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Alain Brissiaud, Le long remords (extraits)

2018-01-09T17:46:46+01:00

 

Quand tu me tends un rein de désastre
comme si cela pou­vait composer
notre vie
de rien
ou si petite
que j’en oublie le men­songe vrai

celui d’une autre rive jamais atteinte
en ce lieu
où nous mar­chions alors

alors oui
une troupe d’amour nous encercle
et nous allons ain­si courbés

ras­su­rés

 

*

 

Ta poi­trine vogue
légère
au-delà du toit
où sou­pirent tes amants de braise

ta main fait le signe de l’ombre
pour que tous s’écartent

écoute leurs chants d’écume
leurs pitreries

tu secoues tes yeux comme si
tous ces fantômes
venaient dor­mir sur la cou­ture de tes lèvres

mais vite tu te lasses

épui­sée
par trop de querelles

 

*

 

Toi per­due sur le che­min d’eau
toi
des brasses s’amoncellent

tu n’es déjà plus ce flot courant

bras et jambes tendus
tu joues une autre musique
que la tienne

per­due d’étouffements secs
viens
le souffle te guidera
vers moi

sois dési­reuse ô ma protégée

 

*

 

Tes bras que je bai­sais à l’heure de minuit
alors que nous allions
vêtus d’indifférence
tenue pour  vérité

que je baisais
pro­té­gé du grand vent
durant la nuit d’ici

c’étaient eux seulement
c’était toi
ivre de mer aux lèvres de soupir
d’une ten­dresse renouvelée

et nous tombions

désha­billés de nos colères
pour autant

dému­nis

 

*

 

Cette chan­son chapardée
à ta lèvre
tu ne la donnes plus d’autres
l’ont détournée

ils ont chaus­sé jusqu’à tes bruits
tes frissons
embar­qué ton ombre

amie
tiens-tu comme hier ce jour­nal de démence

ouvre-le à la page res­tée blanche
ce qu’il te faut
écrire
t’appartient peut-être
encore

 

*

 

Il y avait aus­si la lumière de tes yeux
dans le rire de l’homme
sur le ponton
j’aurai tant vou­lu m’y éblouir
m’y noyer

je te vois t’éloigner
comme un sage dépouillé de sa vie
sans visage
habillée par l’ombre
de ceux qui passent dans le silence

seule cette lumière demeure de ce temps
où tout est confondu

l’aile du ciel frôle encore ton visage
je le sais
pour l’avoir rêvé

et m’y être englouti

 

*

 

Il fait froid dans la maison
comme un empêchement

d’autres
ont-ils  survécu
à l’abîme des nuits
ont-ils posé le front sur le muret
der­rière la maison

pas de signe
le ciel est sans parfum

ô res­ter vivant
fumer l’ombre du corps et se donner
le temps venu

las
cris­pa­tions engourdies
au matin

pour un réveil
sombre

 

*

 

Le vaga­bond entre dans la lumière
ses pas tracent une ligne
intime

igno­rant du chemin
il songe à ces choses
lui pour qui
le pas­sé a ces­sé d’exister
il va
seul au monde
de val­lées en collines
avec sa foi pour tout bagage

feuillages der­rière et devant
bruissent dans sa conscience
il mange l’heure de sa vie

nu dans son royaume

ce soir
une ombre silen­cieuse vêt celui
qui demeure

 

Présentation de l’auteur

Alain Brissiaud

Né à Paris en 1949. Librairie et édi­teur depuis 1973. Vit entre le Vaucluse et Paris. Le temps qui lui est aujourd’hui don­né est par­ta­gé entre l’écriture et la vie.

 

 

 

Alain Brissiaud

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