> Marc Alyn, T’ang l’obscur, Mémorial de l’encre, extraits

Marc Alyn, T’ang l’obscur, Mémorial de l’encre, extraits

Par |2019-05-05T14:49:19+02:00 4 mai 2019|Catégories : Marc Alyn, Poèmes|

Paroles de T’ang

 

Le som­meil-confiait-il-est un lieu tra­ver­sier
qu’empruntent nos géni­teurs immé­mo­riaux
nomades du clair-obs­cur
sujets à des absences
affu­blés d’oripeaux de pourpre rapié­cés
por­teurs de balu­chons
que gonfle un pas­sé rauque.

 

Les hors-venus des neiges mor­fon­dues
fran­chis­saient d’une vol­tige les rem­parts
et l’eau ser­rée des douves
sur des radeaux de bran­chages.

Je par­le­rai encore-décré­tait-il-
des espaces gor­diens à l’intérieur de l’homme
où le désert s’unit aux ver­gers aux sépulcres : 
région de pous­sière et de suie
ultime retran­che­ment de l’esprit en par­tance
au-des­sous du niveau de la mort.

 

 

∗∗∗∗

 

 

La vie, songe éveillé, s’achevait par un som­meil
sans rêves ni rivages, au seuil des steppes, où croît
la soli­tude par­mi char­dons et ronces : bar­be­lés du
règne végé­tal. Quand sur­gis­saient, d’un vol acé­ré,
les oies sau­vages dont l’aile nous frô­lait har­di­ment
au pas­sage, nous fai­sions halte sur les hauts pla
teaux de schiste noir afin de saluer les reve­nants
de nos vies à venir aux bras char­gés d’icônes et de 
coque­li­cots. Un soleil flam­bant neuf nous gui­dait
vers les cimes. De l’autre côté de l’horizon s’éla
borait, dans des cuves gor­gées de grappes écra­sées,
la fer­men­ta­tion heu­reuse.

 

 

∗∗∗∗

 

L’au-delà res­sem­blait comme deux gouttes d’eau
à ces ombres chi­noises
dont les doigts de l’aïeul peu­plaient le papier
    peint
à la lueur éche­ve­lée
d’une lampe d’argile :
coq de bruyère errant dans le brouillard
che­vreau de lait lapé par les ténèbres…

Á la fin
le loup dévo­rait la lumière.
Chacun demeu­rait seul
les mains sur ses genoux.

 

 

∗∗∗∗

 

Alchimiste inver­sé
sosie du Pendu des tarots
il res­ti­tuait au bra­sier
l’or potable des chry­so­pées
à l’issue du Grand-OEuvre.

De son pin­ceau giclait
point-trait du morse des abîmes
flèche visant le coeur de la pla­nète
au-delà des myriades d’années
et son oeil de huppe sagace
détec­tait les tré­sors dans le limon des fleuves.

Sisyphe de l’immatériel
nou­veau-né du néant
agile gon­do­lier
il édi­fiait des mau­so­lées à la gloire de l’oubli
puis offus­quait la nuit
d’un cli­gne­ment de cils.

Présentation de l’auteur

Marc Alyn

Marc Alyn, né le 18 mars 1937 à Reims, en Champagne, reçoit vingt ans plus tard, le prix Max Jacob pour son recueil Le temps des autres (édi­tions Seghers). Auparavant, il avait fon­dé une revue lit­té­raire, Terre de feu, et publié un pre­mier ouvrage, Liberté de voir à dix-neuf ans. Ses poèmes en prose, Cruels diver­tis­se­ments (1957) seront salués par André Pieyre de Mandiargues, tan­dis que l’auteur doit revê­tir l’uniforme et par­tir pour l’Algérie en guerre. De retour à Paris, en 1959, il donne articles et chro­niques aux jour­naux :  Arts, La Table Ronde et le Figaro lit­té­raire paral­lè­le­ment à des essais cri­tiques sur François Mauriac, Les Poètes du XVIe siècle et Dylan Thomas. En 1966, il fonde la col­lec­tion Poésie/​​Flammarion  où il révè­le­ra Andrée Chedid, Bernard Noël, Lorand Gaspar, publiant ou réédi­tant des œuvres de poètes illustres : Jules Romains, Norge, Robert Goffin, Luc Bérimont. Sa créa­tion per­son­nelle s’enrichit alors d’un roman, Le Déplacement et de deux recueils : Nuit majeure et Infini au-delà, qui reçoit le Prix Apollinaire en 1973. 

A par­tir de 1964, il s’éloigne volon­tai­re­ment de Paris et vit dans un mas iso­lé, à Uzès. De ce port d’attache au milieu des gar­rigues, il accom­plit de nom­breux voyages en Slovénie (où il tra­duit les poètes dans deux antho­lo­gies, et étu­die les vers tra­giques de Kosovel), à Venise, puis au Liban où il ren­con­tre­ra la femme de sa vie, la poé­tesse Nohad Salameh, qu’il épou­se­ra des années plus tard. De ses périples mar­qués par la guerre à Beyrouth, naî­tra sa tri­lo­gie poé­tique Les Alphabets du feu (Grand Prix de poé­sie de l’Académie fran­çaise) laquelle com­prend : Byblos, La Parole pla­nète, Le Scribe errant.

Revenu enfin à Paris, Marc Alyn connaî­tra de dou­lou­reux pro­blèmes de san­té (can­cer du larynx) qui le pri­ve­ront quelques années de l’usage de sa voix. Contraint de sub­sti­tuer l’écrit à l’oralité, l’auteur entre­prend alors une œuvre où la prose pré­do­mine, sans perdre pour autant les pou­voirs du poème. Le Piéton de Venise (plu­sieurs fois réédi­té en for­mat de poche), Paris point du jour, Approches de l’art moderne inau­gurent une série d’essais fon­dés sur la pen­sée magique irri­guée par l’humour :  Monsieur le chat (Prix Trente Millions d’amis), Venise, démons et mer­veilles. Notons enfin les poèmes en prose : Le Tireur iso­lé et les apho­rismes, Le Silentiaire, Le Dieu de sable et Le Centre de gra­vi­té. En 2018, paraissent les mémoires de Marc Alyn sous le titre : Le Temps est un fau­con qui plonge (Pierre-Guillaume de Roux).   

 

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