Gaza brûle
le monde brûle
nous crions
mais chaque mot est inutile, indécent
la langue brûle
des syllabes déchirées
des pauvres mots ensanglantés
se noient dans l’obscurité
Gaza,
nous regardons de loin
tes ruines en flammes
partout
errent sur les décombres
les vivants et les morts
partout, des arbres arrachés
des jeunes fleurs piétinées
Gaza
il n’y a pas de mots
seulement des cris, des explosions
on cherche l’eau, le pain, la farine
autour de nous le silence
la faim la désolation
la terre, un gouffre d’âmes en ruine
Gaza
chaque mot est inutile, indécent
des voix perdues
chuchotent dans le vent
le rire des bourreaux
et nous, complices aussi
où sont les voix des amis ?
Gaza
qui t’a arraché le cœur ?
je crie : ça suffit ! Stop ! Halas !
il n’y a pas de mots, seulement
la folie, l’horreur
la colère
le sentiment d’impuissance
Gaza brûle
La poésie brûle
tout est silence
abîme de douleur, de mort, de souffrance
je te regarde sombrer
naufragée solitaire
dans la mer noire et le néant de l’indifférence
(Juin 2025)
Larmes d’une mère
(Écrit sur un pont de Paris, à la mémoire des enfants et de toutes les victimes de massacres, génocides, déshumanisations, perpétrés au nom de Dieu, de la dictature, des mafias et des toutes idéologies criminelles racistes, suprématistes)
Mère de la douleur du monde,
Mère,
mère,
mère,
répands tes larmes,
lave l’horreur.
Mère
de la douleur
du monde
répands tes larmes
fleuves,
rivières,
torrents.
Nettoie,
purifie
la peur,
la terreur,
le cri insupportable
de tes enfants sacrifiés.
Mais
ne glisse pas,
ne me laisse pas
seule
dans la douleur,
fille,
pas
seule au bord
de l’horreur.
Mère,
fais-moi renaître.
Mère,
tendresse,
espoir.
Mère, âme du monde.
Je crois en un seul Dieu (Malédiction)
(En hommage aux 43 étudiants enlevés et massacrés au Mexique, le 26 septembre 2014)
Peut-on encore écrire ?
ou simplement prononcer
le mot poésie ?
Où es-tu, Dieu ?
Le ciel s’est brisé,
la lune tombée.
Ô douce mélancolie,
dis-moi !
Où êtes-vous, espoirs ?
Âmes enterrées dans la mer,
dans la terre pourrie.
Où ? Rêves, amours, illusions ?
L’air est opaque.
Fragments de crânes,
un épais brouillard de sang.
Pluie
de cendres et d’os, morceaux
qui nous enveloppent à l’aube.
La chair.
Les mains, les membres, brûlés.
Les mains, la chair.
Les yeux arrachés.
Poussière d’os,
brisés,
à pourrir dans des sacs,
à pourrir à jamais.
Lambeaux de peau.
Et le sang, et les cœurs ?
les voix,
les corps, les idées ?
Les jeunes visages dissous,
Démembrés,
meurtris.
Et les fleuves de sang ?
À sécher
dans les champs,
dans la boue,
sous les collines.
Vies décapitées,
jetées aux chiens.
Et les rêves ?
Engloutis dans le sable du néant.
Dans cette aube de mort,
j’entends monter
les cris d’horreur,
les derniers battements,
le souffle des cœurs.
Et moi ?
Encore en train d’écrire, moi ?
Du ciel,
mon ciel ?
La lune ?
Et après, pourquoi ?
Dieu, tu es mort.
Tu n’as jamais existé.
Ou plutôt,
je te maudis.
Dieu du narcotrafic,
Dieu de la rage,
Dieu
de la douleur infinie
et de la folie.
Aveugle est l’ombre des papillons,
des fleurs tremblant dans le froid.
Maintenant et à jamais,
dans le chaos,
dans le vide,
dans le noir
et dans le silence.
La poésie est finie.
Amen.
Aux poètes assassinés, torturés, kidnappés
Je vois des lueurs
des bûchers
de poètes incendiés
dans le vent du désert.
Je vois
des prophètes
des âmes humiliées
partout
une odeur de mort
explosions, vies brûlées.
Le silence nous apporte
des cris sans langage
trempés de sable, de sang
des derniers êtres humains
des cadavres noyés
dans la mer du néant.
