Elia A. Daoud, trois poèmes

Par |2026-09-06T08:12:04+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Elia A. Daoud, Poèmes|

Moi et les clients qui appel­lent sommes acci­den­tés 
On se touche l’or­eille pour véri­fi­er qu’on existe 
Ça me ras­sure de ne pas être seule 
À avoir un sys­tème qui bloque 
Leur sys­tème qui bloque devient le mien, je le résous  
Ce qui me bloque reste  
Je rac­croche le néant  

 Je les aide à chang­er la ser­rure de leur cage tho­racique 
                   à nav­iguer sur l’in­ter­face bleue 

Par­fois ils me racon­tent leur vie  
sou­vent je m’en fous  
Ils croient que parce je change les ser­rures j’ai les clés 

Je suis un rocher, au bord d’une mer humaine
les vagues me lèchent, me frap­pent les unes après les autres 
Je suis cor­rodée.  

Jamais  
Je ne souhaite décrocher  
Je souhaite rac­crocher  
Tou­jours 

Je suis là pour sur­vivre pas pour exis­ter  
Rem­plir une fonc­tion, suiv­re un pro­to­cole pré­cis 
authen­tifi­ca­tion, réso­lu­tion, iden­ti­fi­ca­tion 

S’ils étaient dans l’open space ils ver­raient les mar­ques sur mon cou et les grif­fures sur mon vis­age 
Mais ils s’en foutent 

Mes con­tacts grésil­lent
mon réseau m’u­tilise 

La répéti­tion m’use plus qu’elle m’aigu­ise alors pour garder une part de moi intact
 je sors de mon corps  
entre 10 sec­on­des et 5 min­utes en fonc­tion de leur mono­logue  

Vous avez un spec­tre au bout du fil 
Vous ne vous en ren­dez pas compte 
Par­fois on me demande si je suis un robot 
Et alors je me dis qu’ils touchent une vérité  
Je décroche 

Bas­cule 

Mon corps tient sur une jambe, 
c’est celle de ma mère 
elle m’amène à la plage quand il y a du vent 
je ne vois pas les vagues 

Mon corps veut se jeter dans l’eau  
pour les recon­naître 
Le vent envoie du sable 
sur mon vis­age, 
dans mes cheveux,  
dans mes yeux,  
dans ma bouche 

ouverte 

Il y a une rup­ture qui m’a bien fait rire 
ça m’a rap­pelé  
quand on m’a coupé la jambe 
Je ne vois pas les vagues 
Ça m’a ramené avant la parole 

Je ne suis pas les con­ver­sa­tions en entier 

je bas­cule  

entre la terre 

et  

le spec­tre 

La mer s’agite,
je m’ap­proche, elle me ren­verse, 
elle me repousse, j’in­siste pour entr­er 
Je ren­tre dans les vagues,  
elles dépassent l’échelle humaine 

les vagues 
m’ava­lent 
me relâchent  

m’éloignent de la rive 

Les gens sur la plage me regar­dent  

devenir un point 

 

Qua­tre heures 

Il est qua­tre heures
Les gabi­ans cri­ent, ils se répon­dent  
La nuit un bûch­er réveille ma cel­lule 

Les rêves se dila­tent et se défor­ment 

La mer trou­ble ma vision 

 Dans mes rêves je tente d’at­trap­er ton corps rigide 
Ton corps est une image sus­pendue à un cro­chet 

On n’at­trape pas une image ça peut vous laiss­er des mar­ques 

ça tient dans la cage tho­racique  
ça ne tient pas dans les mains 

pour­tant j’ai essayé 
Et chaque effort m’a ren­du plus petite  

Je dors près du rivage à côté de cadavres et eux restent à leur place 

A côté 

 Depuis ce putain de week-end, ma cel­lule est un con­géla­teur 

Il est qua­tre heures 
Je m’oc­cupe à couper des cordes  
Je ne compte que sur mes mains 
Tes ongles ouvrent ma peau 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Elia A. Daoud

Elia Akeb-Daoud écrit des romans, des nou­velles et de la poésie

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

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