> Le Bel amour (27), La vérité du poète (sur Max Jacob)

Le Bel amour (27), La vérité du poète (sur Max Jacob)

Par |2018-08-22T07:32:25+00:00 13 avril 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

On sait bien toute la place qu’occupa Max Jacob dans le pano­ra­ma de la poé­sie du XX° siècle – et encore beau­coup plus, tant il eut un génie pro­téi­forme. On ne s’étonnera donc pas de voir Jean Cocteau s’intéresser à lui et le faire publier, – du moins quant à ses Méditations reli­gieuses et à L’Homme de Cristal.

Or, ce sont pré­ci­sé­ment les recueils que nous rendent aujourd’hui les édi­tions de la Table Ronde, aug­men­tés du texte d’une confé­rence inédite à l’époque tenue (en 1937) par M. Jacob,  La Vérité du Poète, et accom­pa­gnés de des­sins de l’auteur, ain­si que des savants com­men­taires et aper­çus d’un pro­fes­seur de Littérature Française à l’Université de Lausanne, Antonio Rodriguez.

On sait aus­si bien quels furent les rap­ports étroits de Jacob avec tout le mou­ve­ment cubiste (ce n’est certes pas pour rien qu’il fré­quen­ta tant Picasso et qu’il habi­ta le Bateau Lavoir, auquel il don­na d’ailleurs le nom qui lui est res­té) et, de toute manière, les cercles les plus « avan­cés » du siècle pas­sé : il vit beau­coup Apollinaire avant que celui-ci ne mou­rût à la « Grande guerre » (c’était, se sou­vient-il dans sa confé­rence, Picasso qui le lui avait pré­sen­té) comme il s’entretint de nom­breuses fois avec quelqu’un comme Braque, dont on connaît toute l’importance, de même qu’avec les cercles intel­lec­tuels qui fré­quen­taient alors le quar­tier Montparnasse (on n’en était pas encore aux réunions ger­ma­no­pra­tines de l’après-seconde-guerre-mondiale) : ce fut de la sorte qu’il ren­con­tra des gens comme Derain ou comme Modigliani.

On sait encore comme, en tant que poète jus­te­ment, Max Jacob fut ten­té par toute la doc­trine catho­lique : n’avait-il pas aper­çu le Christ en per­sonne durant quelques-unes de ses visions, et, bien que juif de nais­sance, ne s’était-il pas fait bap­ti­ser… avec Picasso comme par­rain ?

Hélas ! Les nazis ne plai­san­taient pas avec les ori­gines : et comme, dès 1942, Jacob fut obli­gé de por­ter l’étoile jaune, il fut arrê­té par les Allemands, et dépor­té à Drancy, où il ter­mi­na sa vie.

Et, autant qu’il eut des amours tumul­tueuses avec cer­tains hommes (ah ! cette liai­son avec Maurice Sachs !), on s’aperçoit vite comme Jacob fut tou­jours pour­sui­vi par ses aspi­ra­tions reli­gieuses – ou faut-il sim­ple­ment dire qu’il fut la proie de ses rêve­ries sur un autre monde qui aurait dépas­sé le nôtre ?

A témoin, ces lignes, tirées des Méditations reli­gieuses, sous le titre « Païens et chré­tiens » : « L’orgueil à la cui­rasse d’or lance des flammes qui blessent. Il est le frère de la colère, laquelle empourpre le ciel acca­blé d’une atmo­sphère lourde et véné­neuse et détruit la nature créée par Dieu. L’orgueil et la colère accom­plissent l’œuvre épi­dé­mique du démon, ils font fuir la dou­ceur de Dieu, finissent par la convul­sion. Montrez-leur l’humilité au bas de la croix : l’orgueil et la colère sont des nuages d’où sortent les flèches de la médi­sance, de l’aigreur ; le fiel du dédain coule comme la pluie de ces nuages et arrose la terre de la sus­cep­ti­bi­li­té, de la vani­té, empa­na­chées d’arbres maigres. »

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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