CŒUR SAUVAGE/Cuore selvaggio
Pour Khaled Al-Asaad archéologue syrien tué par les Talibans
Cuore selvaggio
Ascolta il frusciare
Delle foglie
Nel vento
Ascolta il respiro
Di esseri inermi
Di larve leggere
Farfalle nascenti
Appena sbocciate
Nel cuore del faggio
Cuore selvaggio
Ascolta i sussurri
Di anime in pena
Di anime morte
Decapitate nel fango
Ricorda Palmyra
Una vita donata
In onore alla storia
E alla nostra memoria
Archeologo custode di statue
Accusato d’idolatria
Da una barbara disumana
Cieca follia
Non ci sono parole
Per ricordare il tuo coraggio
Il tuo dolce sorriso
Khaled Al-Asaad
Fratello lontano
Uomo saggio
Alla ricerca della verità
Straziato e ucciso
Dal mucchio selvaggio
Cœur sauvage
Cœur sauvage
écoute le bruissement
des feuilles
dans le vent.
Écoute le souffle
des êtres désarmés
des larves légères
des papillons
à peine nés
à peine épanouis
fragments de poèmes
au cœur de la nuit.
Cœur sauvage
écoute les murmures
des âmes tourmentées
des âmes mortes
enterrées dans la boue.
Souviens-toi de Palmyre
une vie offerte
en honneur à l’histoire
et à notre mémoire.
Cher ami, Ashraf Fayadh
(Poète palestinien, condamné à mort ne 2015, renfermé dans une prison saudite, et libéré en 2022, après avoir subi des tortures et 800 coups de fouet)
Cher poète
al-shāʿir
شاعر
C’est un autre temps.
Pas le temps des compliments,
ni des sentiments.
Le ciel est fermé,
un enfer de nuages noirs,
prêts à exploser.
La ville,
un labyrinthe de terreur.
État d’urgence.
Triste temps,
temps de drapeaux.
Cher Ashraf,
ce n’est plus le printemps.
C’est un autre temps,
le temps de la folie,
de la haine,
quand on tue les poètes
au nom des prophètes.
L’univers pleure.
C’est le temps de la barbarie.
Mais, cher Ashraf,
n’aie pas peur.
Âme, corps, cœur, esprit,
rêves, désirs,
fibre par fibre.
Rien n’est plus urgent, maintenant,
que toi.
Cœur, chair de la poésie,
shiʿr شعر
Cher poète,
al-shāʿir
شاعر
Homme libre.
Encore pour Ashraf Fayad
Où es-tu ? Caché ?
Tu nages ? Où ?
Tu voyages ?
Fleur au-delà des frontières.
Question sans réponse.
Silence qui tranche,
lame.
Viens.
Shams.
Fi samāʾ.
Froid dans l’âme.
Viens,
apporte-moi
le fin sable du Sahara.
Je suis
Nār,
anā,
le vent,
le mot.
I am.
Sable, sand.
Fine poudre.
Solitude.
Terre sacrée,
promesse.
Pour Ashraf :
liberté.
Moi,
l’indicible,
le mot,
l’amour.
Nūr, qamar.
Au fond d’un puits,
vérité.
Puis…
la nuit viendra.
Pour Naji al-Jerf
(Journaliste et activiste syrien, opposant à l’État Islamique, assassiné le 27 décembre 2015, dans la ville turque de Gaziantep, à proximité de la frontière syrienne)
Je pleure pour toi
Naji al-Jerf
En toi, avec toi,
résistant contre la barbarie.
Pour toi,
jeune Syrien,
assassiné hier
au milieu de la rue
par un silencieux
qui t’a arraché à la vie.
En regardant le ciel,
vide et sans respect,
j’erre dans la rue,
ici,
pour toi.
Papillon errant,
vague lumière d’espoir
dans ce ciel cruel.
Il n’y a plus une goutte d’eau
dans mon désert,
que du sable froid
mêlé au regret.
Plus une goutte d’amour
dans mon océan,
que des larmes de sable,
que des larmes de sang.
Pour toi,
des pierres dans les yeux,
parce que tout est mort,
tout volé dans le vent.
Je pleure pour toi,
pour toi, Naji al-Jerf,
victime de la vague de haine,
de la vague meurtrière.
Pour toi, je crie
mon émotion
pour toi, je pleure,
pour toi, en toi, avec toi,
pour ta Syrie.
Ces mots de rage,
cette anti-poésie.















