> Chronique du veilleur (36) : François de Cornière

Chronique du veilleur (36) : François de Cornière

Par |2019-06-17T18:02:08+02:00 4 juin 2019|Catégories : Essais & Chroniques, François de Cornière|

Chronique du veilleur (36) : François de Cornière

Je lis les livres de François de Cornière depuis plus de trente ans,  je me suis deman­dé pour­quoi. Pourquoi, alors que je fuis cette poé­sie dite « du quo­ti­dien », qui fut à la mode dans les années 80-90, de manière assez furieuse ? On a tel­le­ment écrit de poé­sie « jetable » sur les usten­siles de cui­sine et les tra­cas ména­gers, dans un style oral, se décou­sant, se décom­po­sant à mesure !

Je sais pour­quoi je lis François de Cornière avec une émo­tion qui n’a rien de fac­tice. Ça tient à quoi ?, son nou­veau livre, m’ouvre les yeux. Ce poète aime l’humanité, sin­cè­re­ment, vrai­ment. « Des petits blocs d’instants /​ sus­pen­dus dans le vide » n’ont de valeur poé­tique que parce qu’ils recèlent un secret pro­fond que seul le cœur humain peut atteindre.

 

                                  toutes ces traces d’émotions

                                  s’enfuient de mon poème

                                  et je col­mate ma fai­blesse comme je peux :

 

                                  se ser­rer un ins­tant

                                  se lâcher

                                  et tout lais­ser filer

 

 

François de Cornière, Ça tient à quoi ? 
Le Castor Astral, 2019, 197 pages, 13 euros.

 

Le poète confie en effet sa « fai­blesse » à son écri­ture, comme pour la conju­rer et en res­sai­sir les fibres trop sen­sibles, pour la char­mer aus­si d’une sourde musique de nos­tal­gie. La fin des poèmes me frappe par­ti­cu­liè­re­ment, elle ne retombe jamais dans la pla­ti­tude de l’existence, elle tend vers un hori­zon, un ciel, un monde plus léger ou plus loin­tain, une lueur d’ailleurs , aper­çue « dans la fente du pré­sent. » C’est là le plus tou­chant et le plus fort de la poé­sie de François de Cornière : sans en avoir l’air, par­tant d’un bout de phrase enten­due au hasard des pro­me­nades, d’une irrup­tion de sou­ve­nirs qu’il croyait enfouis, d’une soi­rée de lec­tures de poèmes, le poète n’a pour seul recours que d’écrire, sans jamais être bien sûr de l’efficience du poème écrit. Ces « moments pris sur le vif » dépassent la cir­cons­tance banale où ils sont appa­rus, ils nous parlent dans une langue simple et sen­sible, sur un ton de confi­dence presque ami­cale. Ils deviennent alors, par la magie du poème, de por­tée uni­ver­selle et intem­po­relle.

François de Cornière est déjà un « clas­sique »,  pour toutes ces rai­sons. Il est sur­tout une voix sin­gu­lière qui se fait  tou­jours cha­leu­reu­se­ment  proche.

 

                                     j’ai le cœur trans­per­cé

                                     par ces simples choses

                                    qui vibrent entre mes doigts :

 

                                    des poèmes

                                    des ins­tants qui durent

                                    fra­giles

                                   et l’ombre qui gagne du ter­rain

                                   dou­ce­ment sur le jar­din.

 

Présentation de l’auteur

François de Cornière

François de Cornière est un poète fran­çais né en Normandie en 1950 . Il  milite pour une poé­sie ouverte sur le quo­ti­dien, la vie réelle.

Il vit à Caen où il orga­nise des « Rencontres pour Lire » depuis quinze ans. Il a publié une quin­zaine de livres, en prose comme en poé­sie, par­mi les­quels Tout doit dis­pa­raître (1984, Prix R.T.L.-Poésie 1) et Tout cela (1992, Prix Georges Limbour et Prix Apollinaire) aux Éditions le dé bleu.

© Crédits pho­tos (sup­pri­mer si inutile)

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholier est né le 8 sep­tembre 1947 à Clermont-Ferrand (France). Il a fait ses études secon­daires et supé­rieures dans cette ville, y a ensuite ensei­gné la lit­té­ra­ture fran­çaise et les lettres clas­siques en classe de lettres supé­rieures.

Originaire d’une famille de vigne­rons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a pas­sé son enfance et sa jeu­nesse dans le vil­lage pater­nel de Monton, au sud de Clermont-Ferrand, que les poèmes en prose du Village et les ombresévoquent avec ses habi­tants.

La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il consacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obs­cur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Marcel Arland, direc­teur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réser­vé à un jeune poète étu­diant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est publié en 1975.  En 1976, il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la revue de poé­sieArpa, avec d’autres poètes auver­gnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­contres éclairent sa route : celle de Jean Grosjean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui confie une chro­nique régu­lière de poé­sie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affec­tueuse du poète de Suisse romande, Anne Perrier, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996.

Son acti­vi­té de cri­tique de poé­sie ne cesse de se déve­lop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Lettresde Genève, au Nouveau Recueil, et sur­tout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuel­le­ment des poèmes à Thauma,Nunc,Le Journaldes poètes.

Certains de ses articles sont réunis dans le volume Les ombrages fabu­leux,en 2003.

A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se consacre prin­ci­pa­le­ment à l’écriture de psaumes, publiés par Ad Solem. Le pre­mier volume est pré­fa­cé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deuxième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jaccottet. Son essai Le poème exer­cice spi­ri­tuelexplique et illustre cette démarche.

Il prend la res­pon­sa­bi­li­té d’une rubrique de poé­sie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chro­nique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème.

De nom­breux prix lui ont été attri­bués : Voronca (1978), Louis Guillaume (1987), le Grand Prix de poé­sie pour la jeu­nesse en 1991, le prix Paul Verlaine  de la Maison de poé­sie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décer­né le prix François Coppée pourPsaumes de l’espérance en 2013.

Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regrou­pant des frag­ments des années 1996 à 2016.

Parmi ses publi­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles sai­sons obs­cures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Villageempor­té (2013) ; Passant (2014) ; Les Etreintes invi­sibles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un char­don de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019)

A paraître : Ainsi par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopérative).