden­taires, les « blo­qués », c’est-à-dire ceux qui bougent en eux-mêmes, en même temps pèle­rins et réfu­giés. Les pro­ve­nants sont ceux qui ont connu la dou­leur et le décou­ra­ge­ment, mais ont conser­vé de la pitié, non pour eux-mêmes mais pour l’humanité sans armes.  Ce sont les justes, tel « le nou­vel Abel » (dans la poé­sie homo­nyme de Ronde des convers) ou le « vécu-vivant » (de Trinité de l’exode, livre qui a sui­vi la Ronde) : ils tra­versent sans cesse l’histoire, en quête d’indices de renais­sance.

 

 

Quelle impor­tance revêt la notion de péni­tence pour le poète, puisque vous employez ce mot issu de notre tra­di­tion chré­tienne, mais aus­si pour les lec­teurs qui vous lisent ?

La péni­tence est la consé­quence de la faute, ou du sens de la faute. J’en suis, comme d’autres impré­gné. Je constate les carences de mon action. Je suis impuis­sant face aux pro­blé­ma­tiques de notre temps et à leur dégé­né­res­cence. Certes, je ne suis pas le seul : mais au moins puis-je répondre de moi. J'augmente mon atten­tion, mon écoute, de façon  spas­mo­dique. Je vais au-delà de mes forces. Je me décou­rage et tombe. Le moine, à l’écart du monde, prie, avec foi et confiance. Le poète, dans le monde, peut écrire sa poé­sie. S'il ne réus­sit pas, il entre dans la condi­tion du péni­tent : un lourd silence habi­té par une souf­france vaste, sans nom et sans mot.

 

 

AVANT L'ALPHABET

 

avant l'alphabet
je décou­vris la lettre entière…
la secrète, le mys­tère
du mes­sage amou­reux,
le corps incon­nu
de la parole écrite

pour le temps sans défense
j'assiégeai la for­te­resse
de la page, le là
le châs­sis sus­pen­du

avant la véri­té
je recon­nus la lettre

puis elle se fit alpha­bet
et l'alphabet temps

 

 

Votre poé­sie est riche de mots char­riant des racines se liant dans une terre insoup­çon­née. Cet enche­vê­tre­ment conduit-il à l'origine ?

Cette poé­sie fait réfé­rence à l'origine de ma décou­verte du mot : le lire, pou­voir en com­prendre le sens, avant même de connaître les élé­ments alpha­bé­tiques qui le com­po­saient. Cela naquit du désir irré­sis­tible de savoir ce que s’écrivirent mes parents, à par­tir de leurs fian­çailles, dans les périodes de guerre et d'éloignement. Par ce "siège" obs­ti­né j’ai appris, avec la souf­france aveugle des enfants, le lexique essen­tiel du lan­gage amou­reux… Plus tard seule­ment, en allant à l'école, je recom­men­çai mon appren­tis­sage par l’alphabet, je connus la dic­ta­ture du calen­drier et la menace des faits… Mais le dévoi­le­ment du corps des mots a été la plus grande décou­verte de ma vie.

 

 

Des lignes de force se marient dans votre poé­sie : la dimen­sion poli­tique, reli­gieuse et bien sur la dimen­sion poé­tique par laquelle le poète agit sur le monde. Mais, Eugenio De Signoribus, le poète agit-il sur le monde ?

Malgré tous ses efforts, le poète n’agit pas sur le monde. Moins que jamais sur le monde actuel. Il n’a de voix que pour de petites com­mu­nau­tés. La poé­sie germe de façon sou­ter­raine et peut faire que nous nous décou­vrions fra­ter­nels. Elle peut étayer sa langue propre, peut aider à la sau­ver. Peut conso­ler.

 

Traduit de l'italien en fran­çais par André Ughetto

 

Entretien en ita­lien

 

Caro Eugenio De Signoribus, i vos­tri poe­mi ven­go­no tra­dot­ti in Francia nel 2007, tra­dot­ti de Martin Rueff del vos­tro libro Ronde des Convers, nelle edi­zio­ni Verdier. Questa inter­viste è un onore per Recours au Poème, anco­ra di più sapen­do quan­to lei sia più incline a par­lare attra­ver­so i suoi libri piut­tos­to che vocal­mente. In quan­to la Ronde des Convers è un invi­to alla conver­sione ?

