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Cinq rondeaux de la naissance

Par |2018-11-19T06:35:22+00:00 13 juin 2014|Catégories : Blog|

 

1.

 

Les mots ne sont pas des fleurs
pour­tant ils savent fleu­rir !
Chatoiement inté­rieur
remugle ou verte fra­grance
gre­nu léger sous l’index
soup­çon d’amer sous la langue
alle­gro ou mono­die
 — c’est éclo­sion du tré­fonds !

 

Très droite pous­sée d’iris
sen­teur mêlée du bos­quet —
elles ont des yeux pour boire
le jour toutes ces pen­sées —
vrai, les mots savent fleu­rir !

 

Miroitement sans pour­quoi
basse conti­nue ou strettes
sur­pi­quées bro­dant l’alto —
les mots ne sont pas des signes :
ils fleu­rissent pour fleu­rir.

 

 

2.

 

Souffle, vol du matin
et jeu­nesse du monde —
aime le vent vivant
qui apporte à ton front
en toute fraîche aigrette
une ampleur d’horizon.
 

Lourd d’un seul grain de sable
ou d’une goutte d’eau
le chant tout en nais­sance
n’obère rien encore —
c’est jeu­nesse du monde.

 

Glosant aile sur aile
le silence s’essore
en plu­meuse har­mo­nie —
souffle, vol du matin !

 

 

 

3.

 

Poète, beau nais­seur de paroles,
choi­sis bien tes prestes ouvriers :
à l’œuvre dans la stu­peur des choses
ils éveille­ront splen­deur de mots
et superbe de lys en crois­sance !

 

Qu’ils veuillent pour­tant inache­ver
 — sus­pens de flamme dans le plein vent —
veiller à n’en point vou­loir finir
ces ouvriers prestes et bien choi­sis !

 

Que ton verbe demeure semence
navette tis­sant sens et silence —
invente la sente avec le pas
et le bruit qui tou­jours va devant
poète, beau nais­seur de paroles !

 

 

4.

 

Ce si peu de bruit nais­sant
au frô­le­ment d’ailes chaudes
nous dit le jeu des oiseaux
s’apiégeant à nos aîtres
 — auvents, gre­niers et croi­sées —.

 

Aérant notre séjour
voltes et jets de rémiges
empiètent sur nos marges
en frô­le­ment d’ailes chaudes.

 

Tout ce qui pèse y délite
une pous­sière si lente
et grain à grain esseu­lée
qu’il nous fait souffle et musique —
ce si peu de bruit nais­sant.

 

 

5.

 

 

                                            sur un alexan­drin iso­lé de Jean-Joseph Rabearivelo

 

Humbles plantes sans nom dont fleu­rir est la faim
vous défiez nos mains alertes et pro­fondes
 — famine ras­sa­sie apte à pétrir le monde
tout en creu­sant res­sauts sans pâte ni levain —
que la faim demeure notre pain quo­ti­dien !

 

Naître, croître, fleu­rir c’est nour­rir son idée
l’emplir et com­plé­ter en cres­cen­do exact
quê­tant tou­jours l’accord et le plus juste tact
dans la par­ti­tion où court la voix des gènes
 — que cette faim reste pour nous quo­ti­dienne !

 

Vivace contre­point à la nuit de la fin
 — comme si mou­rir se disait d’abord mûrir —
l’homme en l’œuvre de ses mains se porte à la cime
registre à sa hau­teur sans autre nom que vivre
 — vois la fleur ivre et sobre dont fleu­rir est la fin !

 

     

                                                                                  (2010)

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