> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (3) : Jean-François Mathé

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs (3) : Jean-François Mathé

Par | 2018-02-26T00:11:32+00:00 30 décembre 2013|Catégories : Blog|

La pro­fon­deur poé­tique de Jean-François Mathé ne relève pas de l'enracinement. Sa plon­gée dans le lan­gage tient de la contem­pla­tion du ciel, des nuages ;  de l'écoute du silence et de ses pré­sences qui, comme les mots, peuvent ouvrir les pers­pec­tives de la beau­té, et révé­ler les pou­voirs séman­tiques du monde pour peu qu'on sache être sen­sible à leur com­pa­gnie invi­sible. Voir dans la contem­pla­tion du ciel une per­fec­tion per­ma­nente, et per­ma­nente dans sa mou­vance infi­nie, c'est ins­crire une poé­tique dans l'absence de limite, tant au niveau du sen­sible que de l'intelligence. La poé­sie, nous mur­mure Jean-François Mathé, a ce pou­voir. Un pou­voir d'architecture et d'agrandissement de la beau­té confiée à l'homme.

Les poèmes de Jean-François Mathé relèvent de la pro­fon­deur en ceci qu'avec une pré­ci­sion acé­rée, voire cou­pante, il creuse le réel par les outils  du cœur, certes, mais aus­si avec la convic­tion de devoir cap­ter, puis fixer l'éphémère et la pré­ca­ri­té, dans ses dons de bon­heur inter­mit­tents, et de souf­frances et décep­tions.

Lorsqu'on l'interroge sur sa poé­sie, il dit : "Pendant la plus grande par­tie de ma vie de poète, je suis res­té fidèle à l’interrogation de mes han­tises favo­rites : le pas­sage du temps avec ce qu’il apporte et emporte, la fra­gi­li­té de la condi­tion humaine, les forces et les fai­blesses du corps, les ombres et les clar­tés de la mémoire, la révé­la­tion dans l’apparemment rien du quelque chose ou du quelqu’un qui s’y cache…".

Poète des pro­fon­deurs parce qu'il appro­fon­dit le monde sur le ver­sant de son rythme pre­mier : le rythme du cœur, sa langue, au gré d'une œuvre presqu'exclusivement publiée chez Rougerie : J’ai demain pour mémoire ; L’Inhabitant ; Instants dévas­tés ; Ou bien c’est une absence ; Mais encore ; Navigation plus dif­fi­cile ; Contractions sup­plé­men­taires du cœur ; Corde raide fil de l’eau ; Saisons sur­gies ; Sous des dehors ; Passages sous silence ; Le temps par moments ; Le ciel pas­sant ; Agrandissement des détails ; Chemin qui me suit pré­cé­dé de Poèmes choi­sis 1987-2007, est concise, ses images ins­pi­rées, et ses vers offrent dans leur traîne l'inspiration géné­reuse de tout grand poète, celle mar­chant vers la séré­ni­té. En ces temps de détresse, Jean-François Mathé est l'un de nos plus pré­cieux poètes.

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Gwen Garnier-Duguy

Gwen Garnier-Duguy publie ses pre­miers poèmes en 1995 dans la revue issue du sur­réa­lisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il col­la­bore jusqu’en 2005.
En 2003, il par­ti­cipe au col­loque consa­cré au poète Patrice de La Tour du Pin au col­lège de France, y par­lant de la poé­tique de l’absence au cœur de La Quête de Joie.
Fasciné par la pein­ture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, “Nox”, aux édi­tions le Grand Souffle.
2011 : “Danse sur le ter­ri­toire, amorce de la parole”, édi­tions de l’Atlantique, pré­face de Michel Host, prix Goncourt 1986.
2014 : “Le Corps du Monde”, édi­tions Corlevour, pré­fa­cé par Pascal Boulanger.
2015 : “La nuit phoe­nix”, Recours au Poème édi­teurs, post­face de Jean Maison.
En mai 2012, il fonde avec Matthieu Baumier le maga­zine en ligne Recours au poème, exclu­si­ve­ment consa­cré à la poé­sie.
Il signe la pré­face à La Pierre Amour de Xavier Bordes, édi­tions Gallimard, col­lec­tion Poésie/​Gallimard, 2015.