> Le Bel amour (27), La vérité du poète (sur Max Jacob)

Le Bel amour (27), La vérité du poète (sur Max Jacob)

Par | 2018-02-24T23:05:11+00:00 13 avril 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

On sait bien toute la place qu’occupa Max Jacob dans le pano­ra­ma de la poé­sie du XX° siècle – et encore beau­coup plus, tant il eut un génie pro­téi­forme. On ne s’étonnera donc pas de voir Jean Cocteau s’intéresser à lui et le faire publier, – du moins quant à ses Méditations reli­gieuses et à L’Homme de Cristal.

Or, ce sont pré­ci­sé­ment les recueils que nous rendent aujourd’hui les édi­tions de la Table Ronde, aug­men­tés du texte d’une confé­rence inédite à l’époque tenue (en 1937) par M. Jacob,  La Vérité du Poète, et accom­pa­gnés de des­sins de l’auteur, ain­si que des savants com­men­taires et aper­çus d’un pro­fes­seur de Littérature Française à l’Université de Lausanne, Antonio Rodriguez.

On sait aus­si bien quels furent les rap­ports étroits de Jacob avec tout le mou­ve­ment cubiste (ce n’est certes pas pour rien qu’il fré­quen­ta tant Picasso et qu’il habi­ta le Bateau Lavoir, auquel il don­na d’ailleurs le nom qui lui est res­té) et, de toute manière, les cercles les plus « avan­cés » du siècle pas­sé : il vit beau­coup Apollinaire avant que celui-ci ne mou­rût à la « Grande guerre » (c’était, se sou­vient-il dans sa confé­rence, Picasso qui le lui avait pré­sen­té) comme il s’entretint de nom­breuses fois avec quelqu’un comme Braque, dont on connaît toute l’importance, de même qu’avec les cercles intel­lec­tuels qui fré­quen­taient alors le quar­tier Montparnasse (on n’en était pas encore aux réunions ger­ma­no­pra­tines de l’après-seconde-guerre-mondiale) : ce fut de la sorte qu’il ren­con­tra des gens comme Derain ou comme Modigliani.

On sait encore comme, en tant que poète jus­te­ment, Max Jacob fut ten­té par toute la doc­trine catho­lique : n’avait-il pas aper­çu le Christ en per­sonne durant quelques-unes de ses visions, et, bien que juif de nais­sance, ne s’était-il pas fait bap­ti­ser… avec Picasso comme par­rain ?

Hélas ! Les nazis ne plai­san­taient pas avec les ori­gines : et comme, dès 1942, Jacob fut obli­gé de por­ter l’étoile jaune, il fut arrê­té par les Allemands, et dépor­té à Drancy, où il ter­mi­na sa vie.

Et, autant qu’il eut des amours tumul­tueuses avec cer­tains hommes (ah ! cette liai­son avec Maurice Sachs !), on s’aperçoit vite comme Jacob fut tou­jours pour­sui­vi par ses aspi­ra­tions reli­gieuses – ou faut-il sim­ple­ment dire qu’il fut la proie de ses rêve­ries sur un autre monde qui aurait dépas­sé le nôtre ?

A témoin, ces lignes, tirées des Méditations reli­gieuses, sous le titre « Païens et chré­tiens » : « L’orgueil à la cui­rasse d’or lance des flammes qui blessent. Il est le frère de la colère, laquelle empourpre le ciel acca­blé d’une atmo­sphère lourde et véné­neuse et détruit la nature créée par Dieu. L’orgueil et la colère accom­plissent l’œuvre épi­dé­mique du démon, ils font fuir la dou­ceur de Dieu, finissent par la convul­sion. Montrez-leur l’humilité au bas de la croix : l’orgueil et la colère sont des nuages d’où sortent les flèches de la médi­sance, de l’aigreur ; le fiel du dédain coule comme la pluie de ces nuages et arrose la terre de la sus­cep­ti­bi­li­té, de la vani­té, empa­na­chées d’arbres maigres. »