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Cécile Coulon, Noir volcan

Par |2020-04-21T07:51:00+02:00 21 avril 2020|Catégories : Cécile Coulon, Critiques|

Suite à l’événement lit­té­raire que fut l’édition de son pre­mier recueil de poé­sie, Les Ronces, Cécile Coulon pro­longe l’aventure avec la publi­ca­tion de son second ouvrage chez Le Castor Astral, Noir vol­can, dont l’image énig­ma­tique s’avère le vœu de l’auteur que cha­cun vive au pied de son propre vol­can, dans la douce puis­sance d’un chez soi : « J’ai écrit ces poèmes pour que chaque lec­teur puisse trou­ver son noir vol­can, et s’y sen­tir chez lui. »

Les textes qu’elle y a ras­sem­blés sont autant de notes prises sur les routes, « dans les wagons, les chambres d’hôtel, au comp­toir des buf­fets des gares, par­tout où le besoin, et l’envie, de reve­nir chez soi sur­git. » Dès lors, dans l’écrin du quo­ti­dien se niche la mer­veille de l’instant sai­si, entre vers libres médi­ta­tifs et trame de la nar­ra­tion, dont la pen­sée se fait tour à tour contem­pla­tive et ins­ti­ga­trice d’une quête de sens au fil des départs et des rup­tures, des liai­sons et des affi­ni­tés, des habi­tudes et des évé­ne­ments…

L’une des for­mules les plus inci­sives, en apho­risme ou haï­ku, résume toute l’humilité et toute la por­tée de ce geste de l’écriture qu’elle renou­velle au fur et à mesure des périples et des épreuves de l’existence : « Je me cache der­rière mes poèmes /​ parce qu’ils sont plus forts /​ que moi. »

Cécile Coulon, Noir vol­can, 
Le Castor Astral.

Cette force retrou­vée dans les traces lais­sées par de tels mots, ne dévie jamais en vio­lence, et se révèle tou­jours éloge de la dou­ceur, un des thèmes prin­ci­paux de ce livre, dont le poème « Abîmer la dou­ceur » résume le pro­pos dans une ques­tion ouverte : « Comment faire pour ces­ser, une bonne fois pour toutes, d’abîmer la dou­ceur ? »

Dès lors, son inten­tion d’écrivain demeure celle de gar­der ce regard bien­veillant sur les êtres et les choses, sur le cours de la vie tout sim­ple­ment, en les nim­bant de ten­dresse, jusque dans la briè­ve­té du pas­sage de la nar­ra­trice auprès des autres, pour que sa pré­sence se fasse tou­jours éclat fugace d’un moment de bon­heur géné­reux, avant de se replier enfin dans la soli­tude répa­ra­trice de sa nuit : « Je ne reste pas long­temps /​ pour que vous gar­diez de moi une image agréable, /​ pour que chaque parole pro­non­cée ne soit pas per­due, /​ pour que vous n’ayez pas la pos­si­bi­li­té /​ de trou­ver sur mon visage une expres­sion de dou­leur ou d’agacement, /​ votre pré­sence ne me fait pas mal et j’aime les gestes tendres /​ sim­ple­ment il m’arrive d’avoir besoin d’une nuit /​ sans étoiles et d’un jour sans décla­ra­tions. »

Cette déli­ca­tesse de la volon­té, tou­jours ouverte sur les siens, les amours, les amis, les lec­teurs, dans cette juste dis­tance trou­vée entre absence et pré­sence, ce juste milieu atteint entre élan des gestes et récep­tion du visage de l’autre, l’image du « noir vol­can » en figure le lieu-axiome, endroit emblé­ma­tique d’un espace pro­tec­teur ren­du pos­sible, ici et main­te­nant, pour cha­cun… Ainsi, la per­son­na­li­té du poète se fait sis­mo­graphe des érup­tions envi­sa­geables de la mon­tagne endor­mie, le plus sou­vent conte­nues mais qui signi­fient une émo­tion par­ta­gée, une colère sou­ve­raine pour les nobles causes de l’humanité com­mune : « Tandis que tu siffles tes sou­ve­nirs comme des chiens fidèles, /​ les ras­sem­blant dans ta mémoire pour battre /​ une der­nière cam­pagne, /​ tan­dis que tu fais la liste des moyens à ta por­tée /​ pour me trouer les ailes le plus rapi­de­ment pos­sible /​ et ain­si lais­ser une trace de ta décep­tion, de ta pro­fonde /​ et brû­lante /​ décep­tion, /​ tan­dis que tu bats les cartes pour une ultime par­tie, /​ je gronde. »

L’image de la four­naise d’un tel vol­can devient alors à la fois colère salu­taire et puis­sance suave, toute à la faveur des humbles, des fra­giles, des dému­nis, dont il convient de pré­ser­ver cette digni­té, cette bon­té, cette « gen­tillesse » consti­tu­tives qui ne doivent pas res­ter des termes gal­vau­dés mais les signes d’une éthique qui nous dépasse : « Nous devrions ces­ser de pen­ser que cette gen­tillesse /​ – ce n’est pas un gros mot, « gen­til » – /​ n’est pas une tare contem­po­raine. /​ Ce n’est pas for­cé­ment pour être accep­té, /​ pour qu’on vous invite à dîner, à dan­ser, pour ne pas être seul. /​ Cette gen­tillesse est un jouet qu’on peut lan­cer /​ contre les murs, /​ qu’on peut tordre dans tous les sens, /​ qu’on peut faire et défaire, et bru­ta­le­ment jeter par terre, /​ pour voir par magie les mor­ceaux épar­pillés /​ se ras­sem­bler d’eux-mêmes. »

Vigueur d’une morale pour­tant vouée à notre fra­gi­li­té fon­da­trice, dont le locus amoe­nus réin­ven­té, ce lieu agréable, comme la région de Clermont-Ferrand dont est ori­gi­naire Cécile Coulon, s’éprouve comme l’endroit tout de force et d’affection mêlées que la beau­té du mont révé­lé magni­fie : « Naître ici c’est venir au monde /​ avec un autre monde dans la poi­trine : /​ cha­cun porte en lui son vol­can, /​ cha­cun se couche la nuit dans un cra­tère, /​ cha­cun jette un œil sur la reine noire /​ au milieu de cette île où la mer frag­men­tée en lacs bleus de nuit /​ fait des guir­landes d’eau magique aux branches des vieux puys. » Géographie de l’intime dont le sésame reste ce trait affir­ma­tif de la phrase ultime : « Ce qui compte, c’est la dou­ceur. »

Présentation de l’auteur

Cécile Coulon

Cécile Coulon est une roman­cière et poète fran­çaise.

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Rémy Soual

Rémy Soual, ensei­gnant de lettres clas­siques et écri­vain, ayant contri­bué dans des revues lit­té­raires comme Souffles, Le Capital des Mots, Kahel, Mange Monde, La Main Millénaire, ayant col­la­bo­ré avec des artistes plas­ti­ciens et rédi­gé des chro­niques d'art pour Olé Magazine, à suivre sur son blog d'écriture : La rive des mots, www​.lari​ve​des​mots​.com Parutions : L'esquisse du geste sui­vi de Linéaments, 2013. La nuit sou­ve­raine, 2014. Parcours, ouvrage col­lec­tif à la croi­sée d'artistes plas­ti­ciens, co-édi­té par l'association « Les oiseaux de pas­sage », 2017.