> La nouvelle collection Folio “Sagesse”

La nouvelle collection Folio “Sagesse”

Par |2018-08-18T08:24:44+00:00 1 mars 2017|Catégories : Revue des revues|

 

 

Sainte Thérèse d’Avila, Li-Tseu, Confucius, Pascal, le cata­logue ne pré­tend pas décoif­fer le let­tré. On est dans les valeurs sûres, les auteurs connus et qu’une trop grande fami­lia­ri­té consi­dère comme acquis. Mais, en matière de « sagesses », la plus élé­men­taire d’entre elles devrait nous conduire à ne rien consi­dé­rer comme acquis.

Relire Pascal aujourd’hui à tra­vers ce choix de pen­sées inti­tu­lé L’homme est un roseau pen­sant, le relire en toute sim­pli­ci­té. Cette langue phy­sique qui nous élève vers l’abstraction est en soi (pour le (post)moderne) une expé­rience authen­ti­que­ment pro­duc­trice de sens et de lien.

Fidèle à son art pro­ver­bial du confort de lec­ture, la mai­son Gallimard peut s’enorgueillir aus­si de l’élégance de cette col­lec­tion aux allures dépouillées : une cou­ver­ture souple et sobre­ment déco­rée, un papier pas trop blanc se prê­tant à la lec­ture dehors, dans la rue, une allée du Luxembourg ou une sente d’Auvergne. Quant aux textes il s’agit d’œuvres courtes, ou de cha­pitres sélec­tion­nés de manière cohé­rente.

Ouvrons Li-tseu au hasard et tom­bons sur cette page où, par­lant du voyage, il nous convie à contem­pler les fruits du jar­din que l’on a sous les yeux. Tendons la main vers les Ébauches de ver­tige de Cioran : La plé­ni­tude comme extré­mi­té du bon­heur n’est pos­sible que dans les ins­tants où l’on prend conscience en pro­fon­deur de l’irréalité et de la vie et de la mort. Et voi­là com­ment, sur un coin de table, et grâce à la taille des ouvrages, on a pu faire le lien entre l’Occident et l’Orient.

J’aime aus­si une cer­taine confiance édi­to­riale qui pré­side à ces ouvrages à petit prix, l’absence de toute pré­face, de tout garde-fou, offre une expé­rience franche et directe, deve­nue rare dans la crois­sante régle­men­ta­tion de la pen­sée.

Que dire de plus ? Au péril de vous faire man­quer l’heure d’ouverture de la librai­rie par des bavar­dages lau­da­tifs ! Courons-y, offrons ces tré­sors acces­sibles et beaux.

Il n’y en aurait qu’un, je choi­si­rais celui-là, ce Du bon­heur et de l’ennui d’Alain, un groupe de cha­pitres des Éléments de phi­lo­so­phie :

Les anciens, mieux éclai­rés pas la sagesse tra­di­tion­nelle, n’ont point man­qué d’attribuer les trans­ports de l’intempérance, et l’exaltation orgiaque dont les plai­sirs n’étaient que l’occasion, à quelque dieu per­tur­ba­teur que l’on apai­sait par des céré­mo­nies et comme par une ivresse réglée. Et, par cette même vue, leurs sages atta­chaient plus de prix que nous à toutes les formes de la décence ; au lieu que nous oublions trop nos vrais motifs et notre vraie puis­sance, vou­lant réduire la tem­pé­rance à une abs­ti­nence par peur. Ainsi, visant l’individu, nous ne le tou­chons point, tan­dis que l’antique céré­mo­nial arri­vait à l’âme par de meilleurs che­mins.

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