> Chronique du veilleur (33) : Béatrice Libert

Chronique du veilleur (33) : Béatrice Libert

Par |2018-06-03T16:12:57+00:00 3 juin 2018|Catégories : Béatrice Libert, Essais & Chroniques|

 

 Béatrice Libert vit en Wallonie. Elle a publié pen­dant 40 années des recueils de poé­sie, des essais, des nou­velles, des œuvres pour la jeu­nesse. Ce qui vieillit sur la patience des fruits verts est une antho­lo­gie de ses livres de poé­sie d’une remar­quable uni­té d’inspiration et d’écriture.

Béatrice Libert, Battre l’immense, (Editions de Corlevour), 15 euros

Elle parle elle-même d’une « ascèse douce » à pro­pos de la venue du poème. La for­mule convient par­fai­te­ment à cette œuvre où sim­pli­ci­té, dépouille­ment et bon­té se conjuguent qua­si amou­reu­se­ment. Elle sait cap­ter « la force du jar­din fra­gile » qui pro­digue au gré des sai­sons « un pol­len invi­sible /​ qui nous défend des bar­ba­ries. » N’est-ce pas le pol­len même de la poé­sie qui se répand, pour autant qu’on sache lui lais­ser place ? Et ce pol­len est si char­gé de sacré qu’il concourt à une véri­table semai­son d’espérance.

 

                           Dieu s’était endor­mi sur la pierre

                         Visage ser­ré contre terre

 

                         Les anges des forêts lui ôtèrent

                         Ses san­dales ses habits empe­sés

 

                         Le posèrent nu ensom­meillé

                       Sur la rivière qui par­tout le por­ta

 

                        Sans jamais l’éveiller

 

Béatrice Libert, qui sent son cœur « battre l’immense », titre de son der­nier livre paru aux édi­tions de Corlevour, est un poète de l’accueil et de la douce com­pa­gnie. Elle reçoit les visites les plus impal­pables, comme celles qui s’avèrent les plus ardentes, l’amour étant l’aventure la plus exal­tante de toutes, flèche de feu lan­cée vers l’absolu.

                             Nous sommes

                             Le lieu même

                           De l’Amour

 

                           Son visage

                           Et son vase

                           D’opaline

 

                             Ses mains

                             Et son ciel

                           Sans pluie

 

                           Et ce qui

                           Claudique

                           En nous

 

                           Guérit

 

Béatrice Libert, Ce qui vieillit sur la patience des fruits verts, (Le Taillis Pré), 20 euros

 

Cet Amour abso­lu est sans doute sa voca­tion pro­fonde. Il ne cesse de la sur­prendre et de la ravir. Quelle plus belle illus­tra­tion que ce poème de « L’inattendue », paru ori­gi­nel­le­ment en 2003 dans Le Passant fabu­leux ?

 

                             Je suis cette femme à la fon­taine

                             Et qui s’accoude à l’été

 

                            A mes doigts

                           Oscille une cruche

 

                           Et deux grains de silence

                           Coulent de ma paume éton­née

 

Ces deux grains que nous recueillons à notre tour, déjà semence de lumière, sont comme une récom­pense.

 

mm

Gérard Bocholier

Gérard Bocholier. Né en 1947, habite Clermont-Ferrand.

Directeur de la revue de poé­sie Arpa, col­la­bo­ra­tions à la NRF, au Chemin des livres et à la Revue de Belles Lettres .

Poète, auteur d’une ving­taine de volumes de poèmes.

Dernier paru : Psaumes du bel amour (Ad Solem).

La fiche com­plète de l’auteur.

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