Moi et les clients qui appellent sommes accidentés
On se touche l’oreille pour vérifier qu’on existe
Ça me rassure de ne pas être seule
À avoir un système qui bloque
Leur système qui bloque devient le mien, je le résous
Ce qui me bloque reste
Je raccroche le néant
Je les aide à changer la serrure de leur cage thoracique
à naviguer sur l’interface bleue
Parfois ils me racontent leur vie
souvent je m’en fous
Ils croient que parce je change les serrures j’ai les clés
Je suis un rocher, au bord d’une mer humaine
les vagues me lèchent, me frappent les unes après les autres
Je suis corrodée.
Jamais
Je ne souhaite décrocher
Je souhaite raccrocher
Toujours
Je suis là pour survivre pas pour exister
Remplir une fonction, suivre un protocole précis
authentification, résolution, identification
S’ils étaient dans l’open space ils verraient les marques sur mon cou et les griffures sur mon visage
Mais ils s’en foutent
Mes contacts grésillent
mon réseau m’utilise
La répétition m’use plus qu’elle m’aiguise alors pour garder une part de moi intact
je sors de mon corps
entre 10 secondes et 5 minutes en fonction de leur monologue
Vous avez un spectre au bout du fil
Vous ne vous en rendez pas compte
Parfois on me demande si je suis un robot
Et alors je me dis qu’ils touchent une vérité
Je décroche
Bascule
Mon corps tient sur une jambe,
c’est celle de ma mère
elle m’amène à la plage quand il y a du vent
je ne vois pas les vagues
Mon corps veut se jeter dans l’eau
pour les reconnaître
Le vent envoie du sable
sur mon visage,
dans mes cheveux,
dans mes yeux,
dans ma bouche
ouverte
Il y a une rupture qui m’a bien fait rire
ça m’a rappelé
quand on m’a coupé la jambe
Je ne vois pas les vagues
Ça m’a ramené avant la parole
Je ne suis pas les conversations en entier
je bascule
entre la terre
et
le spectre
La mer s’agite,
je m’approche, elle me renverse,
elle me repousse, j’insiste pour entrer
Je rentre dans les vagues,
elles dépassent l’échelle humaine
les vagues
m’avalent
me relâchent
m’éloignent de la rive
Les gens sur la plage me regardent
devenir un point
Quatre heures
Il est quatre heures
Les gabians crient, ils se répondent
La nuit un bûcher réveille ma cellule
Les rêves se dilatent et se déforment
La mer trouble ma vision
Dans mes rêves je tente d’attraper ton corps rigide
Ton corps est une image suspendue à un crochet
On n’attrape pas une image ça peut vous laisser des marques
ça tient dans la cage thoracique
ça ne tient pas dans les mains
pourtant j’ai essayé
Et chaque effort m’a rendu plus petite
Je dors près du rivage à côté de cadavres et eux restent à leur place
A côté
Depuis ce putain de week-end, ma cellule est un congélateur
Il est quatre heures
Je m’occupe à couper des cordes
Je ne compte que sur mes mains
Tes ongles ouvrent ma peau















