On sait bien toute la place qu’occupa Max Jacob dans le panora­ma de la poésie du XX° siè­cle — et encore beau­coup plus, tant il eut un génie pro­téi­forme. On ne s’étonnera donc pas de voir Jean Cocteau s’intéresser à lui et le faire pub­li­er, — du moins quant à ses Médi­ta­tions religieuses et à L’Homme de Cristal.

Or, ce sont pré­cisé­ment les recueils que nous ren­dent aujourd’hui les édi­tions de la Table Ronde, aug­men­tés du texte d’une con­férence inédite à l’époque tenue (en 1937) par M. Jacob,  La Vérité du Poète, et accom­pa­g­nés de dessins de l’auteur, ain­si que des savants com­men­taires et aperçus d’un pro­fesseur de Lit­téra­ture Française à l’Université de Lau­sanne, Anto­nio Rodriguez.

On sait aus­si bien quels furent les rap­ports étroits de Jacob avec tout le mou­ve­ment cubiste (ce n’est certes pas pour rien qu’il fréquen­ta tant Picas­so et qu’il habi­ta le Bateau Lavoir, auquel il don­na d’ailleurs le nom qui lui est resté) et, de toute manière, les cer­cles les plus « avancés » du siè­cle passé : il vit beau­coup Apol­li­naire avant que celui-ci ne mourût à la « Grande guerre » (c’était, se sou­vient-il dans sa con­férence, Picas­so qui le lui avait présen­té) comme il s’entretint de nom­breuses fois avec quelqu’un comme Braque, dont on con­naît toute l’importance, de même qu’avec les cer­cles intel­lectuels qui fréquen­taient alors le quarti­er Mont­par­nasse (on n’en était pas encore aux réu­nions ger­manopratines de l’après-seconde-guerre-mondiale) : ce fut de la sorte qu’il ren­con­tra des gens comme Derain ou comme Modigliani.

On sait encore comme, en tant que poète juste­ment, Max Jacob fut ten­té par toute la doc­trine catholique : n’avait-il pas aperçu le Christ en per­son­ne durant quelques-unes de ses visions, et, bien que juif de nais­sance, ne s’était-il pas fait bap­tis­er… avec Picas­so comme parrain ?

Hélas ! Les nazis ne plaisan­taient pas avec les orig­ines : et comme, dès 1942, Jacob fut obligé de porter l’étoile jaune, il fut arrêté par les Alle­mands, et déporté à Dran­cy, où il ter­mi­na sa vie.

Et, autant qu’il eut des amours tumultueuses avec cer­tains hommes (ah ! cette liai­son avec Mau­rice Sachs !), on s’aperçoit vite comme Jacob fut tou­jours pour­suivi par ses aspi­ra­tions religieuses — ou faut-il sim­ple­ment dire qu’il fut la proie de ses rêver­ies sur un autre monde qui aurait dépassé le nôtre ?

A témoin, ces lignes, tirées des Médi­ta­tions religieuses, sous le titre « Païens et chré­tiens » : « L’orgueil à la cuirasse d’or lance des flammes qui blessent. Il est le frère de la colère, laque­lle empour­pre le ciel acca­blé d’une atmo­sphère lourde et vénéneuse et détru­it la nature créée par Dieu. L’orgueil et la colère accom­plis­sent l’œuvre épidémique du démon, ils font fuir la douceur de Dieu, finis­sent par la con­vul­sion. Mon­trez-leur l’humilité au bas de la croix : l’orgueil et la colère sont des nuages d’où sor­tent les flèch­es de la médi­s­ance, de l’aigreur ; le fiel du dédain coule comme la pluie de ces nuages et arrose la terre de la sus­cep­ti­bil­ité, de la van­ité, empanachées d’arbres maigres. »

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 arti­cles divers), ancien pro­duc­teur de l’émis­sion “Les Vivants et les dieux” à France Cul­ture, Michel Cazenave est un amoureux impéni­tent — dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’in­car­na­tion de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a pub­lié nom­bre de livres de poésie depuis la dis­pari­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poésie est claire­ment ce qui lui “par­le” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a pub­lié Le Bel amour, une antholo­gie de sa poésie, chez Recours au Poème éditeurs.

voir :

http://www.michelcazenave.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Frag­ments de la Sophia, Ima­go, 1981

Frag­ments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Pénin­sule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, suiv­is de Glos­es, Arbres et Fan­tasies,  Le Nou­v­el Athanor, 2005.

Dédi­cace à l’ab­sente, suivi de Paris-Néon, sous le titre général  “Michel Cazenave”, Le Nou­v­el Athanor, 2007.

Pri­mav­era, Arma Artis, 2007.

Pri­mav­era viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Nais­sance de l’au­rore, Rafael de Sur­tis, 2008.

L’Œu­vre d’or, suivi de La Ver­doy­ante, Rafael de Sur­tis, 2008.

Pri­mav­era nova, Arma Artis, 2008.

Melan­cho­lia, suivi de Parole et silence, Rafael de Sur­tis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..