> LA MAIN MILLÉNAIRE N°12, été 2015

LA MAIN MILLÉNAIRE N°12, été 2015

Par |2018-12-17T21:10:31+00:00 1 décembre 2015|Catégories : Revue des revues|

 

 

À l’heure où de plus en plus de revues sont thé­ma­tiques, La Main Millénaire garde cette qua­li­té de lieu de parole — un café — ; cha­cun s’y pro­duit hors de toute caté­go­rie, on y écoute des voix sin­gu­lières. Choix édi­to­rial, choix de vie. Pour le lec­teur qui aime che­mi­ner en bonne com­pa­gnie, ça tient dans une poche étroite.

Le choix ico­no­gra­phique, d'élégantes petites vignettes, est l’autre détail qui par­ti­cipe au charme de chaque livrai­son et, cette fois-ci, Jean-Pierre Védrines rend hom­mage à « L’âne d’or » (1922-1926), autre revue mont­pel­lié­raine d’envergure natio­nale, en semant au long des pages quelques bois gra­vés qui illus­trèrent ses numé­ros.

Après quelques lignes sur Paul Farrelier en guise d’éditorial, on com­mence par un flo­ri­lège en par­tie inédit de René Truel :

 

Dans les plis du temps nau­fra­gé

advient qu’affleure en déshé­rence

quelque chaste venin

secrets au bois dor­mant

lais­sés pour morts

au débar­ca­dère de l’âge

oubliés de l’oubli

gemmes d’enfance

mal épous­se­tée

bribes de bon­heur tom­bées

des gue­nilles de l’âme

 

Né en 1926, col­la­bo­ra­teur régu­lier de la revue Souffles, l’auteur, ancien magis­trat, nous parle de l’âge (Te voi­ci nu de sens/​ évi­dé de questions/​ aux berges où tu t’attardes) mais parle à l’enfant « que j’habitai/ l’écolier qui m’hébergeas ». Dialoge lucide entre l’idéal et  le concret, le style allant des lamen­ta­tions aux psaumes : L’heure vacille. Le jour dépose son fardeau./ C’est le temps {…} du déhan­che­ment mys­tique des filles d’Orient {…} Rends grâce, ô pèle­rin, à la bonne aven­ture des puits, à la sei­gneu­rie de la halte.

 

Puis quelques pages de Haydar Ergülen (tra­duites du turc par Claire Lajus) :

 

Ma grand-mère disait : mon fils, l’homme est infime,

il feint de l’ignorer sinon il n’aurait pas défié

les routes, ni éle­vé des mai­sons vers le ciel (…)

 

Poésie qui explore des motifs peu cou­rants, comme le voi­sin (… nos cœurs ne peuvent pas/​ être tou­jours à l’unisson avec nos voi­sins …) et sous des dehors simples offre une cou­ra­geuse spi­ri­tua­li­té : il y a deux êtres en l’homme/ pas un de plus/​ juste être quelqu’un/ des deux êtres lais­sés par le néant/​ l’un vers les pro­fon­deurs devient homme/​ l’autre étouf­fé (…) Il n’est pas de trop d’entendre cela en ces temps d’idéalisme san­gui­naire et de trans­hu­ma­nisme sili­co­né.

 

En che­min disais-je, Jacky Gil ondule entre ciel et terre 

 

Je ne sais jusqu’où mes pas sui­vront mes pen­sées, mais se mettre en marche vaut tou­jours la peine.

 

Chercher sans fin les mots/​ … deve­nir. nous dit Annie Cat au terme d’une entê­tante recherche de sens.

Comme en réponse, Roland Nadaus invite à humer le ceri­sier :

 

Le ceri­sier dans la nuit ! Le grand ceri­sier !  Je mour­rai d’aimer vivre. Je mour­rai d’un coup de vie. L’amour en moi écla­te­ra, nu et pro­fond, char­gé de fruits de sucs. Cerisier dans la nuit.

 

Un côté gaie­ment fran­cis­cain dans sa sen­si­bi­li­té aux plantes et aux bêtes : Je le sais : je mour­rai de la mort d’autrui.

 

Des ani­maux, Jean-Pierre Védrines nous en offre, des­ti­nés aux enfants mais dépo­sant leur can­deur lucide dans nos vieilles oreilles :

 

Le lièvre m’a dit

j’observe le monde

je le par­cours

à la vitesse de l’étoile

La glace fond

dès le prin­temps venu

et pour­tant le rêve me manque

car l’homme

ne sait plus

me par­ler

du pays per­du

 

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Pour des ren­sei­gne­ments sur L’âne d’or : http://​biblio​phi​le​lan​gue​do​cien​.blog​spot​.fr

 
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