> Arnaud Forgeron, à la laisse de mer, île d’Oléron et autres poèmes

Arnaud Forgeron, à la laisse de mer, île d’Oléron et autres poèmes

Par |2018-11-06T14:37:29+00:00 28 octobre 2018|Catégories : Arnaud Forgeron, Poèmes|

à la laisse de mer, île d’Oléron (extrait)

variable d’écume
d’eau
à ta lèvre

 

 

comme un frêle dépôt
j’irai sculp­ter ton ombre
avec du sable

le soleil envo­le­ra
le peu de mots qui nous reste

et main dans mot

nous ajus­te­rons l’essentiel

les yeux
dans les dunes

nous regar­de­rons le vent
sou­le­ver les nuages de sable

les bancs sou­le­ver
les prières de l’eau

les vagues qui expirent

 

vaque l’océan

 

vaque le temps

 

vaquent nos âmes

 

 

couple en danse

pas­sant ses ailes

aux sus­pen­sions des rives

 

 

 Chemin de Rineve  (extrait)

 

réduire
la cadence des pas

regar­der le ciel
les nuages se faire
se défaire

entre deux chênes

vue de hamac

 

Les uni­vers, c’est comme les nuages de sep­tembre, ça s’écarte, se ren­contre, se dif­fuse, s’éprend, et moi, je me balance sur un tapis de tis­sus flot­tant à un petit mètre de la terre.

J’aurais vou­lu être là quand tout s’est allu­mé, au grand, au magis­tral flash de lumière. Depuis com­bien de temps regar­dons nous le ciel, depuis com­bien de temps sommes nous un récep­tacle à ces grains de lumière ? Combien de fenêtre nous reste-t-il à ouvrir sur les espaces immenses ? Et moi, je me balance dans la sta­bi­li­té rela­tive des sphères, arra­chant des neu­trons à ma muse dis­crète, déca­lant dans l’insoupçonné vers et proses pour en affi­ner les saveurs. Ah la dis­cré­tion des muses, effeuillant leur sur­face en pho­tons, en boucle, en jet, en orage magné­tique, ne nous disant rien de leur inté­rieur de gam­ma. Nous ne pou­vons les voir, sim­ple­ment les pres­sen­tir, devi­ner leur pas­sage rasant nos chan­delles, tra­ver­sant nos chairs déli­cates, nos muses sont opaques et oscil­lantes.

ce soir
les arbres
coulent leurs racines dans le temps

ou est-ce
le temps
qui coule des arbres

je n’ai plus de direc­tion

 

sur ce che­min
bri­sé de symé­trie

il y a aus­si la veille et le len­de­main

je suis ce que je pèse
la trace

 

 

Mémoire d’après (extrait)

 

che­vreuils
bon­dis­sants
de ma mémoire

chaque matin

l’élan sau­vage
de la nuit

cette fois
je ne revien­drai pas
sur mes pas

mare

nuit des amphi­biens

anguille qui se glisse
au rêve pré­bio­tique

chaque réveil
est un fris­son du monde

un rap­pel

un appel

un esquif

une sonde

 

Apprendre à aimer chaque pas (extrait)

 

Goutte, filet, rigole, ruis­seau, rivière, fleuve, l’eau s’immisce comme les mots, tra­ver­sant les obs­cu­ri­tés et les pleines lumières. Il y a aus­si les che­ve­lures scin­tillantes des comètes frot­tant leurs peaux à l’atmosphère, leurs dési­rs ardents de corps de glace.
Il y a les poèmes comme des lèvres d’encres qui pré­fèrent chu­cho­ter, les ice­bergs comme des mots de ban­quise qui se détachent, le chant des oiseaux comme musique du monde, et ce temps qui passe
à ne pas déran­ger l’ordre des choses.
Il y a, quelque part, ce qui nous manque ici, cette absence, cette pré­sence de l’intouchable, ces bouts de nous-même jamais conquis.
Nous che­mi­nons entre les gra­vats et les aurores, pas­sant nos regards dans les moindres failles
de l’inconnu, cher­chant à tis­ser l’instabilité de nos doutes, l’effritement de nos pen­sées
les lignes des len­de­mains.

Il n’y a pas d’à rebours en deçà de la lumière
nous nous élan­çons dans l’or et le char­bon.

 

Néandertal à Gibraltar (extrait)

 

à notre arri­vée sur ce rocher
la pre­mière chose fut de regar­der la mer
puis de regar­der plus loin
de lan­cer nos bat­te­ments de cœur

qu’il est beau de voir un monde qui s’en va un autre qui arrive
s’entremêler se bro­der com­po­ser les pro­bables

et dans ces pro­bables un réel à nos chairs
en pre­mière ligne

 

 Le gris de l’aube, un chant de l’aube à Jack KEROUAC (extrait)

 

je me cache dans la tris­tesse secrète de nos nuits
chas­seurs de nau­frages
char­geurs au long court
mon frère trop large pour les SOUTERRAINS
trop étroit pour l’avenir
je me cache dans l’intuition gri­sée
de l’aube, j’aperçois, je te VOIS
les rames à la main appli­qué au génie
des épreuves de l’existence gri­sé de
l’éraflure constante de nos DOUTES
je te VOIS à l’EMBOUCHURE
DELTA des innom­brables déroutes.
Je VOIS dans notre sillage des étoiles
qui s’effondrent, c’est notre allée DIVINE
bor­dée de fleurs des appeaux de glo­rieux camés
de leurs masques loque­teux et livides d’épuisement
c’est notre ALLEE divine des farouches des­centes
quand il est moins le quart à la petite
folie, qu’à la porte toque l’IVRESSE et
sa révé­rence, je me cache dans tes yeux
infli­gé des PUISSANCES subal­terne
dans le BUNKER du PARRAIN AUTOMATIQUE.

 

Je me cache au seuil des visions
de l’impalpable
infra opale
que les mains frôlent
où tu remise la lumière.

Je me cache dans l’intervalle

du der­nier bat­te­ment de pau­pières

o|ù se sont fer­més tes yeux

de soleils noirs.

…le monde invi­sible est trop plein de beau­tés pour qu’on puisse le traî­ner devant le tri­bu­nal des réa­li­tés sociales.  JK

   

La géométrie du choc, quand s’envoleront les dunes de sable…(extrait)

 

Ces pas qui portent un silence.
Ces quelques mailles défaîtes de mon pull de laine
qui retiennent ma pré­sence.
Les visages du jour
les masques de la nuit
je n’ai pas oublié.
Que peuvent accom­plir les mots sans la pré­sence ?
Le monde est un calque pour exis­ter.
S’y appuyer
mine de rien
pas­ser de l’être à l’existence.
L’infini ne s’habite pas.
S’asseoir désor­mais à sa place
mou­lée dans la roche
les yeux comme des cal­cites
lan­cer des regards de pierre.
L’on assiste à ce pour quoi l’on est spec­ta­teur.
L’eau ne doit pas cou­ler avec le sang.
Je ne pense pas avoir été plus fou
que l’apparence des choses
que l’apparence d’un ins­tant.

 

Oeuvre d’indéfinissables (extrait)

 

Dans mes mains tombe l’invisible.
Dans l’océan tombe le réel de mes mains.
Je porte l’eau à ma bouche.
Je pars ma pré­sence d’absences
d’heures bleues.
Solstice des chro­ma­tiques.
Tout un monde se trans­vase
oscille
bas­cule.
Le poète en avance
note les appa­rences.

 

 

 

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