Teo Libardo, Il suffira, Emma Filao, éparpiller la peau, Élisa Coste, Les chambres

Par |2021-12-21T08:36:36+01:00 20 décembre 2021|Catégories : Critiques, Élisa Coste, Emma Filao, Teo Libardo|

Teo Libar­do, Il suf­fi­ra

Il suf­fit d’un mot juste pour que la parole retrou­ve une ver­tu cathar­tique, thérapeu­tique, sal­va­trice. La mai­son Rosa can­i­na édi­tions en cul­tive la magie des pou­voirs, rassem­blant essen­tielle­ment écrits poé­tiques et réc­its auto­bi­ographiques, selon la présen­ta­tion de cette dernière : « Les racines du Rosa can­i­na avaient la répu­ta­tion de guérir de la rage. 

Nous rêve­ri­ons que cer­tains de nos con­tem­po­rains se soignent à la racine et guéris­sent de la haine, des croy­ances mor­tifères, de l’indifférence, de la cupid­ité – autres vis­ages de la rage – pour enfin s’ouvrir à la com­plex­ité du monde, à une fra­ter­nité réelle. La crainte fugace que tous les Rosa can­i­na sur Terre n’y suf­fi­raient pas tra­verse en-dehors des épines notre con­science. Nous lais­serons donc pro­lifér­er ces rosiers sauvages ban­nis des jardins bien entretenus. »

Il suf­fit d’une telle lueur d’espoir, Il suf­fi­ra d’une telle volon­té, pour repren­dre le titre de l’ouvrage de poésie de Teo Libar­do, pour que ces let­tres restent vives et ne devi­en­nent mortes comme des vœux pieux, mais sans portée. Par la décli­nai­son de l’assertion en anaphore, se des­sine ce sil­lon fer­tile élar­gis­sant le champ des pos­si­bles d’où s’élève ce chant sin­guli­er des ré-enchante­ments : « Il suf­fi­ra de le vouloir », « Il suf­fi­ra d’un désir haut-per­ché », « Il suf­fi­ra d’errer », « Il suf­fi­ra de danser », « Il suf­fi­ra d’un chant oublié renais­sant », « Il suf­fi­ra d’une mélan­col­ie », « Il suf­fi­ra de réin­ven­ter le feu »…

Teo Libar­do, Il suf­fi­ra, poésie, Rosa 
can­i­na édi­tions
, 44 pages, 12 euros.

Croy­ance dans les fac­ultés d’un verbe répara­teur, ce recueil se lit comme une ode aux élé­ments, au prim­i­tif et à ses vérités pre­mières d’où fuse une énergie béné­fique à la réin­ven­tion du verbe aimer : « le sen­ti­ment mer­veilleux d’une poésie du vivre / un trait craie / sil­lon inef­façable / blot­ti en nos corps météores / hori­zon palimpses­te amoureux / chante la folie limpi­de d’exister »…

 Emma Filao, éparpiller la peau

Appel en écho à incar­n­er à vif, éparpiller la peau d’Emma Filao, invite ses lecteurs à une incur­sion par-delà l’épiderme, à aban­don­ner l’enveloppe pro­tec­trice, à s’extraire de la gangue délétère pour devenir plus-que-vive, apte à décel­er sa réso­nance pro­pre dans celle de l’autre, se faire geste et man­i­fester l’indicible jusque dans le tutoiement des exci­ta­tions aux exis­tences mélangées : « toi / de quel côté de la peau es-tu / et si tes paroles s’accrochent à mes épines / com­ment alors n’es-tu pas sur ma peau à moi / je me retrou­ve dans ton oubli / tu déam­bules dans ma mémoire / est-elle seule­ment la mienne / qu’est-ce donc que cette vie sous le mot / par­ler / se par­ler / comme on s’existe »…

 Emma Filao, éparpiller la peau, poésie,
Rosa can­i­na édi­tions, 112 pages, 22 euros.

Élisa Coste, Les cham­bres

Trans­fig­u­ra­tion d’une vie égale­ment sous le signe de l’intensité, le réc­it d’Élisa Coste inti­t­ulé Les cham­bres, com­mençant par une sen­sa­tion de ver­tige, prend son essor avec la ren­con­tre de ses deux amants, Louis et Pas­cal, pour écrire une his­toire d’amour témoignant de la vul­néra­bil­ité et de la richesse d’un parcours : 

« J’étais dans l’interstice du monde, portée très haut par deux amours, un blond angélique et absent, un brun d’une inquié­tante énergie. Nous riions très fort, nous mar­chions vite dans la ville froide et déserte, l’un me haus­sait dans ses bras quand l’autre me fai­sait tourn­er sur moi-même, jusqu’à ne plus savoir qui j’étais, tour­bil­lon effréné où je per­dais la tête. »

L’Amour fou, pour repren­dre le titre du roman sur­réal­iste d’André Bre­ton, dont les exal­ta­tions des pas­sions dévo­rantes se con­clu­ent néan­moins sur le sen­ti­ment étrange d’avoir aspiré à une vie rêvée et néan­moins réelle où poésie et poli­tique s’allient dans un goût mêlé d’absolu heurté et d’échec inavoué : « Une his­toire d’amour ne finit jamais. Nous n’avons pas su la vivre, la transformer. 

