> Grenier du Bel Amour (16)

Grenier du Bel Amour (16)

Par |2018-08-22T08:42:20+00:00 13 octobre 2016|Catégories : Chroniques|

Il est tou­jours éton­nant de consta­ter comme, en pré­lude à la Seconde Guerre mon­diale (et alors que les diri­geants de la Grande-Bretagne et de la France, n’avaient pas su « négo­cier » la paix du conti­nent euro­péen), la Grande Guerre de 1914- 1918 a mar­qué les esprits – au point que tout le monde « savait » – ou avait l’intuition – que les choses ne pour­raient plus jamais être comme avant : ce va bien­tôt être le temps de Dada, puis du sur­réa­lisme, ce va être le temps où éclate l’expressionisme dans sa manière toute nou­velle de regar­der la réa­li­té…

Et c’est dans cette optique, me semble-t-il, qu’il faut lire deux pièces de théâtre qui, – actua­li­té oblige, – viennent d’être rap­pe­lées à notre sou­ve­nir – même si, appa­rem­ment, elles n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre.

Le pre­mier texte sur lequel je vou­drais ain­si atti­rer l’attention, c’est le « Don Juan revient de la guerre » d’Ödon von Horvath. En réa­li­té, qui ne connaît cet auteur, et toutes les tur­bu­lences qu’il a connues après la prise du pou­voir en Allemagne du par­ti natio­nal-socia­liste ? De fait, à tra­vers ce « Don Juan » (même écrit assez tard : en 1936 !), on sai­sit bien tous les affres de cet héri­tier de la double monar­chie aus­tro-hon­groise : l’universalité dont il rêve, si elle a jamais exis­té, n’est certes pas celle qui s’impose au-delà du Rhin. Et l’on s’aperçoit assez vite que, quels que soient les bou­le­ver­se­ments du monde, l’homme demeure ce qu’il était dans son éter­ni­té : don Juan peut vou­loir ce qui lui chante, il ne peut que demeu­rer don Juan. A moins que… ? A moins que ne revienne le han­ter le sou­ve­nir tou­jours vivant  de cette « petite fian­cée » sur la tombe de qui, à la fin de la pièce, il va vrai­sem­bla­ble­ment se lais­ser mou­rir comme un bon­homme de neige de toute façon des­ti­né à dis­pa­raître. Comme s’il avait vou­lu trou­ver la fémi­ni­té inté­grale en « col­lec­tion­nant » les femmes, et qu’il se ren­dait compte à la fin que, seul, le che­min de l’amour lui aurait per­mis d’accéder à la véri­té de son désir.

Or que nous raconte d’autre Eugene O’Neill, cet irlan­dais qui, comme tant d’autres, a gagné les rivages de l’Amérique ? Sa pièce date de 1922, soit long­temps avant celle de Horvath, mais, dans une épaisse atmo­sphère de dési­rs, on voit bien que, dans une langue qui rend par­fai­te­ment compte des « patois » de la verte Erin, c’est tou­jours de l’amour qu’il est ques­tion – même si, sou­vent, c’est sous des visages aux­quels nous ne sommes certes pas habi­tués. Et quoi de plus poi­gnant, à cet égard, que les ultimes paroles échan­gées entre Eben le jeune pay­san, et sa femme Abbie, qui vient pour­tant de se défaire de leur enfant com­mun – par amour : un je t’aime réci­proque qui clôt qua­si­ment le texte ?

Parce que, sans doute, l’ « Eternel Féminin » (au sens exact de Goethe dans son der­nier « Faust »), ne peut se don­ner que sous une figure sin­gu­lière : l’univers peut aller comme il l’entend sous les coups de bou­toir de la folie humaine, et si tout change tout le temps à cause de cette folie, il n’en reste pas moins que se découvrent ces « affi­ni­tés élec­tives » qui, quel­que­fois, peuvent prendre des che­mins qui, à pre­mière vue, nous paraissent très étranges.

Donc, deux pièces qui nous forcent à réflé­chir et, éven­tuel­le­ment, à voir les choses tout autre­ment que nous en avions pris l’habitude !

 

Notre ami et col­la­bo­ra­teur Michel Cazenave vient de publier Le bel Amour, antho­lo­gie de ses poèmes accom­pa­gnée d’inédits.

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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