Ronde des convers non vuole essere un invi­to alla conver­sione in sen­so reli­gio­so. Piuttosto è l’annuncio neces­sa­rio di una conver­sione inter­iore, tut­ta uma­na. I conver­si sono quel­li che “conver­to­no”, den­tro se stes­si, il “no” del mediocre tem­po in atto in un “sì” alla spe­ran­za : si può, si deve, anco­ra tes­ti­mo­niare sia il tra­di­men­to del­la civil­tà, sia ogni spi­ra­glio di bene.

 

 

Nella pre­fa­zione del libro, Yves Bonnefoy dice di risen­tire degli scam­bi tra la vos­tra poe­sia e quel­la di Dante. Potreste, cor­te­se­mente, illu­mi­nar­ci su ques­ti scam­bi ?

Intendo il libro di poe­sia come un per­cor­so coe­rente da uno sta­to di par­ten­za (psi­co­lo­gi­co, emo­ti­vo, di pen­sie­ro) a uno di arri­vo : cioè a uno sta­to sempre prov­vi­so­rio ma oltre il quale non so pro­ce­dere… Un per­cor­so dunque di ricer­ca di veri­tà, che affon­da nel pro­prio male e in quel­lo col­let­ti­vo, cer­ca di attra­ver­sar­lo, cer­ca di risa­lire… Per dare conto di ques­to pas­sag­gio, la lin­gua poe­ti­ca deve cer­care di far ricor­so a tutte le pos­si­bi­li­tà : dal les­si­co anti­co e col­to, alla par­la­ta popo­lare e domes­ti­ca, al “vol­gare” contem­po­ra­neo fino ai neo­lo­gis­mi (quan­do la lin­gua tra­di­zio­nale non appare in gra­do di espri­mere ade­gua­ta­mente la per­ce­zione). In ques­ta “cos­tru­zione” del libro, si può vedere, sul­lo sfon­do ori­gi­na­rio, la lezione dan­tes­ca.

 

Il poe­ta di oggi deve essere il tes­ti­mone del­la mise­ria di ques­ta epo­ca e dare voce ai pove­ri ?

Il poe­ta è il tes­ti­mone del­la pro­pria cos­cien­za. Non può inven­tar­si ciò che non ha o non sente, per­ché la sua paro­la sarebbe fal­sa e inaf­fi­da­bile. E la cos­cien­za è come una car­ta assor­bente, incon­sa­pe­vole. Quello che ha “regis­tra­to” tor­na a gal­la in momen­ti suc­ces­si­vi, a volte mol­to dis­tan­ti : né è det­to che diven­ti poe­sia, o qual­co­sa che le asso­mi­gli. Più spes­so accade che la mac­chia res­ti come una feri­ta, non rimar­gi­na­bile.

 

 

Esiste, nel­la vos­tra poe­sia, una dimen­sione poli­ti­ca. La Francia di oggi ha rele­ga­to la pro­pos­ta del­la poe­sia a ran­go di orna­men­to, ques­to per nas­con­dere incons­cia­mente la poten­za coniu­gale che la unisce alla vita. Lei non las­cia nes­su­na ligna di for­za del poe­ma. Quale espe­rien­za, o quale sal­vez­za da al poe­ma ?

Una dimen­sione poli­ti­ca esiste. Non tan­to nel sen­so eti­mo­lo­gi­co di appar­te­nen­za a una polis e all’idea che la dise­gna, quan­to nel­la pul­sione eti­ca che la mia cit­ta­di­nan­za è il genere uma­no (e la sua visione com­po­si­ti­va è un’utopia). Vivo in un pic­co­lo posto chiu­so con un sen­tire scon­fi­na­to… Nella fre­quente soli­tu­dine, par­te­ci­po, assor­bo, inter­io­riz­zo. Le figure poe­ma­tiche che, a volte, ne deri­va­no, vor­reb­be­ro essere sen­za lati­tu­di­ni, uni­ver­sa­li. Pur pren­den­do spun­to da avve­ni­men­ti loca­li, cer­co di rie­la­bo­rare le emo­zio­ni e le imma­gi­ni per ren­derle esem­pla­ri, più resis­ten­ti, nel tem­po cor­rente e fuo­ri di esso. A ques­ti tes­ti affi­do la mia cri­ti­ca poe­ti­co-poli­ti­ca di ogni disu­ma­niz­za­zione.

