Une sorte de bleu…

Par |2020-11-08T19:02:35+01:00 6 novembre 2020|Catégories : Barry Wallenstein, Critiques, Yves Buin, Zéno Bianu|

Barry Wallenstein, Tony’s Bluestraduction par Marilyne Bertoncini
Zéno Bianu et Yves Buin, Santana De toutes les étoiles
Zéno Bianu, Petit éloge du bleu

« Une sorte de bleu », « A Kind of Blue », comme une pochette d’al­bum jazz de Miles Davis tou­jours en quête de ce son cristallin qui s’avère la couleur secrète de sa musique : autre prince de la nuit, mais une nuit crasseuse à la musique revêche, Tony’s Blues, ce recueil de poèmes de Bar­ry Wal­len­stein écrit en anglais, choisi et traduit en français par Mar­i­lyne Bertonci­ni, avec un sens expert de la for­mule et de l’im­age, flir­tant avec l’ar­got pour dire le soir pois­seux de la ville que sil­lonne l’om­bre de Tony, vagabond des temps mod­ernes qui n’au­rait pas pour­tant la dégaine inso­lente d’un Arthur Rim­baud mais plutôt celle d’un « clochard céleste » sur­gi d’un roman de Jack Ker­ouac, adepte de ces vieux blues, chants de la mis­ère quo­ti­di­enne et de l’humanité profonde !

Avec une forme d’hu­mour qui tient ain­si de la politesse du dés­espoir face à la détresse présente de cette Amérique urbaine, décor trop vaste embras­sant toutes les class­es sociales, des plus rich­es aux plus dému­nies, dans un même cri rageur, tail­lé au couteau de la pau­vre lame de ce per­son­nage fic­tif, tout à la fois sym­bole et symp­tôme de ce que façon­nent ou rejet­tent nos sociétés étriquées…

Une autre nuance de bleu par­court l’ou­vrage co-écrit par Zéno Bianu, poète auteur d’une tétralo­gie musi­cale, et Yves Buin, écrivain cri­tique de jazz créa­teur d’un livre entre la biogra­phie et l’es­sai con­sacré à Thélo­nious Monk.

 

Bar­ry Wal­len­stein, Tony’s Blues, tra­duc­tion par Mar­i­lyne Bertonci­ni, PVST ?, 92 pages, 10 euros.

 

 

Ce bleu spirir­ituel est celui déchi­rant de la gui­tare flam­boy­ante de Car­los San­tana, dont le con­cert incan­des­cent qu’il don­na, à la House of Blues de Las Vegas, en mars 2016, est la prin­ci­pale source d’in­spi­ra­tion de ces deux explo­rateurs en échos lit­téraires au voy­age musi­cal que pro­pose, depuis son irrup­tion ful­gu­rante au fes­ti­val de Wood­stock en 1969, le gui­tar hero à la ren­con­tre du monde amérin­di­en, de la com­mu­nauté afro-améri­caine et de la cul­ture lati­no, dans une fusion rock, un métis­sage des tra­di­tions qui s’ou­vre sur l’en­volée sub­lime d’un solo étince­lant à la gui­tare électrique…

Evil Ways, Car­los San­tana, Live At The House Of Blues, Las Vegas, 2016.

 

Dans les vers libres où cir­cule un tel feu spir­ituel, cette lumière qui sem­ble s’élever du cœur brûlant de la musique de Car­los San­tana, dont le long poème-réc­it d’un con­cert unique restitue, sur le fil des émo­tions, l’in­ten­sité d’un dia­logue démul­ti­plié dans les vibra­tions d’un chant « bleu nuit » partagé par-delà toutes les fron­tières érigées : « San­tana de toutes les étoiles / à l’om­bre portée du grand Tout / et des musiques du monde / au cen­tre des lumières / sur le ver­sant des par­adis / et des retours / comme le bleu nuit des apparences. » Mys­tère encore d’une nuit orig­inelle dont le « bleu » est la teinte pri­mor­diale du musi­cien en guide ini­ti­a­tique au grand voy­age que rela­tent déjà les épopées antiques : « dans la vie des Ulysses sonores / je cherche / une seule note bleutée »…

Zéno Bianu et Yves Buin, San­tana De toutes les étoiles, Le Cas­tor Astral, 88 pages, 12 euros.

