> Chronique du veilleur (10) – Claude Martingay, Les quatrains du silence

Chronique du veilleur (10) – Claude Martingay, Les quatrains du silence

Par |2018-01-07T12:30:10+00:00 25 octobre 2013|Catégories : Chroniques, Claude Martingay|Mots-clés : |

Pourquoi ne par­ler que de l’actualité la plus fraîche, des livres à l’encre à peine séchée, alors que des livres parus il y a quelques années ou quelques siècles gardent à jamais la grande effi­cience qu’une grâce d’inspiration et d’écriture leur a don­née ?

Le livre de Claude Martingay, Les qua­trains du silence (Ad Solem) est de ceux-là.

  Claude Martingay est né en 1920 à Genève. A l’âge de 23 ans, il s’est reti­ré dans la char­treuse de La Valsainte, en Suisse. Durant trois années, il a reçu les plus pré­cieuses leçons de Dom Jean-Baptiste Porion, avec qui il a noué une solide ami­tié. C’est lui qui a créé en 1968 la col­lec­tion Ad Solem, une mai­son d’éditions ascé­tiques et mys­tiques, qui a pris par la suite l’envol que l’on sait.

Claude Martingay est lui-même écri­vain et poète, auteur de nom­breux essais comme : Pour la sainte litur­gie, La Mère de Dieu et l’intelligence ou encore La Métaphore bien­heu­reuse. Le livre paru en 2010, Les qua­trains du silence, est sans nul doute un de ces chefs d’œuvre où l’on ne sait qu’admirer le plus : la pure­té de l’écriture, la den­si­té de la pen­sée, l’extrême sen­si­bi­li­té spi­ri­tuelle qui s’y révèle. Le poète, car c’est bien d’un grand poète qu’il s’agit, parle du choix du qua­train comme d’un « enca­dre­ment de fenêtre, entre la mai­son et la fon­taine, entre la rai­son et l’intelligence, entre les idées claires et la vie insai­sis­sable de la véri­té. »  Sur le blanc de la page, dans le silence d’un recueille­ment de tout l’être, reten­tissent des aveux, des émo­tions, des remue­ments de  l’âme :

Claude Martingay, Les quatrains du silence, 96 pages, 21 euros (Ad Solem, 2010)

Claude Martingay, Les qua­trains du silence, 96 pages, 21 euros (Ad Solem, 2010)

Délaissant des idées la pous­sière
Je sors de la mai­son.
Aux grappes de la gly­cine
La réa­li­té m’enivre.

  Toute une vie inté­rieure se lit ici en quelques mots brefs où l’on sent la pré­sence forte, pai­sible, fra­ter­nelle, de l’indicible. L’expérience spi­ri­tuelle si per­son­nelle de l’auteur semble se com­mu­ni­quer à nous, comme si elle nous atti­rait à elle, nous ouvrait des portes jusqu’alors res­tées closes.

Pour trou­ver l’Autre en son lieu
Je par­cou­rais les mon­tagnes.
Sa main sur mon épaule
Il était der­rière moi.

  Claude Martingay invente là, qua­si sans effort visible, un lan­gage nou­veau qui retrouve spon­ta­né­ment les plus beaux accents du lyrisme reli­gieux. La sim­pli­ci­té de ce lan­gage s’allie à une quête pro­fonde et constante où toute l’existence est en jeu. Le poète se voit tel qu’il est, dans ses essais qui ne sont jamais que des ébauches du Verbe-Dieu.

O pauvre, ô pur miroir de l’écriture
Sans lequel je ne sau­rais pas
Que de part et d’autre nous sommes
Le Verbe-Dieu et moi.

Quatrains égre­nés, qu’on désire reprendre encore et encore, pleins des lueurs d’une révé­la­tion qui s’offre et se dérobe à chaque fois. « Le qua­train est croix de misé­ri­corde /​ Sur laquelle s’offre et meurt la véri­té. »

Oui, il est bon de se reti­rer du tumulte des choses éphé­mères, des édi­tions et des agi­ta­tions du moment, pour vivre avec ce magni­fique livre comme avec un com­pa­gnon et un maître, dans l’humble par­tage de la contem­pla­tion sur le seuil de la prière silen­cieuse.

Les pau­pières closes
De la mon­tagne sous la neige
Les mots nichent
Dans l’éternité bleue.

Chronique du veilleur

Retrouvez l’ensemble de la Chronique du veilleur, com­men­cée en 2012 par Gérard Bocholier

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholier est né le 8 sep­tembre 1947 à Clermont-Ferrand (France). Il a fait ses études secon­daires et supé­rieures dans cette ville, y a ensuite ensei­gné la lit­té­ra­ture fran­çaise et les lettres clas­siques en classe de lettres supé­rieures.

Originaire d’une famille de vigne­rons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a pas­sé son enfance et sa jeu­nesse dans le vil­lage pater­nel de Monton, au sud de Clermont-Ferrand, que les poèmes en prose du Village et les ombresévoquent avec ses habi­tants.

La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il consacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obs­cur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Marcel Arland, direc­teur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réser­vé à un jeune poète étu­diant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est publié en 1975.  En 1976, il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la revue de poé­sieArpa, avec d’autres poètes auver­gnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­contres éclairent sa route : celle de Jean Grosjean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui confie une chro­nique régu­lière de poé­sie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affec­tueuse du poète de Suisse romande, Anne Perrier, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996.

Son acti­vi­té de cri­tique de poé­sie ne cesse de se déve­lop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Lettresde Genève, au Nouveau Recueil, et sur­tout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuel­le­ment des poèmes à Thauma,Nunc,Le Journaldes poètes.

Certains de ses articles sont réunis dans le volume Les ombrages fabu­leux,en 2003.

A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se consacre prin­ci­pa­le­ment à l’écriture de psaumes, publiés par Ad Solem. Le pre­mier volume est pré­fa­cé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deuxième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jaccottet. Son essai Le poème exer­cice spi­ri­tuelexplique et illustre cette démarche.

Il prend la res­pon­sa­bi­li­té d’une rubrique de poé­sie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chro­nique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème.

De nom­breux prix lui ont été attri­bués : Voronca (1978), Louis Guillaume (1987), le Grand Prix de poé­sie pour la jeu­nesse en 1991, le prix Paul Verlaine  de la Maison de poé­sie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décer­né le prix François Coppée pourPsaumes de l’espérance en 2013.

Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regrou­pant des frag­ments des années 1996 à 2016.

Parmi ses publi­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles sai­sons obs­cures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Villageempor­té (2013) ; Passant (2014) ; Les Etreintes invi­sibles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un char­don de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019)

A paraître : Ainsi par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopérative).

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