Nicolas Dieterlé, Journal de Baden

Par |2022-03-21T05:07:10+01:00 20 mars 2022|Catégories : Critiques, Nicolas Dieterlé|

Après la mort de Nico­las Diéter­lé, sa famille a retrou­vé les textes réu­nis dans le nou­v­el ouvrage inti­t­ulé Jour­nal de Baden. L’auteur s’est con­sacré à l’écriture et à la pein­ture au détri­ment d’un méti­er plus lucratif avant de trou­ver un tra­vail répon­dant à ses besoins au journal 

Témoignage chré­tien. Revenu en France après une enfance en Afrique, sans doute devait-il se sen­tir en exil. Cet Etre est en per­pétuelle recherche de ce que l’on pour­rait imag­in­er une essence. Aucune date ne ponctue le jour­nal. Dans la pré­face au livre, Yves Leclair note que « si l’encre du sty­lo ou les couleurs du pinceau ont été chez Diert­er­lé le sang de sa plaie, le poète-pein­tre sut aus­si, par intu­ition intime, que le poème et le tableau, certes inachev­ables, sont les seuls anti­dotes, pro­vi­soires, con­tre le venin du mal, de la mélan­col­ie, de l’exil durable. »

Des nota­tions sur la nature et la per­cep­tion qu’il en a reflè­tent ses états d’âme du moment. La forêt est comme un grand retour à l’origine. Il y est nu dans la nudité. Et « plus rien ne s’interpos[e] entre elle et [lui] ». Le motif de la cav­erne lui fait suite. Non loin de ces lieux, l’araignée et sa toile revi­en­nent obstiné­ment dans l’imaginaire avec l’angoisse que cela sup­pose et presque en oppo­si­tion avec les lieux de prédilec­tion où « tout vibr[e] de nudité ».

Diéter­lé nous rap­pelle la néces­sité de rejoin­dre son Etre. Ain­si est-il pos­si­ble de se sen­tir « paci­fié » et « aban­don­né » en har­monie avec la nature sim­ple : les oiseaux « se perchent sur [ses] épaules ». S’identifiant à la nature ou y pro­je­tant ses joies, ce sont aus­si ses angoiss­es qui transparais­sent comme avec ces « feuilles sur le sol » qui devi­en­nent dans le regard du poète des « cœurs brûlés ». Dans cette recherche d’une tran­quil­lité de l’âme, d’un état libéré et reposé, l’auteur vac­ille sans cesse entre deux âmes, l’une « enténébrée », l’autre « lumineuse ».

Nico­las Dieter­lé, Jour­nal de Baden, Arfuyen, col­lec­tion Les vies imag­i­naires n°6, 2021, 16 €.

Cette dou­ble pos­tu­la­tion est un fil con­duc­teur de l’œuvre. En lui, deux forces sem­blent s’opposer voire rivalis­er entre elles comme dans ce poème explicite et puis­sant où l’identité néga­tive est inter­pel­lée à tra­vers des nom­i­na­tions visant la dis­qual­i­fi­ca­tion dans l’espoir que le « Fau­con » et la « Rose » s’unissent. « En moi tu es celui/qui romps sans cesse les attaches/du cœur, si bien qu’il/dépérit. Masque de guerre et de folie, crâne aux durs rebords/de haine, source fétide. » Par­fois s’identifiant à une « mai­son en ruines » ou un « puits som­bre » dans lequel il est tombé, il lui faut réveiller l’antidote de la chute, celui du vol. Les oiseaux sont en effet nom­breux dans l’univers poé­tique de Diéter­lé jusque dans deux titres de recueils pub­liés il y a quelques années.

Les iden­tités sont nom­breuses avec des motifs exp­ri­mant la force, l’unité et la total­ité. La glob­al­ité est capa­ble d’être évo­quée dans un espace d’insécurité. Devenir « Lumière », « Amour », « Vol­can », « Vague » et « Immen­sité » sont des vœux pour ce poète troué qui, dans un poème, rejoint la liesse suprême que représente « la danse ». Cepen­dant, sans la part som­bre de la vie, la trans­parence de l’âme et sa lumière ne pour­raient pas être mis­es en relief de manière aus­si expres­sive. L’écriture de ce jour­nal est celle de la pro­fondeur con­tre celle de la sur­face, celle qui cherche tou­jours à com­pren­dre les mou­ve­ments de l’Etre, sa com­plex­ité, sa fragilité et sa force.

