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Perrin Langda, poésie assistance 24h/​24, Fabien Drouet, Je soussigné, attestations dérogatoires de sortie

Par |2021-02-06T14:17:36+01:00 6 février 2021|Catégories : Critiques, Fabien Drouet, Perrin Langda|

Vers de nou­velles zones libres !

À l’heure où tout se trouve réduit, les édi­tions la Boucherie lit­té­raire pro­posent, avec les recueils de Perrin Landga et de Fabien Drouet, de recon­qué­rir de nou­veaux ter­ri­toires de poé­sie, comme une néces­si­té inté­rieure, déjouant les réseaux et les réa­li­tés vir­tuelles, pour mieux étendre les pos­sibles aux sen­tiers ouverts et aux dérives arro­gées, dont on arrache, au quo­ti­dien, l’autorisation admi­nis­tra­tive, pour mieux goû­ter un par­fum qui ne sau­rait se res­pi­rer qu’à l’air libre ! 

Loin des fenêtres inter­nautes qui sont aus­si cages et menottes, loin de la sur­veillance obli­gée d’un pou­voir qui flirte avec l’autoritarisme, ron­geant nos droits les plus élé­men­taires, sous cou­vert de sécu­ri­té et san­té prio­ri­taires, l’écriture de ces deux auteurs se cherche avec un humour affû­té, se trouve dans l’évidence des mots, et en montre les inter­stices pour tra­cer de nou­velles zones d’émancipation…

Après avoir pla­cé son ouvrage sous l’influence de l’auteur de Notre besoin de conso­la­tion est impos­sible à ras­sa­sier, Perrin Langda déploie comme « un livre dont vous êtes le héros », entre le jeu de rôle et le jeu vidéo, son « assis­tance en ligne », dont les cha­pitres égrainent les choix éven­tuels d’un cla­vier, simu­lacres d’options à moquer par le tran­chant du regard déchif­frant la misère des impos­tures der­rière la varia­bi­li­té des touches : « pour des /​ son­nets mobiles /​ tapez 1 », « pour un /​ par­lé-réa­li­té /​ tapez 2 », « pour une /​ intel­li­gi­bi­li­té arti­fi­cielle /​ tapez 3 », « pour des suites /​ incer­taines radi­ca­li­sées /​ tapez 4 », « pour des textes /​ aux logiques numé­riques /​ tapez 5 »…

Perrin Langda, poé­sie assis­tance 24h/​24, col­lec­tion Sur le billot, la Boucherie lit­té­raire, 14 euros.

Dénonciation sous un trait d’esprit de cette forme d’aliénation moderne dont nous serions tous plus ou moins les cobayes, le tyran que nous sup­por­tons désor­mais, repo­se­rait pour­tant encore, comme le sug­gé­rait déjà Etienne de La Boétie dans son Discours de la ser­vi­tude volon­taire, sur notre volon­té com­plice à désillusionner !

Ironie mor­dante, le poème épo­nyme de son livre, accom­pa­gné de la paren­thèse un brin piquante : « (veuillez renou­ve­ler votre lec­ture ulté­rieu­re­ment) », ren­voie l’exigence d’un salut per­son­nel, d’un sens à la vie de cha­cun, à la vacui­té des démarches sans retour, innom­brables, absur­di­té et soli­tude de notre condi­tion d’interconnectés : « ce poème vous sera fac­tu­ré /​ 16 secondes de temps libre /​ pour toute ques­tion /​ sur le sens de votre vie /​ tapez 1 /​ pour un bref aper­çu /​ de l’avenir de notre monde /​ tapez 2 /​ si vous sou­hai­tez seule­ment /​ par­ler à un être humain /​ tapez… bip /​ nous sommes déso­lés /​ en rai­son du trop grand nombre d’usagers de la Terre /​ nous ne pou­vons don­ner suite à votre demande »

Cette recherche d’une com­mu­ni­ca­tion directe, simple, essen­tielle, dans l’évidence d’un rap­port humain authen­tique, anime éga­le­ment le style des « attes­ta­tions déro­ga­toires de sor­tie » de Fabien Drouet dont les mul­tiples exemples de mes­sages amu­sés ou poi­gnants forment autant de requêtes à rejoindre des amis, des proches, tous ces visages des autres dont nous nous trou­vons, là encore, cou­pés par le qui-vive d’un sur­place, tout mou­ve­ment arrê­té pour se résoudre à l’immobilité de la mort pro­gram­mée de l’amour et du par­tage si néces­saires au genre humain ! Pourquoi renon­cer au plai­sir d’une belle balade d’un moment de convi­via­li­té, quand la déro­ga­tion espiègle suf­fi­rait en mot de passe ?

Alors der­rière la varié­té mali­cieuse de telles attes­ta­tions, aux motifs affi­chés et aux masques d’auteurs si divers, se révèle, dans un ultime dia­logue entre le poète et sa grand-mère, la saga­ci­té et l’autodérision mêlées, signes carac­té­ris­tiques de nos deux plumes enclines à sus­ci­ter un rire franc et répa­ra­teur, pro­pice à la décou­verte de tels moments de joie libre : 

Fabien Drouet, Je sous­si­gné, attes­ta­tions déro­ga­toires de sor­tie, col­lec­tion Carné poé­tique, la Boucherie lit­té­raire, 10 euros.

« – C’est quoi toutes ces attes­ta­tions qui traînent dans l’appartement avec ces noms et ces bêtises écrits des­sus ça me met un bazar dans la baraque c’est catas­trophe mais je te dis ils me foutent un bazar » ; bazar des brouillons de nos exis­tences à reprendre enfin leurs droits !

                                                                                                         

Présentation de l’auteur

Perrin Langda

Perrin Langda est né en 1983 à Lyon, vit à Grenoble. A publié en 2015 Quelques micro­se­condes sur Terre, Les Tilleuls du Square /​​ Gros Textes, Documentaire humain, Mgv2>publishing, Perrin Langda & com­pa­gnie, Mgv2>publishing (recueil col­lec­tif). A écrit dans de nom­breuses revues (« Métèque », « Bacchanales », Microbe », « Nouveaux Délits »…) et par­ti­ci­pé au recueil col­lec­tif Dehors, édi­tions Janus, 2016. Son blog : http://​upoe​sis​.word​press​.com.

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Présentation de l’auteur

Fabien Drouet

Fabien Drouet est auteur de poé­sies et de nou­velles, édi­teur de deux revues de poé­sie, musi­cien gui­ta­riste bassiste.
En novembre 2017, il crée la revue la Terrasse, et lance en 2018 le pro­jet d’un jour­nal  gra­tuit, 21 minutes (revue de poé­sie au sens large). 

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Rémy Soual

Rémy Soual, ensei­gnant de lettres clas­siques et écri­vain, ayant contri­bué dans des revues lit­té­raires comme Souffles, Le Capital des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Millénaire, ayant col­la­bo­ré avec des artistes plas­ti­ciens et rédi­gé des chro­niques d'art pour Olé Magazine, à suivre sur son blog d'écriture : La rive des mots, www​.lari​ve​des​mots​.com Parutions : L'esquisse du geste sui­vi de Linéaments, 2013. La nuit sou­ve­raine, 2014. Parcours, ouvrage col­lec­tif à la croi­sée d'artistes plas­ti­ciens, co-édi­té par l'association « Les oiseaux de pas­sage », 2017.
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