> La libellule. Panégyrique de la liberté (suite)

La libellule. Panégyrique de la liberté (suite)

Par | 2018-02-21T15:51:04+00:00 2 novembre 2012|Catégories : Blog|

 

Et la tour­neuse langue des saints tom­bés avec les
allu­mettes ont failli incen­dier le vrai ciel tel­le­ment
déchi­ré de ser­mons bien admi­nis­trés à la meilleure
jeu­nesse. Non que l’obstructionnée jeu­nesse sache
dire qui sera son père, qu’elle hait, mais elle sait
recon­naître sa mère, qui l’allaite. Je vivrai avec
une mul­ti­tude tout en res­tant bien clair, dit alors
ce requin qui n’est plus en vie. Dans le carac­tère
c’est, de sur­vo­ler les étoiles, que ma volon­té soit
la reine des étoiles et des nuits. Je n’ai aucune espèce
d’appel et aucun cre­do par où com­men­cer mon long
appel, aus­si, silen­cieux soyez royales nuits comme la
fleur qui défleu­rit.

    Il parle de lui-même en un lugubre mono­to­nage,
je fleu­ris les vers d’autres alti­tudes, les externes
ennuis, élu­cu­bra­tions, auto­mo­biles ; qu’est-ce qui
m’a pris ce jour dans la fine pous­sière d’un après-midi
plu­vieux ? Sous le rideau le pois­son chante, sous le cœur
le plus pur chante la libre mélo­die de la haine. La ven­geance
salée, l’intellect assou­pi, les rimes dénon­cia­toires seront mes
plus fidèles lec­teurs assi­dus, créa­teurs des­sous l’espoir rebelle ;
d’inégaux enchan­te­ments se fera ta plainte, à moi, qui prête serai –
te rece­voir avec toutes les dues intel­li­gences avec l’ennemi, comme
l’est la voi­ture trop légère pour toutes les vïo­lences. Alors il sera
temps toi et moi nous reti­rions dans nos tentes, et ryth­mi­que­ment
alors tu oppo­se­ras ton pied contre mon avant-bras, et ténue­ment
peut-être moi, je t’enduirai de mon sou­rire à peine intel­li­gible,
si tu sais le sai­sir, mais si tu ne sais que ban­que­ter, sif­fler au
bec du vin e de l’ambitieuse plus sévère même que cette aspi­ra­tion
que j’ai vers ta par­tie la plus sévère, alors détends-toi seule­ment
par­mi tes pla­nètes. Je ne sais si moi oui ou non je me mour­rai
de faim, peur, les yeux trop ouverts pour mira­cu­leu­se­ment
man­ger, la terre qui enve­loppe et sou­tient toute l’eau bien
trop noire pour la légè­re­té du ciel. Combien est étrange
ce rire de chauve-sou­ris que j’ai, com­bien étrange est cet
extra­va­gant délire mien sans oreilles, com­bien extra­va­gant
cet étrange délire mien sans oiselles. Combien étrange est cet
aimer les amères oisi­ve­tés de la vie.

    Et si les sol­dats qui firent irrup­tion dans la tente de
Dieu furent cette déses­pé­rée dis­pute qu’est la haine ;
alors j’avance le poi­gnard dans un poing bien ser­ré,
et je te tue. Mais l’univers c’est tout pareil et tu le
sais ! L’air, l’air pur, la mala­die, et le som­niolent
adieu. L’air, l’air pur, le bon bif­teck pour­ri,
et l’ultime vert de l’été. Et la graine de l’ultime
vio­lence de l’été.

    La veste de tous les tours d’adresse me pre­nait
fort sur mon côté faible : oh moi j’aime plus peut-être
les col­lines et les fraîches brises et les vert sombre
pinèdes, que les géants pas de l’homme : je rêve
le soleil d’hiver et voi­ci que les fraîches brises
m’éveillent l’été ! C’est pas pour toi ! que je crie
hors de toute limite, mon souffle court contre
le léger et secret souffle des étoiles ; ce n’est
pour aucune main ter­restre. Mais qui me fit donc
si aveugle ? Si ce n’est pas pour moi, que ce soit
pour toi ! N’ai pas le temps entre les mains : lumières
et ter­rains, visages et foules impi­toyables, visages ago­ni­sants,
vous vous pous­sez en direc­tion du clair avec un regard de la
lune.

