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Ecrit(s) du Nord

Par | 2018-05-24T21:13:44+00:00 12 janvier 2014|Catégories : Blog, Revue des revues|

 

           Jean Le Boël, le maitre d'œuvre des édi­tions Henry, pro­pose depuis bien­tôt vingt ans la revue Ecrit(s) du Nord. Cette revue alterne les recueils d'inédits et les contri­bu­tions orga­ni­sées autour d'un thème pré­cis. Cette livrai­son nous offre le mariage des deux prin­cipes obser­vés depuis la créa­tion de la revue. Des échanges entre poètes, de noto­rié­tés dif­fé­rentes (la notion de noto­rié­té reste toute rela­tive en matière de poé­sie, désor­mais que la cri­tique et les jour­naux ont déci­dé d'ignorer abso­lu­ment ce pan de la créa­tion. Aussi dans le petit milieu bien clos de la poé­sie, des noms brillent comme des amers tan­dis que ces mêmes noms ne repré­sentent stric­te­ment rien en dehors de ce milieu dont la socié­té du Spectacle a su orga­ni­ser le confi­ne­ment).

            Le prin­cipe de cet échange est ori­gi­nal : chaque poète a envoyé un poème et en a reçu un, sur lequel il écrit, du des­ti­na­taire de son envoi. Au cœur de cet échange, donc, la notion de l'accueil, et de ce que nous fai­sons de cet accueil des paroles de l'autre.

          Nous avons plai­sir à sou­li­gner les échanges entre Judith Chavanne et Jean-Marc Sourdillon, d'une pro­fon­deur réjouis­sante, échange de haute intel­li­gence prou­vant le poten­tiel archi­tec­tu­ral du poème dans l'aujourd'hui décons­truit ;  entre Max Alhau et Jean-Louis Rambour, échange fait de ques­tions-réponses per­met­tant à Rambour de déve­lop­per ce qui se trame dans les poèmes qu'il a envoyé à Max Alhau, trame pas­sion­nante éclai­rant la démarche sin­gu­lière et la séman­tique de ses poèmes. Entre Etienne Paulin et Jean-Baptiste Pedini ; Pierre Dhainaut et Sylvie Fabre G, Rémi Faye et Werner Lambersy, l'un offrant trois poèmes à l'esprit hai­ki lorsque l'autre donne une cas­cade alchi­mique revi­go­rante, les deux se répon­dant par lettres inter­po­sées. Entre Romain Fustier et Cécile Glasman, entre Luce Guilbaud et Marie Huot échan­geant des poèmes, et se répon­dant par poèmes, entre Cécile Guivarch et Amandine Marembert, entre Gilles de Obaldia et Jean-Christophe Ribeyre, entre Carmen V. et Marie V.

            Ce que pro­pose Jean Le Boël à tra­vers cette idée d'échange est essen­tiel : le lan­gage du poème contient une réson­nance inté­rieure fon­da­men­tale propre à éclai­rer le monde dans lequel nous vivons. A l'éclairer, mais aus­si à agir sur lui d'une manière que ne peut aucun autre lan­gage. Cet échange est un acte, celui, démons­tra­tif, des appli­ca­tion béné­fiques du Poème si peu enten­du. C'est aus­si un acte de re-fami­lia­ri­sa­tion d'une parole que la moder­ni­té juge obs­cure et inin­tel­li­gible quand elle est pour­tant le lan­gage natu­rel et pre­mier du genre humain.

            Cette idée d'échange déve­lop­pée par Ecrit(s) du Nord est peut-être le signe que le poème veut être lu et enten­du. Nous espé­rons que l'exercice auquel se livre chaque poète de ce magni­fique dos­sier sera imi­té dans un ave­nir proche par les cri­tiques des grands jour­naux, capables, eux aus­si, d'inviter à l'importance de la poé­sie par leurs ana­lyses et leurs comptes-ren­dus de ce qui se joue par les livres de poé­sie, à savoir une autre connais­sance du monde.

            A ces échanges suc­cède la pro­po­si­tion de poèmes inédits, signés par des poètes venus de tous hori­zons. Nous ne cite­rons pas tous les poètes, offrant ici un seul poème. Notre atten­tion s'est por­tée sur le poème de Mathieu Hilfiger, LES SORBIERS, poème en prose d'une telle mai­trise que le lec­teur appelle de ses vœux la publi­ca­tion chez un bel édi­teur d'un livre ras­sem­blant une efflo­rai­son de poèmes de cette ampleur et de cette étoffe. La langue est impec­cable, les images sémi­nales comme une source nour­ris­sant la végé­ta­tion qui l'accueille.

       Les poèmes de Jean-Luc Le Cleac'h, de Kiko, de Fabrice Farre, de Rocio Duran-Barba, de Catherine Boudet, nous ont par­lé par­ti­cu­liè­re­ment.

            La revue s'ouvre aus­si au récit et à la nou­velle, enga­ge­ment que tient Ecrit(s) du Nord depuis sa fon­da­tion.
          Un seul bémol : ne pas trou­ver, en fin de revue par exemple, une petite pré­sen­ta­tion des poètes.
Bémol anec­do­tique face à la beau­té de cette livrai­son de Ecrit(s) du Nord.

 

 

Ecrit(s) du Nord, N°23-24, Editions Henry. www​.edi​tion​shen​ry​.com
Parc d'activités de Campigneulles F 62170 Montreuil-sur-Mer

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