Dimitris P. Kraniotis, Moins un et autres poèmes

Par |2026-09-06T08:33:24+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Dimitris P. Kraniotis, Poèmes|

Τraduc­tion en français du grec par Marie-Lau­re Coul­min Koutsaftis

J’ai tiré la Terre
Pour nous recouvrir
Des fois qu’on porterait ce soir
Sans armes et sans vers­er le sang 
Les mots que nous cra­chions hier
Comme des noyaux

Mais ne me réponds pas à la hâte
Attends ton tour
Dans la queue
J’attends des réponses
De toi et de moi
Encore et encore

Jusqu’à hier
Jusqu’au niveau inattendu 
‑1 de l’ascenseur
Sous-sol incertain
Et avec intérêts en colère
(Quelle logique a été louée
Par mon imag­i­na­tion ce soir ?)
Mais je ne veux pas que la boue
Pétrisse nos corps
En rem­plis­sant d’un demain moins un
Des racines de lotus et de mythes.

 

Cra­vate de décence publique  

J’ai com­mencé à découdre
Mes habits
Jusqu’à rester nu
Au milieu de nulle part

En cri­ant
Dans une langue inconnue
(De toutes manières
Qui m’aurait compris ?)

Mais ils ne m’ont pas arrêté
Pour out­rage pub­lic à la pudeur

Pour que je cesse mes cris
Ils m’ont offert de l’absinthe
Et m’ont habil­lé élégamment
Cepen­dant mes lacets
Ne s’accordaient pas
Avec leur cravate

Je n’ai pas lais­sé de monnaie
Comme pourboire
Je n’ai pas trébuché en diagonale.

 

Le poème rouge

J’ai peint en rouge
Le ciel
Journées où je me suis perdu
Et je me suis renié
En riant sans raison
Je les ai vécues

J’ai peint en rouge
L’eau
Dans des larmes je me suis noyé
Et je me suis sauvé
En oubliant les remords
Je me suis abusé

J’ai peint en rouge
Ce poème
Avec des mots je me suis effacé
Et me suis ressuscité
En écrivant avec du sang
Je me suis vengé de moi

 

Puz­zle 

Naître dans la forêt
D’eau et de terre
Devenir arbre
En dis­per­sant les feuilles

Flot­ter en profane
Comme un puz­zle en l’air
Me faire manger par les oiseaux
Comme des rides en couleurs

Me rechercher
Avec une Alerte Disparition
Sans nom
Moi

Les mots ont soif

Les mots ont soif
Et boivent du vin
Pour m’enivrer

Je laboure, je moissonne
Mais main­tenant je me tais
Qu’ils ne s’éteignent pas
Comme des malé­dic­tions arides
Sur des herbes sèches

Je casse des cruches
Avec un son humide
Pour me reposer
Dans le soleil brûlant
Sans eau
Avec une poignée d’erreurs

La vérité de la poésie

J’ai avancé sous la terre
Pour voir la vague
Ils cri­aient que j’allais me noyer
Mais je n’entendais pas

Les yeux fermés
J’ai dess­iné un poème
Au fond de la mémoire
Je n’ai pas voulu le lire

Le silence tou­jours me disait
De ne pas avoir honte de la vérité
Mais d’écrire cependant
(La poésie est vérité)

 

En un clin d’œil

Tu as vio­lé les frontières
Qui ont enfoui
La con­nais­sance de soi

Tu as abat­tu des prisons
Der­rière les rideaux
Qu’a incendiés
L’étincelle de ta colère

Sans hurlements
Sans murmures
En un clin d’œil
Tout simplement
Tu as créé de la lumière

Comme tu as embrassé
Tout ce qui ne se dit pas
(Mais s’écrit)
Dans l’obscurité

 

Démé­nage­ment

Nus désor­mais
Nous nous sommes vêtus de couleur
Nous avons dénudé mots et voix

Aveu­gles désormais
Nous avons bu la lumière
Nous avons tra­ver­sé la mort en nageant

Avec de l’alcool et des cigarettes
Dans les valises
Nous avons fait de faux témoignages
En oubliant qui nous étions

Sur un oiseau
Nous avons bâti notre vie
Et nous avons volé à nouveau
Sim­ple­ment nous avons déménagé

 

Janus

Un immeu­ble désormais
Notre quartier
L’ascenseur coincé
Entre la terrasse
Et le ciel

Et nous à l’intérieur
Ser­rés confortablement
Sans souffle
(Et sans signal
Notre portable)

Au dernier moment évasion
Du «savoir-vivre»
Comme prêts depuis toujours
Pour des développements
(Quand avons-nous donc eu le temps
De tomber amoureux ?)