 

 

Lei dice, nel­la poe­sia che chiude "Dans le Passage du Millénaire", "c'est pour la figu­ra­tion d'une idée que je veux être, pour tous les ins­tants qui pré­cèdent, et qui pour­raient être tour­nés vers le bien". Oggi abbia­mo grande dif­fi­col­tà a dis­tin­guere il bene e il male : cosa intende per "ver­so il bene"?

Sì, voglio essere per la figu­ra­zione di un’idea, cioè dell’utopia sopra accen­na­ta. L’utopia è let­te­ral­mente il luo­go che non c’è ma è, allo stes­so tem­po, il luo­go che si può “vedere” con la for­za del­la visione, o con lo sfor­zo di una visione, o, più modes­ta­mente, di una pre-visione. Molti, trop­pi, si sono ras­se­gna­ti a consta­tare gli atti e ad ana­liz­zar­li (anche i più dram­ma­ti­ci) una vol­ta avve­nu­ti. (E la sto­ria non inse­gna nul­la). Prevederli può alme­no dimi­nuire la poten­za dell’errore, l’apocalisse che è nelle mani dell’uomo. L’attimo pri­ma può sal­var­ci… Riguardo, per esem­pio, a due macro-temi : dove ci condurrà l’oscura ter­ri­bile inar­res­ta­bile finan­za concen­tra­zio­na­ria ? A fronte di alcune caste trans­na­zio­na­li e a rela­ti­vi “para­di­si ter­res­tri” for­ti­fi­ca­ti come bun­ker invi­si­bi­li, che faran­no, tra alcu­ni anni, i die­ci miliar­di di esse­ri “viven­ti” su un pia­ne­ta sna­tu­ra­to e modi­fi­ca­to?… Volgere ver­so il bene pos­si­bile è forse anco­ra pos­si­bile : se non può essere la feli­ci­tà di tut­ti, si deve alme­no prov­ve­dere, a depo­ten­ziare la cres­cente infe­li­ci­tà dei mol­ti, a par­tire dai più umi­li e incon­sa­pe­vo­li (ani­ma­li com­pre­si).

 

 

I PROVENIENTI

 

dai più incor­da­ti nodi
dalle nic­chie dei cor­pi
nel cor­tile giun­go­no i conver­si

tut­ti van­no natu­ra­li ai pos­ti
cosὶ che tut­ti a veder­li abi­ta­ti
for­ma­no un cer­chio di capi intro­ver­si

den­tro di sé indi­zia e pro­nun­cia,
un filo sot­tile l'esistenza ne lega
di cos­cien­za e vas­ta pità…

sem­bra nei pres­si vivo un tor­rente…
l'aria invece è niti­da e vuo­ta,
fuo­ri dal cer­chio il visi­bile nul­la

 

 

Potrebe parl­ci di ques­ta poe­sia, fon­da­men­tale per il nos­tro tem­po, e che noi vedia­mo come un ama­ro silen­zio­so che atti­ra ver­so di lui le pre­senze rac­colte ver­so un cami­no futu­ro ?

I pro­ve­nien­ti” sono figure sempre pre­sen­ti, in tut­ti gli evi. Sono i pel­le­gri­ni, sono i pro­fu­ghi, colo­ro che van­no e colo­ro che fug­go­no : e si incon­tra­no anche con gli stan­zia­li, i bloc­ca­ti, cioè quel­li che si muo­vo­no den­tro se stes­si, pel­le­gri­ni e pro­fu­ghi allo stes­so tem­po. I pro­ve­nien­ti sono quel­li che han­no conos­ciu­to il dolore e lo scon­for­to ma han­no conser­va­to la pie­tà, non per se stes­si ma per l’umanità inerme. Sono i gius­ti, come “il nuo­vo Abele” (esem­pla­to nell’omonima poe­sia in Ronda dei conver­si) o “il vis­su­to-vivente” (in Trinità dell’esodo, libro suc­ces­si­vo alla Ronda), che attra­ver­sa­no inces­san­te­mente la sto­ria alla ricer­ca di indi­zi di rinas­ci­ta.

