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Diérèse n°67

Par |2018-08-20T01:52:20+00:00 13 juillet 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

            Le n° 67 de Diérèse vient de paraître. Comme d'habitude, la livrai­son est copieuse : plus de 300 pages ! L'architecture géné­rale est la même : plu­sieurs cahiers com­posent cet exem­plaire. Outre le cahier limi­naire consa­cré aux Poètes du monde, deux cahiers antho­lo­giques, un consa­cré à Hélène Mohone (qu'on avait déjà trou­vée dans le pré­cé­dent), un autre à René Char sont com­plé­tés par les rubriques habi­tuelles dont Le Tombeau des Poètes et les Bonnes feuilles…

            Le pre­mier pré­sente deux poètes qui me sont incon­nus rap­pe­lant ain­si fort heu­reu­se­ment que tout savoir ency­clo­pé­dique en la matière est impos­sible : Giancarlo Pontiggia (un Italien) et Ana Luísa Amaral (une Portugaise), deux uni­ver­si­taires… La par­tie antho­lo­gique s'ouvre avec la publi­ca­tion de la fin du feuille­ton de Richard Rognet, "La jambe cou­pée d'Arthur Rimbaud" dont je disais qu'il s'agissait d'une "poé­sie en prose au cli­mat envoû­tant". Relecture, à la lumière de la mort de Rimbaud de la poé­sie de ce der­nier.  Rognet fait dire (à moins que ce ne soit lui qui parle ?) à Rimbaud qu'il ne croit plus à l'être paral­lèle à lui qui crut gagner les élé­va­tions du songe : "Il eût mieux valu faire écla­ter notre délire  plu­tôt que de nous éver­tuer à sup­po­ser qui nous étions"… Je retiens de ce qu'écrit Rognet ces mots : "Morcelés, avec notre temps comp­té, nous ne sommes même pas capables de bien obser­ver ce fabu­leux vais­seau que forme sur nos ruines et nos incor­ri­gibles bavar­dages, la jambe cou­pée de ce risque-tout d'Arthur Rimbaud". La mort de l'homme aux semelles de vent reste un scan­dale incom­pré­hen­sible ; faut-il l'éternité devant soi pour écrire de la poé­sie (on le croit tou­jours, d'une manière ou d'une autre )? Ceci dit, j'ai par­ti­cu­liè­re­ment appré­cié dans cette par­tie ce qu'écrit James Sacré que je lis depuis long­temps : j'aime cette écri­ture volon­tai­re­ment gauche et émou­vante. Les son­nets stam­bo­liotes de Frédéric Chef, irré­gu­liers, aux rimes pauvres et aux mots cou­pés en fin de vers donnent une vision aty­pique de  la grande ville turque. Le repor­tage quo­ti­dien de Valérie Michel qui capte un réel banal, la poé­sie culti­vée de Jean-Paul Bota, Jeanpyer Poëls qui revi­site à sa façon par le poème l'histoire de l'art, Daniel Leuwers, Isabelle Lévesque et quelques autres montrent, vers et proses mêlés, la diver­si­té de la poé­sie fran­co­phone contem­po­raine…

             Jean-Luc Coudray pour­suit son explo­ra­tion de l'univers lit­té­raire d'Hélène Mohone en pré­sen­tant son tra­vail et en publiant une pièce inédite de celle-ci,  "Si près des champs"… Ambivalence et pro­pos oppo­sés du marié qui attend l'épousée, dia­logues ner­veux et rebon­dis­se­ments, gra­tui­té des situa­tions et chute impré­vue en font une pièce étrange… Le cahier René Char donne à lire une étude de Jean-Louis Bernard et un bref poème inédit de l'auteur du Marteau sans maître… Présence /​ absence, vio­lence /​ désir, obs­cu­ri­té /​ her­mé­tisme, beau­té /​ mort font de René Char un poète non-expli­cable selon J-L Bernard qui affirme et ques­tionne… Étienne Ruhaud s'intéresse au cime­tière du Père Lachaise. Après en avoir retra­cé l'histoire, il se penche sur quelques tombes de sur­réa­listes célèbres. C'est l'occasion de mettre en lumière quelques figures oubliées avec Hans Bellmer et Unica Zürn, André Pieyre de Mandiargues et Bona Tibertelli de Pisis… Une suite est annon­cée. Le cahier "Bonnes feuilles" regroupe une tren­taine de notes de lec­ture dues à onze rédac­teurs, il témoigne de la vita­li­té de l'édition de poé­sie.

             Cette livrai­son de Diérèse est sti­mu­lante. À suivre donc…

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