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Étienne Faure, 3 croquis de Vaché, interprète des tranchées

Par |2022-09-05T20:06:51+02:00 5 septembre 2022|Catégories : Etienne Faure, Poèmes|

  Quel trou-quel trou-quel trou ! 

Vaché, Let­tre à A. Bre­ton, 1916.
Let­tres de guerre

 

Sou­vent cares­sant les troncs des futaies, revient la 
fibreuse énergie mêlée d’écorce, sève et liber,
dès 1916 éclatée d’obus, ren­due déchiquetée
à la déser­tion des ciels de toute idée
végé­tale, ani­male, terre détru­ite où Jacques
Vaché avance, tra­duc­teur des tranchées,
à rire tout en réserve et rad­i­cal­ité, disant
c’est com­pliqué, nous sommes piqués, les (h)êtres
(h)umains passés de forêt à tré­pas en quelques nuits
ou jours, on ne voit pas, tout s’équivaut sous les racines,
les restes de fûts grêlés d’éclats qui dans vingt ans
reverdiront entre deux fémurs remon­tés des 
pro­fondeurs de la terre –de pro­fundis, futaille, mitraille, 
main­tenant chaque essence d’arbre a ses feuilles,
égare les scru­ta­teurs d’horizon naguère bleu,
arbre à foudre, à jus­tice, foudre de guerre,
fagus orangé, pare-feu de l’automne
qui jau­nit sitôt noir, point de mire des yeux.

(les) hêtres umains

 

Jaune pâle puis jaune paille, le soleil entre 
par n’im­porte quel œil dans nos vies, 
hors sai­son poudroie puis con­sole de l’ordinaire
lueur à même le sol d’an­tan, traverse
nos séjours sur terre en pleine heure creuse 
d’hiv­er puis d’été ‑le front n’a­vançait pas, nous étions
inhumés sur notre lieu lit­téral d’enterrement,
lit­térale­ment 
por­tant dans la main le cœur des Flan­ders Fields,
coqueli­cots puis bleuets enfouis avec
nos grades et nos unités, nous étions
couchés dans l’herbe, amoureux de la bourrache
bleue du même ciel craquant où l’on rend la jus­tice à 
huis-clos puis ouverte­ment éclatant,
à nous sen­tir déjà pouss­er de l’herbe dans le dos
un été sur un pré légère­ment pen­tu, au regret
de l’avoir échap­pé belle pour rien,
com­ment dit-on ça en anglais.

un été en Somme

 

Et puis finir sans plus aucun futur, averti
de l’inutilité théâ­trale (et sans joie) de tout,
beau pêle-mêle des choses à venir en cet hôtel
résol­u­ment de France et de farce où chan­tèrent les
oiseaux fluets à la voix de stentor,
Vaché devenu men­tor à son corps défendant,
riant, écrivant, ultime umore, avec de si belles 
mains à soli­taire
 une ixième let­tre à André Breton
le 19 décem­bre 1918 : Les belles choses 
que nous allons pou­voir faire –MAINTENANT !
inter­prète des tranchées, des cadavres
exquis avant l’heure, en cro­quis et dessins signés
Tris­tan Hylar ou Har­ry James, sou­venirs remués
avec la boue sans âge de la jeunesse,
les ennuis et les pen­sées reclus­es, lui ren­tré de
lugubre mémoire, étable à cochon, umour noir
du néant, vide d’idées, enreg­istreur inconscient
secrète­ment passé par les larmes –pof –
et tout est main­tenant All right.

cro­quis de Vaché, inter­prète des tranchées

Présentation de l’auteur

Etienne Faure

Eti­enne Fau­re, né en 1960, vit et tra­vaille à Paris. Dernières pub­li­ca­tions : Vol en V, Gal­li­mard, 2022 ; Et puis pren­dre l’air, poèmes en prose, Gal­li­mard, 2020 ; Tête en bas, poèmes, Gal­li­mard, 2018, prix Max Jacob 2019 ; Ciné-plage, Champ Val­lon, 2015.
La revue Phoenix lui a con­sacré un dossier d’invité (numéro 27) ain­si que Con­tre-allées (n°43). Rédac­tion de notes cri­tiques dans le Cahi­er Cri­tique de Poésie, Poez­ibao, Europe, la Revue des revues, Phoenix. Il est traduit en grec, serbe et hongrois.

Bibliographie

Légère­ment frôlée, Champ Val­lon, 2007
Vues pren­ables, Champ Val­lon, 2009
Hori­zon du sol, Champ Val­lon 2011
La vie bon train, Champ Val­lon 2013
Ciné-plage, Champ Val­lon 2015
Tête en bas, Gal­li­mard 2018
– Et puis pren­dre l’air, poèmes en prose, Gal­li­mard, 2020.
– Vol en V, Gal­li­mard, 2022.

en revues

La NRF : n° 462–463, 488, 512, 551, 577, 582 
Con­férence : n° 8, 16, 22, 27, 34 
Théodore Bal­moral : n° 31, 34, 35, 39–40,44, 48, 52–53, 61,62/63, 68 
Le Mâche Lau­ri­er : n° 12, 15, 22, 24 
Pleine Marge : n° 15, 28 
Rehauts : n° 4, 7, 12, 15, 18, 23, 27, 31, 35 
Europe : n° 955–956, 1015–1016
Con­tre-Allées : n° 29–30
* (Astérisque) : n°1 et 3
Les Car­nets d’Eucharis (papi­er et électronique)
Phoenix : n°21, 27
TO AENTPO : n° 201–202 (paru­tion en grec de textes extraits de Légère­ment frôlée)

Nom­breux entre­tiens et pub­li­ca­tions de notes cri­tiques dans Poez­ibao, Europe, Phoenix, La revue des revues, le Cahi­er Cri­tique de Poésie. Il est traduit en grec, serbe et hongrois.

en revues élec­tron­iques
Sur Zone n°19, Poez­ibao ; Sec­ousse n° 18, remue.net, Sitaud­is, Les Car­nets d’Eucharis.

Sur Eti­enne Fau­re :
Poète invité du numéro 27 de la revue Phoenix (décem­bre 2017) : dossier coor­don­né par François Bor­des et Myr­to Gondi­cas, con­tri­bu­tions cri­tiques de Jean-Claude Pin­son, Stéphane Bou­quet, Gilles Ortlieb, Jean-Pierre Chevais, François Bor­des, Myr­to Gondicas.

Plusieurs entre­tiens avec Tris­tan Hordé pub­liés dans Poez­ibao, Lit­téra­ture de partout, Les car­nets d’Eucharis, remue-net.

Quelques con­tri­bu­tions :
— Con­tri­bu­tion au col­loque de Cerisy « Jude Sté­fan : le fes­toy­ant français » sep­tem­bre 2012 : L’enfance dans les textes de Jude Sté­fan : la grande absente ?
— Pub­li­ca­tion de notes cri­tiques dans le Cahi­er Cri­tique de Poésie, Poez­ibao, Europe et La revue des revues.

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