Et comme autant de vari­a­tions en immer­sion, en abécé­daire, dans tous ses éclats réper­toriés, le Petit éloge du bleu égale­ment de Zéno Bianu, se veut moins un droit d’in­ven­taire de toutes les formes bleutées que, selon le principe des mille entrées par le pou­voir de la couleur, une plongée comme en apnée, dans un bleu immense réu­nis­sant mer et ciel, dans laque­lle tous les arts sont à la fête, mais plus par­ti­c­ulière­ment la musique encore une fois, toute en impro­vi­sa­tions, en invi­ta­tions à l’é­coute de la note bleue chère aux grandes fig­ures du jazz : du Born to be Blue de Chet Bak­er au Blue trainde John Coltrane, en pas­sant par Am I blue ? de Bil­lie Holliday…

 

La seule évo­ca­tion des titres des chapitres de cet essai magis­tral donne tout un kaléi­do­scope à la lumière des pro­fondeurs d’une telle inten­sité : Bleu Apnée, Bleu Blues, Bleu Chet, Bleu Dau­mal, Bleu Éveil, Bleu Flamme, Bleu Georges Bataille, Bleu Haïku, Bleu Iris, Bleu Jimi Hen­drix, Bleu Klein, Bleu Lady Day, Bleu Miró, Bleu Noc­tam­bule, Bleu Orange, Bleu Phos­phène, Bleu Quat­tro­cen­tro, Bleu Rim­baud, Bleu Suprême, Bleu Tibet, Bleu Univers, Bleu Van Gogh, Bleu Wang Wei, Bleu XI, Bleu Ylem, Bleu Zen…

Zéno Bianu, Petit éloge du bleu, folio, 112 pages, 2 euros.

 

Véri­ta­ble sig­na­ture au plus pro­fond en écho à San­tana De toutes les étoiles, le bleu fauve, le blues du delta, s’ouvrant sur la Voie lac­tée, de l’autre gui­tar hero apparu au fes­ti­val de Wood­stock, le vir­tu­ose Jimi Hen­drix à pro­pos duquel Zéno Bianu a cette phrase défini­tive : « Bleu imprégné de beauté vio­lente, peut-être la couleur même de la poésie, dont il a resti­tué la pure scintillation. » ! 

Chet Bak­er, Born to Be Blue, by Uni­ver­sal Music Group.

Présentation de l’auteur

Barry Wallenstein

Bar­ry Wal­len­stein is the author of eight col­lec­tions of poet­ry, the most recent being At the Sur­prise Hotel and Oth­er Poems [Ridge­way Press, 2016] and Dras­tic Dis­lo­ca­tions: New and Select­ed Poems [New York Quar­ter­ly Books, 2012].  His poet­ry has appeared in over 100 jour­nals, includ­ing Ploughshares, The Nation, Cen­ten­ni­al Review, and Amer­i­can Poet­ry Review. 

Among his awards are the Poet­ry Soci­ety of America’s Lyric Poet­ry Prize, (l985), and Push­cart Poet­ry Prize Nom­i­na­tions, 2010, 2011. He has had res­i­dent fel­low­ships at The Mac­dow­ell Colony, Hawthorn­den Cas­tle in Scot­land, Fun­dación Val­paraiso in Spain and Casa Zia Lina on Elba, Italy.

A spe­cial inter­est is the pre­sen­ta­tion of poet­ry read­ings in col­lab­o­ra­tion with jazz.  He has made sev­en record­ings of his poet­ry with jazz, the most recent being Lucky These Days, to be released by Cadence Jazz Records in April 2012A pre­vi­ous CD, Eupho­ria Ripens, was list­ed among the “Best New Releas­es” in the jour­nal, All About Jazz (Decem­ber 2008).

