> Passage en revues : Le Journal des Poètes 1/​2015 et Arpa 112

Passage en revues : Le Journal des Poètes 1/​2015 et Arpa 112

Par |2018-10-23T20:30:18+00:00 25 avril 2015|Catégories : Revue des revues|

Le Journal des Poètes, n°1 de 2015, 84e année.

 

 

Ce numé­ro de la célèbre revue belge d’Yves Namur et Jean-Luc Wauthier s’endeuille, à peine revi­sa­gée (voir p. 83) de la dis­pa­ri­tion du second, sur­ve­nue au moment du bou­clage, et qui n’a été signa­lée pour l’heure que par une feuille volante. L’auteur des Aiguilles du temps et des Tablettes d’Oxford cesse donc son propre chant de nos­tal­gie, pour entrer dans la nôtre, avec les regrets de tous les poètes et ama­teurs de poé­sie. 

En ces temps où s’amassent des for­tunes énormes, les plus énormes de l’histoire de l’humanité, où se brassent des quan­ti­tés tita­nesques d’informations, de gens, de choses, de pou­voirs, où se jouent au jeu cynique de l’équilibre et du dés­équi­libre, des guerres, des géno­cides, des faims, des exils et des dépos­ses­sions sur tous les conti­nents, est-il dépla­cé de voir « À livre ouvert » se cris­tal­li­ser dans la paix du poème l’esprit du véri­table bon­heur épi­cu­rien et l’esprit de Grâce des (jeunes ou véné­rables) poètes du renon­ce­ment, que paraissent être ici Nicolas Grégoire, Max Alhau, Jean-Luc Wauthier, Gérard Bocholier, Pierre Dhainaut, Philippe Leuckx, Claude Michel Cluny ou Gilles Baudry ? Non, pour qui connaît un peu l’histoire de l’Empire (romain), ce n’est que signe légi­time des temps. Besoin de sagesse dans l’inquiétude. Et c’est à entrer dans ce « pays où l’on arrive jamais » qui nous éloigne des fureurs du monde que nous convie l’éditorial d’Isabelle Françaix, et à chan­ger le monde en nous, à trans­for­mer « la vie par le lan­gage », et à aimer, plu­tôt que le bruit quan­ti­ta­tif et exté­rieur des choses, « le son inté­rieur de tout réel ». Mais parce qu’elle har­mo­nise la vie tout entière, le Dossier de la revue nous pré­sente aus­si, cette fois, deux poètes tibé­tains en contact direct avec les tem­pêtes du monde, Palden Sonam (né en 1986) et Loten NamLing (né en 1963) : l’un jeune réfu­gié en Inde, l’autre chan­teur et joueur de dra­nyen, né en exil, tous deux émou­vants et dont la poé­sie témoigne, et incise notre éven­tuelle incons­cience. La rubrique des Paroles en archi­pel nous pro­pose des poèmes, sou­vent dis­crè­te­ment méta­phy­siques, de Anne Lohro, Dirk Christiaens, Jean-Pierre Sonnet, Xavier Forget, Anne Dujin et Denis Cardinaux. Le Panorama de Philippe Leuckx fait cette fois l’éloge, en quelques mots très judi­cieux, d’Alfredo Costa Monteiro, Jean-Pierre Denis ou Luc Moës, entre autres, et La Rubrique donne à entendre la voix nou­velle d’Aurélien Dony, avec en par­ti­cu­lier le beau poème « juin », qui n’est pas sans irra­dier une sorte de lumière per­sienne.

 

 

 

 

Arpa, revue de poé­sie, n°112, février 2015 (dir. Gérard Bocholier)

 

Dans cette livrai­son, on pour­ra décou­vrir ou lire quelques poèmes de pas moins de vingt-trois poètes. C’est avec ceux de Jean-Claude Pirotte, qui vient de dis­pa­raître, et auquel Gérard Bocholier rend un sen­sible hom­mage, que s’ouvre la rubrique. Pierre Chappuis pro­pose, lui, un texte com­po­site, suite de notes, remarques, réflexions proches des textes de Barthes : comme un jour­nal intime et ellip­tique, avec des entrées de dic­tion­naire, des notes d’idées, voire d’idées reçues à la Flaubert (« Accablant ») qui consti­tuent un ensemble baroque et très vivant. Parmi les poèmes de Philippe Mathy, Gilles Baudry, Muriel Sendelaine, Dominique Héritier et bien d’autres, on dis­tin­gue­ra peut-être ceux de Régis Roux, de l’Australien Kevin Hart (tra­duits par Raymond Farina), ou d’Emmanuelle Le Cam, ain­si que le petit dos­sier consa­cré à Reginald Gibbons, poète, tra­duc­teur et uni­ver­si­taire texan, dont les poèmes sont ici tra­duits par Nathanaël et le recueil I, not I pré­sen­té et ana­ly­sé par Marilyne Bertoncini. On appré­cie­ra aus­si les belles encres de chine de Bernadette Leconte, aériennes et aqua­tiques, évo­quant tan­tôt des méduses tan­tôt des spi­rales d’escaliers de phare. Signalons encore les « encres et pointes sèches » de Colette Minois, suite char­mante d’aphorismes dia­ristes. 

Pour se pro­cu­rer le recueil de Réginald Gibbons, cli­quer ici : Je pas Je/​I not I

 

                                                                                                                     

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