    Je ne sais pas si ta figure sait répé­ter une
fis­sure en toi ou si mes sen­ti­ments savent mieux
que cette tête virile mienne que c’est vrai, ou si est
faux celui qui est beau, beau parce que sem­blable à.
Ou beau parce que bon ? Je cherche et cherche, tu cours
et cours. Et je cours ! et tu ris aux foules épou­van­tées !
Ne sais quelle gran­deur nous fut pré­pa­rée : Dieu
ne par­donne pas à qui porte du bout des lèvres seule­ment
son dif­fi­cile nom, son don de sang en héri­tage, sa
jaune forêt. J’aplanis un ter­rain pour le rece­voir,
mais je m’enfuis avant que les tam­bours ne résonnent.
Comme ça tu sau­ras qui je suis ; la sotte abeille qui bour­donne
pour un point fixe, en le cher­chant Lui, cette jungle aux
arbres de fer for­gé.

    Et la voix rhé­to­rique du bel­lâtre que je
vois sans amer­tume m’implique magi­que­ment
et par luxure dans ses braves bras grands ouverts.
De blancs et bruns Anges sur­vo­le­ront, et le temps
et le chan­tage des vieux et le chan­tage de la musique
et le lieu de toute la beau­té. Si je te vends le joug
léger de mon esprit malade cepen­dant qu’entre
les deux rideaux des impos­sibles cercles qui
se sont ten­dus entre nos âmes, dans l’air, lequel
pal­pite entre ta révolte et la mienne, et qui pousse
et gémit devant la grand’porte, dans le gre­nier ouvert
à la plus pro­fonde tris­tesse qui m’unissait à tes rêves
rap­pelle les mots écrits sur les murs des plus grandes
for­te­resses des Égyptiens. Je suis une femme qui fait
des expé­riences avec la vie et ne peut lais­ser aucun
rival lui tou­cher le cœur, les membres insa­tiables.
Je suis une femme qui laisse volon­tiers la gloire
aux autres mais se désole d’être rete­nue par les
mal­heu­reux nœuds de sa gorge. Je suis une par­mi
tant de voraces comme moi mais par Dieu je for­ge­rai
si je peux un autre canal pour mon besoin et mes
envies seront d’une autre trempe ! Et si assu­rée
je triomphe sur de ces peines, triom­phante et péni­tente
je pour­suis le par­don total, et que Dieu per­mette
ma pré­somp­tueuse dis­cor­dance d’avec les guides
du ciel per­lé. Souviens-toi que je fus par­mi les plus
fati­gués des cava­liers de nos imper­fec­tions. Souviens-toi
que nous tous fûmes mis au monde pour pré­sen­ter toutes
les fatigues. Rappelle-toi cette vie par moi-même atta­chée
à l’inconnu dégus­ter goutte à goutte de tes pupilles. Repose
dure­ment jusqu’à la fin – et qu’éclatants soient tes clairs
jours sans repos.

    Je ne sais pas si entre le sou­rire du vert été
et ta verte dif­fé­rence il existe une dif­fé­rence
je ne sais pas si je rime par charme ou tour­men­teuse
peine. Je ne sais si je rime par charme ou par rai­son
et je ne sais si tu le sais que je rime entiè­re­ment
pour toi. Trop de soleil a imbi­bé la mer dans son
tran­quille empri­son­ne­ment, où le fleu­rage de la
mer ne veut pas mettre la main aux bâti­ments cou­lés.
L’aube loin­taine se meut à des gri­sailles. Je ne sais
si par­mi les pâles roches je ren­con­trais le regard,
je ne sais si par­mi les mono­tones cris je ren­con­trais
ton regard, je ne sais si entre la mon­tagne et la
mer, il existe quand même un fleuve. Je ne sais
si entre côte et désert revient à soi un fleuve accos­té,
je ne sais si par­mi la brume tu accostes. Je ne
sais si tu tombes ou trembles, tu ne sais si je pleure
ou déses­père. Désespérer, déses­pé­rer, déses­pé­rer,
c’est tou­jours un fabri­quer. Tu ne sais si je pleure
ou déses­père, tu ne sais si je ris ou déses­père. Je
ne sais si par­mi les pâles roches ton sou­rire.

Trad. J.Ch. Vegliante

[La pre­mière par­tie a été publiée
par CIRCE, Univ. Paris 3 – S.N.]

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