 

 

Quale impor­tan­za ha la nozione di peni­ten­za per il poe­ta, dato che lei uti­liz­za ques­ta paro­la pro­ve­niente dal­la tra­di­zione cris­tia­na

La peni­ten­za è la conse­guen­za del­la col­pa, o del sen­so di col­pa. Come altri, ne sono intri­so. La mia azione è carente. Sono impo­tente di fronte alle pro­ble­ma­tiche dei tem­pi e alle loro dege­ne­ra­zio­ni. Non sono cer­to il solo : ma io pos­so ris­pon­dere sol­tan­to di me. Aumento spas­mo­di­ca­mente la mia atten­zione, il mio ascol­to. Vado oltre le mie forze. Mi scon­for­to e cado… Il mona­co, fuo­ri dal mon­do, pre­ga, affi­da e confi­da. Il poe­ta, nel mon­do, può scri­vere la sua poe­sia. Se non riesce, entra nel­la condi­zione del peni­tente : un grave silen­zio abi­ta­to da un vas­to dolore, sen­za nome, sen­za paro­la.

 

 

 

PRIMA DELL'ALFABETO

 

pri­ma dell'alfabeto
sco­prii l'intera let­te­ra
la segre­ta, il mis­te­ro
del mes­sag­gio amo­ro­so,
l'inconosciuto cor­po
del­la scrit­ta paro­la

per il tem­po indi­fe­so
asse­diai la for­tez­za
del­la pagi­na, il là,
il telaio sos­pe­so…

pri­ma del­la veri­tà
rico­nob­bi la let­te­ra

poi diventò alfa­be­to
e l'alfabeto tem­po

 


La vos­tra poe­sia è ric­ca di parole con radi­ci si ritro­va­no nel­la ter­ra inat­te­sa. Questi incon­tri, ques­to tes­su­to conduce all'origine ?

In ques­ta poe­sia si accen­na all’origine del­la mia sco­per­ta del­la paro­la : leg­ger­la, poterne com­pren­derne il sen­so, pri­ma anco­ra di conos­cere gli ele­men­ti alfa­be­ti­ci che la com­po­ne­va­no… Nacque dall’irrefrenabile desi­de­rio di sapere cosa si scri­ves­se­ro i miei geni­to­ri, da spo­si pro­mes­si, in tem­pi di guer­ra e di lon­ta­nan­za. Da quel tes­tar­do “asse­dio” appre­si, con la cie­ca sof­fe­ren­za dei bam­bi­ni, il les­si­co essen­ziale del lin­guag­gio amo­ro­so… Solo più tar­di, andan­do a scuo­la, rico­min­ciai dall’alfabeto, conob­bi la dit­ta­tu­ra del calen­da­rio e la minac­cia dei fat­ti… Ma lo sve­la­men­to del cor­po del­la paro­la è sta­ta la più grande sco­per­ta del­la mia vita.

 

 

Delle ligne di for­za si unis­co­no nei vos­tri poe­mi : la dimen­sione poli­ti­ca, reli­gio­sa e cer­ta­mente la dimen­sione poe­ti­ca attra­ver­so la quale il poe­ta agisce sul mon­do. Ma, Eugenio, il poe­ta agisce sul mon­do ?

Malgrado tut­ti gli sfor­zi, il poe­ta non agisce sul mon­do. Meno che mai sull’attuale. Ha voce solo per pic­cole comu­ni­tà. La poe­sia ger­mi­na in modo sot­ter­ra­neo e può far­ci sco­prire fra­ter­ni.

Può pun­tel­lare la pro­pria lin­gua, può aiu­tare a sal­var­la. Può conso­lare.

 

Traduction des ques­tions du fran­çais vers l'italien, Silvio Martini

 
 
Propos recueillis par Gwen Garnier-Duguy
Recours au Poème remer­cie Silvio Martini, Jean Maison et André Ughetto pour la pos­si­bi­li­té de cet entre­tien.
 
 
 
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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
2018 : ” Alphabétique d’aujourd’hui” édi­tions L’Atelier du Grand Tétras, dans la Collection Glyphes, avec une cou­ver­ture de Roberto Mangù (64 pages, 12 euros).
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.

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