La poétesse et écrivaine Vénus Khoury-Gha­ta est décédée ce matin du 28 jan­vi­er 2026 à Paris, à l’âge de 88 ans. Fig­ure majeure de la poésie fran­coph­o­ne con­tem­po­raine, elle laisse une œuvre abon­dante et sin­gulière qui a pro­fondé­ment mar­qué la lit­téra­ture par sa puis­sance d’évocation, son imag­i­naire char­nel et son dia­logue con­stant entre les cultures.

Née le 23 décem­bre 1937 à Bchar­ré, au Liban, dans une famille maronite fran­coph­o­ne, Vénus Khoury-Gha­ta grandit dans un envi­ron­nement où la langue française et la tra­di­tion ori­en­tale coex­is­tent. Après le déclenche­ment de la guerre civile libanaise, elle s’installe à Paris au début des années 1970. L’exil devient alors une don­née cen­trale de sa vie et de son écri­t­ure, sans jamais se trans­former en rup­ture totale avec sa terre natale.

Poète avant tout, elle pub­lie de nom­breux recueils qui imposent une voix immé­di­ate­ment recon­naiss­able, tra­vail­lée par la mémoire, la vio­lence de l’histoire, la fil­i­a­tion, la place des femmes et le rap­port au corps. Sa poésie, dense et imagée, mêle réal­isme cru et onirisme, don­nant forme à un univers où la douleur côtoie l’ironie, et où les morts con­tin­u­ent de par­ler aux vivants. Elle est égale­ment l’autrice de plusieurs romans qui pro­lon­gent ces thèmes, sou­vent à tra­vers des fig­ures féminines con­fron­tées à l’oppression sociale, religieuse ou familiale.

Son œuvre a été large­ment recon­nue et récom­pen­sée. Elle reçoit notam­ment le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 2009, puis le Prix Goncourt de la poésie en 2011 pour l’ensemble de son tra­vail. Traduites dans de nom­breuses langues, ses œuvres ont con­tribué à faire ray­on­ner une poésie fran­coph­o­ne ouverte sur le monde, atten­tive aux frac­tures géopoli­tiques et aux héritages cul­turels multiples.

Vénus Khoury-Gha­ta occu­pait une place essen­tielle dans la poésie inter­na­tionale par sa capac­ité à faire dia­loguer l’Orient et l’Occident sans folk­lore ni sim­pli­fi­ca­tion. Écrivant en français tout en por­tant la mémoire du Liban, elle a incar­né une lit­téra­ture de l’entre-deux, où la langue devient un espace de survie, de résis­tance et de transformation.

Avec sa dis­pari­tion, la poésie perd une voix à la fois indocile et pro­fondé­ment humaine. Son œuvre demeure comme un ter­ri­toire vivant, tra­ver­sé par les fan­tômes de l’histoire et par une parole qui n’a jamais cessé de chercher, dans la langue, une forme de vérité.

Image de Une Edi­tons Al Manar.

 

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