À l’apogée
De pas suspendus
Au sous-sol
Des semi-dilemmes
De Janus

 

Pre­mière réc­i­ta­tion 

J’ai crié
A répétition
En jetant
Des chu­chote­ments par euphémisme
Sur le sol

En accrochant des vers
Au mur
Avec des syl­labes comme clous
Que jusqu’à maintenant
J’avais peur d’écrire

Dans des lits prisons
Où jusqu’à maintenant
Je brûlais d’entrer
Pour écouter
Ce que j’ai écrit
En mon absence

 

Cour sans silences 

La plante s’est cassée
Avec les silences
Notre cour a grandi

Le passé s’est per­du dans le chiendent
Le jardin s’est empli de dieux
Et le cri s’est épanoui ce soir
Seul désor­mais il ne se sou­vient pas

Si l’obscurité a éclairé
En tis­sant des illusions
Si le soleil s’est enlisé
Dans des racines d’Érinyes

  

Rides dans le café 

Je m’éveille
Enten­dant le même bruit
Chaque matin
Plein de points d’interrogation cassés

Avec tant de rides dans le café
Avec encore le même poème
Cloué à l’esprit

Je cherche un mot
Je me lamente
Même si j’ai oublié de pleurer
Tant de nuits
Loin de toi

Je grogne comme toujours
Sans raison,
Quand tu es près de moi

Abécé­daire

J’ai per­du l’abécédaire
De mon CP de primaire

Et main­tenant
Que je cherche désespérément
A don­ner à Anna
Une pomme1,
J’ai vieil­li sous les souvenirs

Sans inter­rup­tion
Pour des publicités

En buvant des gazeuses «light»
Et en faisant «like»
Sur des qua­trains de calendrier

Poèmes en sens inverse 

Bais­ers attachés
Dans notre bouche
Les mots
Font voy­ager le toucher
Dans la lumière

La langue nage
En des corps
Menant des poèmes
À contre-sens
Sans redouter
La mort

Dan­gereuse la vie
Pour les poètes

 

 

Note

 

1. Phrase d’un abécé­daire sco­laire en grec : « Anna, voici une pomme. »

 

Présentation de l’auteur

Dimitris P. Kraniotis

Dim­itris P. Kran­i­o­tis est né le 15 juil­let 1966 dans la pré­fec­ture de Laris­sa, en Thes­salie (Grèce), et a gran­di à Stomio (Laris­sa). Il a étudié la médecine à l’U­ni­ver­sité Aris­tote de Thes­sa­lonique (Grèce) et a obtenu un Mas­ter of Sci­ence (MSc) en médecine à l’U­ni­ver­sité de Thes­salie (Grèce). Il vit à Laris­sa (Grèce) et exerce en tant que médecin (spé­cial­iste en médecine interne).

    Il a reçu de nom­breux prix inter­na­tionaux pour sa poésie, qui a été traduite en 40 langues et pub­liée dans de nom­breux pays. Il a été invité et a par­ticipé à de nom­breux fes­ti­vals inter­na­tionaux de poésie à tra­vers le monde. Il est Doc­teur en Lit­téra­ture, Académi­cien, Prési­dent émérite du Con­grès mon­di­al des poètes (UPLI), Prési­dent du 22e Con­grès mon­di­al des poètes (Grèce 2011), Fon­da­teur et édi­teur du “World Poets Mag­a­zine”, Fon­da­teur et Prési­dent de la Société Mon­di­ale des Poètes (WPS), Fon­da­teur et Directeur du Fes­ti­val Méditer­ranéen de Poésie (Laris­sa, Grèce) et Prési­dent du Comité des Écrivains pour la paix du PEN Grèce. Il est mem­bre du Mou­ve­ment Mon­di­al de Poésie (WPM), de Poètes de la Planète (POP), de PEN Grèce, de la Société Lit­téraire Hel­lénique et de la Société Nationale des Ecrivains Lit­téraires Grecs. Son site web offi­ciel est : https://dimitriskraniotis.com/

Bibliographie

Il est l’au­teur de 12 recueils de poésie en 7 langues, pub­liés en Grèce et à l’é­tranger: «Traces» (Grèce 1985), «Vis­ages d’argile» (Grèce 1992), «Ligne fic­tive» (Grèce 2005), «Dunes» (Roumanie 2007), «Endo­gramme » (Grèce 2010), « Edda» (Roumanie 2010), «Illu­sions» (Roumanie 2010), « Voyelles des feuilles » (Ital­ie 2017), «Cra­vate de décence publique» (Grèce 2018), «Moins un» (Espagne 2022), «Rides dans le café » (Grèce 2024) et «Enten­dre le même son» (Koso­vo 2025). Il est rédac­teur en chef de l’anthologie inter­na­tionale en anglais «Poésie mon­di­ale 2011» (205 poètes de 65 pays).

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