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Catherine Pont-Humbert, légère est la vie parfois

Par |2020-11-26T06:38:52+01:00 26 novembre 2020|Catégories : Catherine Pont-Humbert, Critiques|

 « En ce temps-là mon nom /​ n’avait pas encore été pro­non­cé /​ La poé­sie dor­mait dans les limbes » : à cette ori­gine dans « l’ombilic des limbes », Catherine Pont-Humbert rend grâce en renouant avec la poé­sie des pre­miers ins­tants rejoints par les strates d’une écri­ture au présent.

À retrou­ver les « mots délais­sés », la véri­té des expres­sions du pas­sé remonte à la sur­face, sou­ve­nirs char­gés de l’avenir du dire toujours…

« Une mémoire liquide s’est abat­tue sur moi /​ Tout a cou­lé en vagues /​ Ressac obsé­dant du temps » : dans ces replis balayés par l’oubli, lec­teurs comme auteure découvrent la saveur des heures pas­sa­gères por­tées à incan­des­cence dans l’écrin des for­mules affluant de nou­veau, mêlant désor­mais les poèmes anciens à la parole d’aujourd’hui.

Invitation à ce retour à la source, l’anaphore des infi­ni­tifs pres­crit de se relier à l’aube étin­ce­lante, au matin sou­ve­rain qui annonce cette « insou­te­nable légè­re­té de l’être », pour reprendre l’oxymore du titre du roman de Milan Kundera, moins pour ser­tir la plai­san­te­rie de gra­vi­té que pour don­ner souffle au « bon côté de la vie », à « son ver­sant lumi­neux » : « Toucher l’élémentaire /​ Retourner au tor­rent /​ Poser le pas sur le che­min /​ Rejoindre la val­lée /​ Boire la rosée »

Catherine Pont-Humbert, légère est la vie par­fois, coll. Poésie XXI, N° 61, Jacques André Éditeur, 54 pages, 13 euros.

Cette alchi­mie de la vita­li­té à même de trans­muer le cha­grin en joie, la néga­ti­vi­té en posi­ti­vi­té, fait de la dou­leur un pré­lude à l’ardeur. La fille qui affirme à sa mère : « J’ai fait de nos tra­gé­dies des souffles légers », dévoile la comé­die de vivre, fai­sant le deuil des trau­ma­tismes et colo­rant des teintes du bon­heur les mul­tiples facettes du joyau de l’existence.

« La parole garde la soli­di­té de la main /​ Et remer­cie » : gra­ti­tude ren­due au cours des choses, hymne à la chair du monde, la plume de Catherine Pont-Humbert se glisse au fil des sen­sa­tions pour mieux dire le don à l’autre dans l’acte d’amour comme l’indiquent les conseils de l’amante à l’amant.

« Soyez mon amant /​ Soyez l’homme fin /​ Qui glisse sous le drap /​ Soyez ce corps qui m’emporte », ces injonc­tions aux plai­sirs à par­ta­ger dans l’étreinte tressent les éloges de la dif­fé­rence dans l’art d’aimer qui forme l’apothéose d’un sens pos­sible à la vie, miroir de l’autre en soi.

« Diversité, étran­ge­té, alté­ri­té /​ Je vous ai démas­qués /​ Vous étiez en moi /​ Je l’ignorais » : cette ouver­ture aux mul­tiples visages de l’altérité est une réponse de la poé­sie dans sa puis­sance d’évocation comme dans sa déli­ca­tesse fon­da­trice, un cri tou­jours conte­nu qui s’élève en chant inté­rieur, se déployant à la ren­contre de ce qui advient, signa­ture des der­niers vers de ce recueil en ode à la légè­re­té à conquérir !

Présentation de l’auteur

Catherine Pont-Humbert

Catherine Pont-Humbert est écri­vaine, jour­na­liste lit­té­raire et concep­trice de lec­tures musicales.Elle a été pro­duc­trice à France Culture de 1990 à 2010, elle y a réa­li­sé de nom­breux docu­men­taires et grands entre­tiens.  Elle est l’auteur la direc­trice artis­tique et le met­teur en scène de “L’Âme métisse”, une lec­­ture-spec­­tacle ins­pi­rée du peintre Wifredo Lam, créée au musée des Beaux Arts de Nantes en 2010. Le texte est paru dans la col­lec­tion “Théâtre des cinq conti­nents” (l’Harmattan 2018).

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Rémy Soual

Rémy Soual, ensei­gnant de lettres clas­siques et écri­vain, ayant contri­bué dans des revues lit­té­raires comme Souffles, Le Capital des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Millénaire, ayant col­la­bo­ré avec des artistes plas­ti­ciens et rédi­gé des chro­niques d'art pour Olé Magazine, à suivre sur son blog d'écriture : La rive des mots, www​.lari​ve​des​mots​.com Parutions : L'esquisse du geste sui­vi de Linéaments, 2013. La nuit sou­ve­raine, 2014. Parcours, ouvrage col­lec­tif à la croi­sée d'artistes plas­ti­ciens, co-édi­té par l'association « Les oiseaux de pas­sage », 2017.
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