> Contre le simulacre. Enquête sur l’état de l’esprit poétique contemporain en France. Réponses de Jean-Philippe Gonot

Contre le simulacre. Enquête sur l’état de l’esprit poétique contemporain en France. Réponses de Jean-Philippe Gonot

Par | 2018-02-22T02:23:06+00:00 30 juin 2016|Catégories : Rencontres|

 

 

  1. Recours au Poème affirme l’idée d’une poé­sie conçue comme action poli­tique et méta-poé­tique révo­lu­tion­naire : et vous ? (vous pou­vez, natu­rel­le­ment, ne pas être en accord avec nous, ou à être d’accord dans un sens dia­mé­tra­le­ment oppo­sé au nôtre).

Je suis en plein accord avec cela. Dans sa volon­té de mul­ti­pli­ci­té, Recours au Poème uni­fie, ou plus jus­te­ment vise une uni­té faite de tous les pos­sibles. La poé­sie, dans toute sa diver­si­té, naît d’une racine com­mune à tous les poètes, une racine UNE, même prin­cipe que l’on retrouve en spi­ri­tua­li­té. En explo­sant les fron­tières de l’espace-temps, de la langue et des cultures, Recours au Poème, nous mène à cette racine, en ce sens la poé­sie devient action poli­tique. Cette der­nière ouvre les yeux et les âmes, affûte la vigi­lance et nour­rit les consciences.

 

2.  « Là où croît le péril croît aus­si ce qui sauve ». Cette affir­ma­tion de Hölderlin parait-elle d’actualité ?

Elle est intem­po­relle et peut-être plus forte encore de nos jours. Elle est, cette phrase, la base de toute forme de gué­ri­son. Si l’on plonge dans nos obs­curs tré­fonds, on per­çoit la lumière et donc la poé­sie. La poé­sie sauve parce qu’elle gué­rit, au sens lit­té­rale du mot, elle gué­rit le corps et l’esprit, elle fait briller l’âme. Elle relie le visible à l’invisible, elle converse avec les forces, elle se lie d’amitié avec les pré­sences. Les mots sont le lien, le liant vibra­toire entre les hommes, encore une fois, pour “sau­ver”, il faut uni­fier, connec­ter et éle­ver, rôle pre­mier du cha­ma­nisme, père de toutes les poé­sies du monde.

 

3.  « Vous pou­vez vivre trois jours sans pain ; – sans poé­sie, jamais ; et ceux d’entre vous qui disent le contraire se trompent : ils ne se connaissent pas ». Placez-vous la poé­sie à la hau­teur de cette pen­sée de Baudelaire ?

Une pen­sée me vient : Des res­ca­pés des camps de concen­tra­tion disent que cer­tains pri­son­niers se sont mis à écrire, pour se rac­cro­cher à un “sem­blant de sens”, pour tenir, pour s'émerveiller encore et res­pi­rer au ventre de l’horreur. C’est cette nour­ri­ture des mots qui les a rame­nés par­mi les vivants.

 

4. Dans Préface, texte com­mu­né­ment connu sous le titre La leçon de poé­sie, Léo Ferré chante : « La poé­sie contem­po­raine ne chante plus, elle rampe (…) A l'école de la poé­sie, on n'apprend pas. ON SE BAT ! ». Rampez-vous, ou vous bat­tez-vous ?

Les deux. Pour se battre, il faut emma­ga­si­ner l’énergie de la terre. Pour sau­ter et s’élever au plus haut, il faut au préa­lable flé­chir ses jambes. Avant de bon­dir, un chat plie ses pattes et approche son abdo­men du sol. Le chat n’est-il pas le meilleur ami de l’écrivain et du poète ?

 

5.  Une ques­tion double, pour ter­mi­ner : Pourquoi des poètes (Heidegger) ?  En pro­lon­ge­ment de la belle phrase (détour­née) de Bernanos : la poé­sie, pour quoi faire ?

Poètes et Poésie, parce que l’Absolu tord et embrase le ventre de cha­cun d’entre nous.

Poètes et Poésie, parce qu’un autre monde nous regarde et nous attend.

Poètes et Poésie, parce que comme le dit Armand Gatti, “nous sommes tous nés de l’agonie d’une étoile, des nau­fra­gés de l’espace et du temps. Et seul le verbe peut nous aider à retrou­ver l’éclat défunt de cette étoile.”

 

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