Élisa Coste, Les cham­bres, réc­it, Rosa 
can­i­na édi­tions, 78 pages, 15 euros.

Nous n’avons pas pu chang­er ce dont nous étions désor­mais con­scients. » Forte de cette lucid­ité, l’aventurière prend alors la plume pour rassem­bler les morceaux épars du miroir et le ten­dre à nou­veau à la promesse des ren­con­tres fondatrices…

Présentation de l’auteur

Emma Filao

Grisée de grands espaces, de ciels décou­verts et de roche à nu, Emma Filao tente d’harmoniser sa voix poé­tique avec celles des per­son­nes ren­con­trées au cours de ses voy­ages. De la peau, de la couleur de l’autre, d’autres types de paysages se font jour. Autant que les arbres et les mon­tagnes lui par­lent, les humains ne cessent d’être pour elle une inter­ro­ga­tion. De là un par­cours dans le mime, à la recherche du mou­ve­ment, puis une for­ma­tion d’anthropologie, à la recherche d’une mul­ti­tude de voix et d’expériences.

Biogra­phie https://rosacaninaeditions.jimdofree.com/les-auteurs/emma-filao/

Bib­li­ogra­phie 

Jour­nal des poètes ;  n°2, 2019
La volée ; n°18 et 19, 2020

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Présentation de l’auteur

Teo Libardo

Teo Libar­do est né à Brin­disi, dans le sud de l’I­tal­ie. Exil à Lau­sanne. En France depuis 1973. Artiste-pein­tre depuis le début des années qua­tre-vingt, il se con­sacre exclu­sive­ment à la créa­tion. Ses tableaux sont une vari­a­tion sur le signe, l’écri­t­ure et la pseu­­do-écri­t­ure. Il expose dans plusieurs pays d’Eu­rope. Auteur-com­­pos­i­­teur-inter­prète de ses pro­pres textes en français, il a égale­ment mis en musique plusieurs poètes par­mi lesquels Cesare Pavese, dans sa langue mater­nelle. Auteur de poèmes et de réc­its, il s’in­vestit comme lecteur et ani­ma­teur lors de ren­con­tres lit­téraires. En 2015, il fonde la revue La volée.

Biogra­phie https://rosacaninaeditions.jimdofree.com/les-auteurs/teo-libardo/

Bib­li­ogra­phie 

Il suf­fi­ra, poésie, Rosa canine, jan­vi­er 2021.

Là où ger­ment les mots suivi de Les yeux naufragés, poésie, Rosa canine, avril 2020.

Lire, la mer est un déluge réus­si, poésie / édi­tion lim­itée avec gravure orig­i­nale de l’au­teur, Rosa canine, décem­bre 2019.

Soli­tude de la dérive ; édi­tions Phloème, 2020.

Quand je serai grand, je serai dic­ta­teurpour DéDéTé, édi­tions Gros Textes, 2017.

L’évidence à venir ; avec des pho­togra­phies de Joëlle Jour­dan, édi­tions Musi­mot, 2017.

Le poids de l’air ; édi­tions Clapàs, 2014.

Désir ; antholo­gie, édi­tions Musi­mot, 2021.

L’in­tran­quille ; n°19, éd. Ate­lier de l’Ag­neau, 2020.

La volée ; 2015 à 2020.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Présentation de l’auteur

Élisa Coste

Élisa Coste est auteure de nou­velles, poèmes, réc­its auto­bi­ographiques. Lec­trice de poètes du XXe siè­cle lors de spec­ta­cles poé­tiques. Elle vit l’écri­t­ure comme une sec­onde peau, la poésie comme sa seule voca­tion, son via­tique. Elle partage ce que dit Rilke : « La poésie, c’est cette pos­si­bil­ité d’in­sér­er la plainte ou l’ex­cès d’en­t­hou­si­asme dans une total­ité qui la résorbe».

Biogra­phie https://rosacaninaeditions.jimdofree.com/les-auteurs/elisa-coste/

Bib­li­ogra­phie 

Repouss­er les ombres, poésie, Rosa can­i­na, décem­bre 2021.

Les cham­bres, réc­it, Rosa can­i­na, avril 2020.

Un à deux chants ; avec Nico­las Giral, éd. Rafael de Sur­tis, 2018.

Une ancre pour mon île ; édi­tions du Net, 2013.

Un point sur la planète ; éd. Ver­mifuge, 2010.

La vie est ter­ri­ble­ment belle ; éd. Le Limon, 2006.

La volée ; 2015 à 2020

Triages ; n°30, éd.Tarabuste, 2018

Ecrit(s) du Nord ; n°33–34, éd. Hen­ry, 2018

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Rémy Soual

Rémy Soual, enseignant de let­tres clas­siques et écrivain, ayant con­tribué dans des revues lit­téraires comme Souf­fles, Le Cap­i­tal des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Mil­lé­naire, ayant col­laboré avec des artistes plas­ti­ciens et rédigé des chroniques d’art pour Olé Mag­a­zine, à suiv­re sur son blog d’écri­t­ure : La rive des mots, www.larivedesmots.com Paru­tions : L’esquisse du geste suivi de Linéa­ments, 2013. La nuit sou­veraine, 2014. Par­cours, ouvrage col­lec­tif à la croisée d’artistes plas­ti­ciens, co-édité par l’as­so­ci­a­tion « Les oiseaux de pas­sage », 2017.
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