> DIÉRÈSE n° 65 (printemps-été 2015)

DIÉRÈSE n° 65 (printemps-été 2015)

Par |2018-08-18T20:41:31+00:00 29 décembre 2015|Catégories : Revue des revues|

 

        Que rete­nir de cette copieuse livrai­son de presque 300 pages ? Tout d'abord que le pre­mier cahier est consa­cré à la tra­duc­tion (une cin­quan­taine de pages) de deux poètes, l'un de langue alle­mande, l'autre chi­nois du IXème siècle. On connaît le vieil adage, "Traduction, Trahison". Alain Fabre-Catalan qui tra­duit Georg Trakl, plu­tôt que de som­brer dans le lieu com­mun selon lequel tra­duire de la poé­sie serait une tâche impos­sible, s'emploie dans son intro­duc­tion, à mon­trer que la dif­fi­cul­té de la tra­duc­tion poé­tique est au contraire une chance, ou tout au moins, "le point d'appui" néces­saire à l'acte de tra­duire. C'est du moins ce que je veux com­prendre. J'ignore si "le son et le sens se mêlent et se recom­posent dif­fé­rem­ment avec la tona­li­té et l'unité d'une parole retrou­vée" dans la tra­duc­tion. Je ne le sais pas parce que je ne connais pas l'allemand dont Alain Fabre-Catalan se fait le tra­duc­teur à pro­pos de Georg Trakl.

          Suivent trois cahiers de poèmes carac­té­ri­sés par la diver­si­té des voix. Impossible de rendre compte de toutes ! Mais il est sans doute per­mis de dire ses pré­fé­rences : Max Alhau (pour son rap­port à la nature qui demeure quelque peu énig­ma­tique), Frédéric Chef (pour sa façon de revi­si­ter le son­net afin de mieux prendre au piège une cer­taine réa­li­té), Line Szöllösi (pour sa manière de dire la soli­tude, le temps qui passe et on ne sait quelle nos­tal­gie)…

          Suivent ensuite les par­ties Récits, Libres pro­pos, Cinéma, Bonnes feuilles qui font de Diérèse une vraie revue au conte­nu varié… Les récits : La Voyageuse de Daniel Abel rap­pelle que la fron­tière entre le poème en prose et le récit est bien mince, voire fra­gile. Ce récit est d'ailleurs qua­si-sta­tique puisqu'il relate un rêve… Clair obs­cur (du même auteur) met en lumière les pou­voirs de la lit­té­ra­ture quand la science his­to­rique est inca­pable de retrans­crire la réa­li­té… À quoi fait écho Soutine de Jean-Paul Bota, une façon ori­gi­nale de revi­si­ter la vie et l'œuvre du peintre ; la fin du récit évoque l'enterrement de Soutine et le cime­tière du Montparnasse à Paris. Ce qui est une bonne façon de pas­ser aux Libres pro­pos d'Étienne Ruhaud consa­crés aux cime­tières de Saint-Mandé-Nord et de Bagneux et plus par­ti­cu­liè­re­ment aux tombes des poètes… C'est ain­si que j'ai appris que mon ami Armand Olivennes repo­sait  dans ce der­nier cime­tière… La par­tie Bonnes feuilles n'est pas une com­pi­la­tion d'écrits choi­sis mais bien une suite de notes de lec­ture dues à seize auteurs et por­tant sur une qua­ran­taine d'ouvrages. Diérèse parais­sant trois fois l'an, c'est déjà beau­coup. Deux remarques s'imposent. La lec­ture per­son­nelle de poètes per­son­nels eux aus­si donne nais­sance à des chro­niques où l'on recon­naît l'auteur par les idées déve­lop­pées et/​ou le voca­bu­laire choi­si : je pense en par­ti­cu­lier à Pierre Dhainaut par­lant de Michèle Finck, je pense éga­le­ment à Max Alhau par­lant de Denise Borias… et je ne cite que ceux dont j'ai lu plu­sieurs recueils… Et cette mise en abysse ver­ti­gi­neuse, ori­gi­nale…

           Diérèse est une revue à lire abso­lu­ment (avec d'autres) si l'on veut avoir une connais­sance com­plète du pay­sage poé­tique fran­çais…

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