Alain Brissiaud, Chemin de montine, inédits

Par |2021-11-06T14:47:58+01:00 31 octobre 2021|Catégories : Alain Brissiaud, Poèmes|

 

Tu ne sais pas où loger tes pensées
ronces que cela
étourderies
descen­dant le chemin tu songes
à ces choses
qui sur­gis­sent venues
et t’obligent à dire
parler
pour com­pren­dre avec eux
tous

qui sont-ils
si nombreux
recou­verts de feu de terre
d’or diront-ils
non
pas cela
ceux qui passent ont plus que de l’or
juste le vis­age d’homme
et toi
tu veux tenir tout au bout de ta main
leurs beaux regards bariolés

 

Ce n’est pas rien le maintien
la belle allure
der­rière la haie cortège de flammèches
tu songes à met­tre en ordre tes pensées
ronces que cela
per­son­ne ne t’attend ils passent
juste

une autre fois il pleuvait
allongée  près de moi
dans le silence
ta peau reflé­tait une lumière crue
il n’y avait plus de dehors

et cette pluie plus forte plus puis­sante à mesure
son­nait dans le ciel
don­nait tout d’elle
elle était notre toit de fortune
nous ne pou­vions comprendre

tes yeux vibraient de la folie

 

Devant le miroir
nous avons déje­uné de pain
doucement
à nous dévisager

étions-nous ces amants si pâles

dis-moi
es-tu celle rêvée

 nous dormions séparés par la glace
depuis ce jour d’autrefois
au pre­mier temps
de toi
si vite oublieuse de ma présence

 je pioche  dans ta mémoire
indistinctement
sans rien attendre
ni voir
la main ten­due aux vents

 

 

Tu t’approches
lui mon­trant la vallée
et soudain
il con­nut l’irruption de la douleur
se souvenait-il
mais com­ment oublier
ce qu’il était venu chercher

pourquoi
être allé si loin

reje­tant le passé
il dit encore quelque chose
qu’il est épuisé
qu’il veut rester dans la lumière
et ne peut se poser

dire sa marche
et au-delà

aus­si
par­tir vivre comme on va mourir

 

 

 

Présence de ton corps au bord de l’arbre
dans le cri des corneilles
sur la lisière
où tu t’avances vêtue de lait de braises
tu lis un poème
alors des couteaux de larmes viennent
irriguer tes rêves

tu songes au regard que je te porte
celui
qui te traverse
et te mène au lieu du langage

quelle vérité que cela

 

Où sont nos compagnons
le sais-tu
l’ocre du ciel
et l’herbe douce

nou­veau temps 

de quoi ont-ils besoin
je trem­ble sous le figu­ier méditant
sur ces choses 

l’hiver reverdit
le temps se sépare
pourquoi nous ont-ils lais­sé ce qui se perd

Ils ont bu à la san­té de ce moment
de ce temps
qui con­tin­ue à venir
ils ont trinqué
comme on rit d’un rien
pour oublier
comme pen­dant un discours
une messe

quand le temps se fige
accroché aux souvenirs
et per­son­ne ne s’étonne

 

 

per­son­ne n’est vrai­ment triste l’on se tient l’un à l’autre
sans pou­voir se quitter

on chanterait presque
alors
cir­cule un gob­elet de vin
il est chaud de chacun
vit dans chaque main
fiévreux comme un enfant

après
nous sommes seuls dans la blancheur de ce moment
démunis
à dire tout un long jour des choses bêtes

 

Ce soir
que reste-t-il
de ton regard

peut-être la trans­mis­sion de ton regard
la ter­reur du vide
cette mémoire qui se refuse
teigneuse
comme un bou­quet d’absence au monde

peut-être
la con­trainte de ce lieu
impos­si­ble et calm
qui nous obsède et nous encercle

ce nou­v­el état de la vie

plus tard longtemps après
tu vins jouer dans mon sommeil

comme hors de toi
retournée

 

 

 

 

Cet autre rêve dans la chaleur
assoupi der­rière le muret
tu viens vers moi
indélicate
et merveilleuse
tête à l’envers
me don­ner ton odeur
ta déchirure

plus tard
assise sur le seuil
au lieu d’éclats
enragée
une brèche à la taille

tu me regardes même vieillir

inso­lence de ce moment

et puis ce temps nouveau
bou­quet d’absinthe
roule
sans rien de ce qui fut
même plus la mémoire
tout a sauté
som­bré par le fond

 

 

 

Temps d’ivresse
ta lèvre est un cœur
de silence
tu tais la fièvre
tu fais l’ensevelie
tu es la corde

alors

je n’écris plus de beaux poèmes
plus de lumière
je te regarde aller venir

juste j’attends ce moment

le rire que tu portes
sera notre fardeau

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Alain Brissiaud

Né à Paris en 1949. Librairie et édi­teur depuis 1973. Vit entre le Vau­cluse et Paris. Le temps qui lui est aujourd’hui don­né est partagé entre l’écriture et la vie.

 

 

 

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