> Contre-Allées, revue de poésie contemporaine n°37-38

Contre-Allées, revue de poésie contemporaine n°37-38

Par |2018-10-17T03:05:33+00:00 1 mars 2017|Catégories : Revue des revues|

 

 

La revue d’Amandine Marembert et Romain Fustier ouvre ses pages à Serge Pey, avec sa « car­tou­chière /​ pleine de sty­los et de gommes /​ pour des­si­ner le rire du monde/​ qui ne s’efface pas ». Ainsi le sal­tim­banque du verbe rend hom­mage à Charlie, ce rire du monde, c’est tel­le­ment plus per­ti­nent que toutes les fadaises qu’on a pu entendre sur la liber­té d’expression. Car ces poèmes sont des tom­beaux, à Maspero, à son copain Renato, à la chienne de son enfance, à Pierre Bec. L’art du tom­beau est un art d’homme mûr (né en 1950), à l’âge où pour voir ses amis on regarde le gazon. Mais il n’y a qu’un vieux poète pour allé­ger la langue et l’oreille en par­lant de ce sujet plus que jamais der­rière le jar­gon mana­gé­rial et tech­nique. La mort, c’est une irrup­tion, ça saute à l’esprit, au contraire de la fin de vie, le décès, la dis­pa­ri­tion, etc.

Quand mon copain est mort
j’ai pen­sé que tout le monde
était mort
(…)
La résur­rec­tion
est de cet ordre
dire à ceux qui se croient vivants
autour de nous
de res­sus­ci­ter
mais pas dans les cime­tières

De résur­rec­tion, Christine Bonduelle, parle à sa manière : # La voix muée de peu dénoue ma langue sèche /​ Redéploie toutes mes côtes au passge /​ Écarte mes mains en deux marches/​ Pour la cas­cade d’hilarité… Lectures robo­ra­tives qui donnent leur impor­tance au rire, au souffle dans cette période de dolente cris­pa­tion.

 

Ainsi Thierry Le Pennec aven­ture sa prose poé­tique andante vers :

              …les quar­tiers mexi­cains fresque murales take care of the car à Downtown c’est le soir sidé­ral sur les vitres des parois les étranges sculp­ture les toiles de Rothko pho­tos des années cin­quante nous mar­chons

                       dans le pré­sent le pas­sé qui nous fit frères.

 

Mais encore ces Nuits de Marina Skalova (publiée dans nos colonnes, en bilingue alle­mand-fran­çais) :

un cra­quel­le­ment

sous la peau, la parole éclot

quand les pen­sées s’en vont
en vols d’oiseaux

 

Cécile Glasman a posé une ques­tion toute simple à Albane Gellé, Alain Guillard, Rémi Checchetto et Sylvie Dubec : à qui parle le poème ?

Cette der­nière a répon­du : Parfois j’invente un verbe pour m’aider à tra­ver­ser la langue. /​ Et par­ve­nir de l’autre côté du loin­tain.

X