Bar­ry is an Emer­i­tus Pro­fes­sor of Lit­er­a­ture and Cre­ative Writ­ing at the City Uni­ver­si­ty of New York and an edi­tor of the jour­nal, Amer­i­can Book Review.  In his capac­i­ty as Pro­fes­sor of Eng­lish at City Col­lege he found­ed and direct­ed the Poet­ry Out­reach Cen­ter, and for 35 years coor­di­nat­ed the all-inclu­­sive city­wide Annu­al Spring Poet­ry Fes­ti­val. He remains an active advi­sor and par­tic­i­pant in the program.

Textes

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BARRY WALLENSTEIN

  Je con­nais Bar­ry Wal­len­stein et j’ai le plaisir de traduire ses poèmes depuis 2005 : j’en­seignais alors à Men­ton, et je souhaitais que mes élèves ren­con­trent le poète, alors en rési­dence à […]

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Présentation de l’auteur

Zéno Bianu

Zéno Bianu est né d’une mère française et d’un père roumain réfugié poli­tique. Il est en 1971 l’un des sig­nataires du Man­i­feste élec­trique, qui sec­oua la poésie des années 1970.

En 1973, il séjourne pour la pre­mière fois en Inde. L’Ori­ent lais­sera une empreinte durable par­ti­c­ulière­ment prég­nante dans Mantra (1984), La Danse de l’ef­face­ment (1990) et au Traité des pos­si­bles (1997). Son voy­age au Tibet en 1986 mar­quera égale­ment son œuvre, dans laque­lle il s’at­tache à restituer le chant des poé­tiques d’autres cultures. 

En 1992, il fonde Les Cahiers de Zanz­ibar, revue «hors de tout com­merce», avec Alain Bor­er, Serge Sautreau et André Vel­ter. Il traduit, pour une mise en scène de Lluís Pasqual, Le Cheva­lier d’Olme­do de Lope de Vega, qui sera créé en Avi­gnon. Puis Le Livre de Spencer d’après Christo­pher Mar­lowe (1994) et Le Phénix de Mari­na Tsvé­taié­va (1996).

Il a reçu le Prix inter­na­tion­al de poésie fran­coph­o­ne Ivan Goll en 2003. Il a dirigé la col­lec­tion Poésie aux Edi­tions Jean-Michel Place. Il reçoit Le Prix Robert Gan­zo pour l’ensem­ble de son oeu­vre en 2017.

© Crédits pho­tos Helie Gallimard.

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

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Zéno Bianu, L’Éloge du Bleu

Dans ce petit livre, léger d’une cen­taine de pages, lourd de cul­ture et de réflex­ions gaiement sérieuses, cédant à la facil­ité je dirai qu’on n’y voit que du bleu : sous pré­texte d’ordre alphabétique […]

Présentation de l’auteur

Yves Buin

Yves Buin est un écrivain français né le 20 mars 1938. Il est médecin pédo-psychiatre.

Il pub­lie de nom­breux  romans policiers, mais écrit aus­si sur le jazz et la psy­chi­a­trie, est l’au­teur de biogra­phies. Il a pub­lié une ving­taine d’ou­vrages, dont Maël (Chris­t­ian Bour­go­is), Fou‑l’Art-Noir, Thelo­nious Monk et L’oiseau Gar­rin­cha (Le Cas­tor Astral), La Terre d’Arn­hem (Plon), Bornéo, après la nuit (Gras­set), Essai d’her­méneu­tique sex­uelle (Seghers), Ker­ouac (Jean-Michel Place), Kapitza et Borg­gi (Rivages Noir).

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

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Rémy Soual

Rémy Soual, enseignant de let­tres clas­siques et écrivain, ayant con­tribué dans des revues lit­téraires comme Souf­fles, Le Cap­i­tal des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Mil­lé­naire, ayant col­laboré avec des artistes plas­ti­ciens et rédigé des chroniques d’art pour Olé Mag­a­zine, à suiv­re sur son blog d’écri­t­ure : La rive des mots, www.larivedesmots.com Paru­tions : L’esquisse du geste suivi de Linéa­ments, 2013. La nuit sou­veraine, 2014. Par­cours, ouvrage col­lec­tif à la croisée d’artistes plas­ti­ciens, co-édité par l’as­so­ci­a­tion « Les oiseaux de pas­sage », 2017.
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