Présentation de l’auteur

Nicolas Dieterlé

Nico­las Diéter­lé est un poète, pein­tre et dessi­na­teur français né en 1963. Il passe son enfance au Ghana puis au Camer­oun, où son père est chirurgien dans un hôpi­tal de brousse de l’église protes­tante. Ses par­ents ont qua­tre enfants. Nico­las est le sec­ond.  En 1973, la famille quitte l’Afrique pour rejoin­dre la France. Cette sépa­ra­tion avec la terre natale sera très douloureuse pour le jeune Nico­las. En Afrique, il vivait proche de la nature et cela lui manque. 

Il fait ses études sec­ondaires à Greno­ble. Il est pas­sion­né de lec­ture, de musique clas­sique et de dessin. En 1981, il s’in­stalle à Paris pour y pour­suiv­re des études d’Histoire de l’art à l’Ecole du Lou­vre.  Il n’aime pas la ville et dans son jour­nal “intime”, écrit entre 1981 et 1982, il mon­tre son mal de vivre. Il pour­suit ses études et obtient en 1986 un diplôme à l’in­sti­tut d’é­tudes politiques.

Entre temps, il voy­age et se rend plusieurs fois en Irlande et à New York d’où il revient déçu par la ville. Puis, il sera objecteur de con­science pen­dant deux ans jusqu’en 1989, avant d’en­tamer sa vie pro­fes­sion­nelle en tant que jour­nal­iste free lance.  Il espère devenir un jour, cri­tique lit­téraire ou cri­tique d’art. 

Il sera ensuite rédac­teur en chef d’une revue (que je con­nais bien), spé­cial­isée dans l’en­vi­ron­nement “Valeurs vertes”.   Il col­la­bore ensuite à “Témoignage chré­tien”, puis à d’autres revues.  Il retourn­era en Afrique pour de brefs séjours durant les années 90 ce qui ren­forcera sa nos­tal­gie pour ce pays. En mars 2000, il s’installe dans le sud-est de la France, dans l’ar­rière-pays niçois, à Vil­lars-sur-Var. Il trou­ve dans ce petit vil­lage, un cadre prop­ice à l’écri­t­ure et au dessin aux­quels il con­sacre désor­mais sa vie.

Souf­frant de grave dépres­sion, il se donne la mort le 25 sep­tem­bre 2000. “Je veux mourir. Trop de souf­frances. Mais je ne regrette rien. Pas d’amer­tume. Jusque dans la mort, je bénis la Vie qui sur­passe la vie” écrit-il dans son jour­nal spir­ituel le 19 sep­tem­bre. (Bulledemanou.com)

Bib­li­ogra­phie 

Littérature

  • L’Aile pour­pre, Édi­tions Arfuyen, 2004. Notes mars-, post­face de Régis Altmayer.
  • Ici pépie le cœur de l’oiseau mouche, Édi­tions Arfuyen, 2008.
  • Afrique et autres réc­its, Édi­tions Arfuyen, 2013.
  • Jour­nal de Baden, Édi­tions Arfuyen, 2021. ( (ISBN 978–2‑845–90308‑1)). Pré­face d’Yves Leclair.

Spiritualité

  • La Pierre et l’Oiseau. Jour­nal spir­ituel 1994–2000 suivi de let­tres et textes divers, Genève, Labor et fides, 2003. Pré­face de Michel Cornuz.

Catalogue de l’œuvre picturale

  • De la fig­ure au paysage-Un art poé­tique, cat­a­logue raison­né des pein­tures et dessins de N. Dieter­lé, Libel, 2013. Avant-pro­­pos Pierre Encrevé, Pré­face Gaet­tano Persechini
  • -Nico­las Dieter­lé, La poé­tique du trait, Lyon, Libel, 2018, pré­face de Lorand Hegyi.

Essai sur l’œuvre

  • Annpôl Kas­sis et Gae­tano Per­se­chi­ni, Nico­las Dieter­lé, Souf­fle et couleur poé­tiques, Paris, Édi­tions du Cygne, , 70 p. (ISBN 978–2‑84924–257‑5), pré­face de Mag­gy de Coster.

Poèmes choi­sis

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Nelly Carnet

Née en 1970, elle rend compte des livres, et plus par­ti­c­ulière­ment des textes poé­tiques, depuis 1996 dans divers­es revues. Chaque année, depuis 2017, elle organ­ise pour une asso­ci­a­tion d’art des expo­si­tions dans la baie du Mont Saint Michel. Des con­certs poé­tiques ont été tenus afin de représen­ter la musique et la lit­téra­ture. Les œuvres exposées sont accom­pa­g­nées d’un texte poé­tique en col­lab­o­ra­tion avec des édi­teurs et des écrivains.
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